Le chercheur Hubert Morin de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) est spécialisé dans l’étude des impacts des épidémies sur les paysages. —
Le chercheur Hubert Morin de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) est spécialisé dans l’étude des impacts des épidémies sur les paysages. —

Épidémie de tordeuse au sud du plan d’eau: Hubert Morin n’est pas inquiet

Louis Tremblay
Louis Tremblay
Le Quotidien
Le sapin est une essence de résineux bien adaptée à la tordeuse des bourgeons de l’épinette. Et la forêt qui remplacera celle qui est récoltée au sud du lac Kénogami, dans le cadre du programme spécial décrété par le ministre des Forêts pour récupérer les tiges affectées, sera aussi constituée de sapins.

Le chercheur Hubert Morin, de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), qui est spécialisé dans l’étude des impacts des épidémies sur les paysages, n’a pas de craintes quant à une éventuelle transformation de ce type de forêt, comme cela a été évoqué la semaine dernière lors du colloque portant sur le projet d’aire protégée du lac Kénogami.

« Le sapin est très bien adapté aux épidémies de tordeuse des bourgeons de l’épinette. Si c’était le contraire, avec toutes les épidémies qui se succèdent depuis des centaines d’années, il n’y aurait plus de sapins, résume le scientifique. Le sapin a de bonnes réserves de semences et il y a de fortes chances que ceux attaqués par la tordeuse qui vont mourir ou qui sont récoltés vont être remplacés par de nouveaux sapins. »

La nature fait en sorte que les semences sont libérées avant que la tordeuse fasse des ravages pour ainsi perpétuer les peuplements, explique-t-il. « Il n’y a pas une grande différence sur le peuplement, qu’on laisse mourir l’arbre ou qu’il soit récolté. »

Pour l’aspect visuel, le chercheur indique qu’une forêt qui a été ravagée par la tordeuse des bourgeons de l’épinette finira par avoir sensiblement le même aspect qu’une forêt dévastée par un feu. Les arbres restent debout pendant un certain temps et finissent par tomber sur le sol.

Le professeur affirme que les entreprises n’ont pas de gain significatif dans la récolte des tiges de sapin attaquées par la tordeuse.

« Il y a des pertes dans la récolte. Il est certain que les entreprises préfèrent récolter de l’épinette noire de bonne qualité », reprend le chercheur, qui identifie plusieurs problèmes associés à la récolte de volumes importants de sapins. Les copeaux de sapin sont beaucoup moins intéressants pour la fabrication de pâte et la transformation de cette essence est difficile en hiver, lors de la phase de l’écorçage.

Dimension

Le professeur à la retraite de l’Université Laval Louis Bélanger a fait ressortir, lors de ce colloque, que les entreprises préfèrent récolter plus au sud puisque le bois disponible à 250 kilomètres au nord de la région est de plus petites dimensions. 

Les études réalisées par les chercheurs de l’UQAC, selon ce que souligne Hubert Morin, confirment que la différence de taille entre l’épinette qui pousse sur les monts Valin ou dans la Réserve faunique des Laurentides et celle que l’on retrouve à 250 kilomètres plus au nord est pratiquement semblable. La luminosité est un facteur important dans la croissance de l’arbre.

Le professeur de l’UQAC juge pertinent de faire des aires protégées au Québec afin de conserver des témoins de notre patrimoine naturel. Cependant, insiste-t-il, il faut créer des aires protégées pour de bonnes raisons, avec des justifications adéquates.