La ministre des Affaires municipales et de l’Habitation et ministre responsable de la région, Andrée Laforest et le ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon.

Ententes entre Rio Tinto et le gouvernement: Fitzgibbon annonce des consultations

De passage dans la région mardi matin, le ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, a annoncé que son ministère entamera une période de consultations auprès des acteurs du milieu de l’aluminium afin de mieux comprendre comment aider l’industrie, alors qu’il était accompagné par la ministre des Affaires municipales et de l’Habitation et ministre responsable de la région, Andrée Laforest, ainsi que par le député de Lac-Saint-Jean, Eric Girard.

L’annonce a été précédée d’une rencontre entre les députés et des représentants syndicaux, des membres de la Grappe industrielle de l’aluminium et des dirigeants de Rio Tinto (voir encadré). L’annonce des consultations survient quelques semaines après que Rio Tinto ait annoncé reporter les investissements prévus dans ses usines d’Alma et d’Arvida. L’entreprise avait justifié sa décision par les conditions difficiles du marché de l’aluminium, une explication qui avait laissé plusieurs acteurs plutôt froids. Le député péquiste de Jonquière, Sylvain Gaudreault, a notamment réclamé une commission parlementaire afin de faire le point sur les ententes présentes et passées entre le gouvernement du Québec et Rio Tinto.

Questionné à ce sujet, le ministre Pierre Fitzgibbon a simplement déclaré que « Rio Tinto respecte ses ententes, vous avez ma parole », laissant sous-entendre qu’il ne croyait pas qu’une commission parlementaire soit nécessaire. Selon lui, les consultations proposées par le ministère suffiront à éclaircir le dossier puisqu’elles mettront en évidence les besoins de l’industrie.

Impact planétaire

La semaine dernière, Pierre Fitzgibbon avait déclaré que le projet de GNL serait évalué sur son impact planétaire, ce qui avait amené certains à se demander s’il n’était pas « plus vert » que le ministre de l’Environnement, Benoit Charette. « L’environnement nourrit l’économie. Quand on regarde GNL Québec, c’est un projet qui, intellectuellement, m’excite beaucoup parce que je pense qu’il faut analyser d’une façon complète et scientifique ce projet-là, alors j’ai un peu une problématique quand j’entends les gens rejeter complètement le projet sans même comprendre ce que ça représente. »

Il ajoute qu’il ne faut pas être « dupes » et qu’il faut observer l’impact planétaire. « Ce n’est pas le rôle du gouvernement du Québec de faire ça, mais moi je veux le regarder, et l’impact au Québec aussi. On a un gazoduc qui va passer ici, au niveau de la sécurité de la population, de l’émission de gaz à effet de serre, il faut regarder ça. Je pense que ça fait partie de la responsabilité d’un gouvernement, peu importe le ministère, que l’environnement fait partie de nos préoccupations. »

À la suite de la rencontre, Andrée Laforest a affirmé que le gouvernement est un « partenaire » de l’industrie. « Je pense que les gens ont compris qu’on est des alliés. On va travailler ensemble, on est en accompagnement. » Elle explique avoir déjà commencé le travail de consultation et que certaines démarches ont été entamées afin que la région obtienne les investissements attendus de la part de Rio Tinto. Selon Mme Laforest, la situation de l’aluminium est un dossier qui touche à « beaucoup de ministères », ce qui explique l’ampleur des démarches.

Si le retrait des investissements de Rio Tinto a permis de souligner la dépendance de la région à l’industrie de l’aluminium, plusieurs citoyens croient que les grands projets entrevus dans l’avenir du Saguenay–Lac-Saint-Jean ne feront que reproduire le moule déjà en place. Mme Laforest ne partage pas cet avis. « C’est justement qu’il faut enlever nos oeillères et voir qu’on ne peut pas dépendre d’une compagnie seulement, comme Rio Tinto. Il faut être accueillant pour les grands projets. On donne un signal ce matin, j’ai vu qu’il y avait une mobilisation pour les grands projets. Oui, on les accompagne, on est d’accord, on dit toujours, considérant les études qu’on va recevoir au niveau environnemental. Il faut être préventifs, proactifs pour toutes les familles qui restent en région. »

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ALF BARRIOS RENCONTRÉ

(Pascal Girard) La rencontre avec les hauts dirigeants de Rio Tinto a eu lieu au bureau de circonscription de la ministre Andrée Laforest, a révélé un communiqué du gouvernement envoyé en soirée. 

Les trois représentants de Rio Tinto étaient Alf Barrios, chef de la direction, Rio Tinto Aluminium, Gervais Jacques, directeur exécutif, Opérations Atlantique – Aluminium, et Sébastien Ross, directeur exécutif, opérations Québec – Aluminium.

Selon le document, la ministre Laforest a dit être rassurée par les paroles de M. Barrios disant que l’entreprise « est là pour rester et que les prochains investissements seront faits au Saguenay-Lac-Saint-Jean, dès que le marché le permettra. »

« J’ai senti une grande écoute de la part des dirigeants de l’entreprise », a déclaré la ministre Andrée Laforest.

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LES RETRAITÉS DEMANDENT UNE COMMISSION PARLEMENTAIRE

(Mélanie Côté) L’Association des retraités syndicaux de Rio Tinto Alcan (ARSRTA) demande à son tour la tenue d’une commission parlementaire sur les ententes entre le gouvernement du Québec et la multinationale. Cette sortie fait suite à la suspension des projets AP60 de Jonquière et du centre de billettes d’Alma. 

Dans un communiqué de presse émis mardi, l’ARSRTA dénonce le rejet « sans aucun débat » de cette proposition. « Les retraités syndiqués sont déterminés à se mobiliser avec l’ensemble des intervenants afin qu’aboutissent enfin les projets promis en échange des généreux avantages consentis à Rio Tinto qui, de son côté, ne cesse d’exiger des concessions aux travailleurs, aux municipalités et aux communautés où elle puise nos ressources », mentionne l’association dans son communiqué.

L’ARSRTA rappelle que les retraités demandent la pleine indexation de leurs rentes parce que, selon eux, « ils considèrent qu’ils ont contribué au développement de cette entreprise, mais surtout parce qu'ils contribuent encore au développement de leur région.» Les retraités réclament par le fait même une unité et une solidarité entre tous ceux qui exigent un partage plus juste de l’exploitation des richesses collectives. 

« Le gouvernement possède les clés de ces richesses, l’eau et l’hydro-électricité. Alcan, Rio Tinto aujourd’hui, a été épargnée de la nationalisation parce qu’à l’époque, il y avait une distribution plus équitable de la richesse en termes d’emploi et de développement régional. Le gouvernement se doit d’être beaucoup plus exigeant et contraignant et d’exiger minimalement le respect des engagements promis », conclut l’ARSRTA.