Le planeur, qui appartient à la Ligue des cadets de l'Air, est tiré par un treuil.

Entre ciel et terre

Certains diront que c'est comme décoller sur un cerf-volant géant, d'autres retrouveront une sensation semblable aux montagnes russes. Peu importe comment on la décrit, ce sont des centaines de cadets qui vivent cette expérience dans les airs lors du camp d'été à Bagotville, à bord d'un planeur qui peut monter jusqu'à 2000 pieds.
En tant que journaliste du Quotidien, j'ai aussi été initiée au vol dans un de ces engins sans moteur, qui prend de l'altitude - dans ce cas-ci - en étant tiré par un treuil. L'accélération pour atteindre un angle de cabrage à 45 degrés est rapide, quelques secondes. On dirait que notre coeur reste en bas pendant qu'on s'élève, mais c'est grisant. Une fois assez haut, le pilote détache le câble. Plus rien ne nous retient au sol, et les ailes fendent l'air pour nous maintenir dans le ciel. On peut penser que la gravité nous attirerait immédiatement sur le plancher des vaches, mais non, on flotte près des nuages. On plane, suspendus entre ciel et terre.
Une cadette-cadre s'occupe d'installer la journaliste. Instructeur depuis 2009, le pilote Jonathan Émond peut s'asseoir à l'avant ou à l'arrière selon les préférences du passager.
Parlant de vaches, il y a beaucoup de champs dans le coin de La Baie. Les travaux pour le prolongement de l'autoroute avancent bien. Les maisons se perdent à travers les arbres. En volant dans un diamètre d'à peu près 9 kilomètres autour de l'aéroport, on peut apercevoir le lac rouge de bauxite de Rio Tinto et le toujours magnifique fjord du Saguenay. « On a une belle région », me lance le pilote Jonathan Émond, responsable du programme de pilotage de planeur pour le camp d'été.
Sans lui pour contrôler l'aéronef, je ne sais pas si j'aurais monté dans l'engin à deux places avec autant d'enthousiasme, même si j'aime les sensations fortes. Et dire que des jeunes de 16 ans obtiennent leur licence de Transports Canada et volent en solo ! « J'ai pu piloter seul avant d'avoir mon vrai permis de conduire », raconte en riant Jonathan Émond, lui qui est instructeur depuis 2009.
L'anecdote a distrait mon esprit quelques instants, alors que la même question tournait en boucle dans ma tête de novice. Les oiseaux battent des ailes. Les avions ont des réacteurs. Les hélicoptères ont des hélices. Comment une machine sans moteur peut-elle voler ?
« C'est une question de physique, résume Jonathan Émond. Au décollage, plus les vents sont forts, plus on lève. » Vraiment comme un cerf-volant, donc, avec la technique de traction par treuillage. Il est aussi possible de lâcher le planeur à partir d'un avion, mais la méthode est plus coûteuse.
L'école de pilotage est à Saint-Jean-sur-Richelieu, mais quelques cadets plus expérimentés viennent se perfectionner à Bagotville. Environ 250 autres vivent leur initiation. « Au début on apprend la base, comment s'installer, comment utiliser les instruments. On peut ensuite voir des manoeuvres plus complexes, comme les virages et les glissades. Et le plus important, comment atterrir ! », explique Jonathan Émond.Cet atterrissage se déroule étonnamment très en douceur, malgré quelques bosses sur le terrain gazonné. La manoeuvre débute à environ 1000 pieds d'altitude. Quelques turbulences - on les sent comme des cahots sur la route - auraient pu nous permettre de monter davantage, car il s'agit en fait de courants ascendants créés par le soleil qui réchauffe le sol. Il a d'ailleurs fallu attendre trois minutes après le passage d'un hélicoptère des Forces aériennes avant de décoller, puisque les hélices perturbent trop les courants d'air. On s'en accommode bien, le programme des cadets à Saguenay ne serait pas si développé sans le soutien logistique de la Base militaire de Bagotville.
« Le programme répond à l'un des objectifs des cadets de l'air, soit intéresser les jeunes au monde de l'aviation. Il y en a beaucoup qui veulent piloter des CF-18, mais plusieurs deviendront aussi des pilotes dans les compagnies aériennes, des contrôleurs, des techniciens d'entretien des avions ou des ingénieurs aéronautiques », aborde le capitaine Maxime Legault, responsable des affaires publiques du Centre d'entraînement des cadets de Bagotville.
L'objectif est clairement atteint pour le cadet-cadre Denis Taralunga. Parti de la République de Moldavie pour s'établir à Montréal, le jeune homme de 18 ans possède deux licences de pilote de planeur.
« Piloter, c'est le rêve de ma vie. Les cadets m'ont permis de réaliser ça, mais j'ai aussi développé mon leadership et beaucoup de connaissances avec eux. C'est sûr que je veux monter les échelons. »
Et quand on parle de pilotage, ça veut aussi dire monter plus haut dans le ciel.
Lorsque ce cliché a été pris, la journaliste Dominique Gobeil était à bord avec le pilote Jonathan Émond.
La sécurité avant tout
Les conditions étaient quasiment parfaites lundi pour une initiation en planeur. Un ciel bleu, des vents arrivant de face et qui ne soufflaient pas trop fort. 
Mais aussitôt que des nuages d'orage ont pointé à travers les collines pour se diriger vers la piste de l'aéroport de Bagotville, tout l'équipement appartenant à la Ligue des cadets de l'Air a été rangé rapido presto.
« Il y a une belle culture de sécurité ici. En fait, c'est obligatoire », souligne le capitaine Maxime Legault. Sur le camp d'été, il y a d'ailleurs trois personnes qualifiées comme responsables de la sécurité. Elles agissent indépendamment du responsable principal du programme de pilotage pour avoir du recul sur la situation. 
Le trafic aérien est suivi de près, tout comme les conditions météo via l'imagerie radar en direct.
Évidemment, prendre place dans un planeur comporte une part de risque, mais après tout, rouler sur l'autoroute également. 
« En soi, le vol en planeur est de la gestion du risque. Les normes sont les plus strictes possible. C'est du risque sécuritaire », assure l'instructeur Jonathan Émond.