Enquêtes épidémiologiques: la collaboration des gens fait foi de tout

Louis Tremblay
Louis Tremblay
Le Quotidien
Les citoyens peuvent jouer un rôle central dans l’efficacité du travail des enquêteurs de la Santé publique en évitant de publier un statut Facebook sur le résultat positif d’un test COVID-19, en répondant à un appel même si l’afficheur du cellulaire indique «numéro confidentiel» ou «numéro masqué», et en s’imposant un confinement lorsqu'ils constatent avoir un symptôme associé à la maladie.

« Nous avons eu, au cours des derniers jours, plusieurs tests positifs pour des personnes que nous avions contactées dans le cadre de nos enquêtes et à qui on a demandé de se placer en isolement en attendant le test et les résultats », explique Geneviève Pouliot-Gagné, conseillère en soins infirmiers à la Santé publique qui est en ce moment au service des maladies infectieuses.

La célérité avec laquelle les enquêtes sont réalisées par les 60 professionnels de la santé affectés à cette tâche depuis le début de la pandémie n’explique pas à elle seule la faible propagation du virus dans la région, mais Geneviève Pouliot-Gagné assure qu’elle joue un rôle important dans la lutte à la propagation. Les tests positifs obtenus dans les derniers jours pour des personnes retracées rapidement par la Santé publique et placées en isolement préventif confirment l’efficacité de la méthode dans la lutte à la pandémie.

Certaines personnes ont choisi de publier sur Facebook leur résultat de test positif à la COVID-19. L’infirmière recommande fortement aux gens de s’abstenir afin d’éviter les conséquences désagréables d’une telle initiative. « Certaines personnes ont été stigmatisées par la suite. Ça peut créer des mouvements de panique dans les milieux de travail et nous recevons beaucoup d’appels. C’est nuisible pour nos enquêtes », insiste Geneviève Pouliot-Gagné.

Les personnes dont le test est positif reçoivent un appel d’un membre de l’équipe de la Santé publique. L’enquêteur établira avec la personne la date des premiers symptômes associés à la maladie et reculera de 48 heures. « C’est la période durant laquelle la personne est la pus contagieuse et ça dure 10 jours. On va alors lui demander de nous faire l’historique des endroits fréquentés et des personnes rencontrées. Pour évaluer les personnes à risque, nous devons connaître le nom des personnes avec lesquelles celle infectée a été en contact pendant plus de 15 minutes, à moins de deux mètres de distance et sans le port du masque. C’est ce qui permet de faire l’évaluation du risque. »

À partir de cette entrevue avec la personne positive, les enquêteurs procèdent à l’analyse des réponses et établissent les personnes qui ont été exposées de façon significative au virus afin de dresser une liste. Les appels débutent rapidement pour identifier ces contacts et les informer qu’ils ont été en présence de la maladie.

« On ne leur fait pas passer le test immédiatement puisque la période d’incubation dure au moins 7 jours. Il serait inutile de faire un test puisqu’il serait négatif. Ils doivent donc attendre avant de se présenter dans une clinique de dépistage. En attendant, on leur demande de s’isoler », précise l’infirmière.

Plusieurs méthodes de communication

Normalement, les personnes dont le test est négatif vont recevoir le résultat par courriel. Quant aux résultats positifs, ils sont confirmés par le personnel de la Santé publique par téléphone. Lors de ces appels, les gens reçoivent des directives sur la suite des choses. Leur isolement durera tant et aussi longtemps qu’ils représentent un risque de contagion.

Des informations ont circulé à l’effet que plusieurs personnes (on a fait état de 30 %) ne retourneraient pas les appels à la Santé publique. Les personnes affectées aux enquêtes ne laissent pas de message dans les boîtes vocales et doivent s’assurer de la double identification des personnes avant de parler de leur état de santé. Selon Geneviève Pouliot-Gagné les professionnels aux enquêtes n’ont jusqu’à maintenant pas rencontré de mouvement d’opposition ou de personnes refusant systématiquement de collaborer.

La Loi sur la santé publique est claire et oblige les citoyens à répondre aux questions du personnel de la Santé publique dans le cadre des enquêtes épidémiologiques. En général, ajoute l’infirmière, les gens collaborent bien et d’ici quelques jours, l’afficheur du téléphone cellulaire identifiera l’appelant quand il s’agira d’un appel d’un membre de l’équipe d’enquête.

Certaines enquêtes ont été réalisées auprès de jeunes qui fréquentent des polyvalentes. Encore là, Geneviève Pouliot-Gagné assure que les jeunes ont très bien collaboré avec la Santé publique afin de retracer les contacts et de réussir à rejoindre les personnes ayant été en présence du virus.

La plus importante enquête épidémiologique réalisée depuis le début de la pandémie dans la région a nécessité des téléphones à 80 personnes, ce qui démontre comment une personne infectée a pu être en contact avec d’autres personnes entre le début de sa période de contagion et les premiers symptômes.

Au cours des prochaines semaines, la Santé publique doit augmenter le nombre d’enquêteurs. Les personnes recrutées sont des professionnels de la santé à la retraite, des infirmières enceintes qui ont été retirées du milieu de travail ainsi que des professionnels de secteurs de la santé dont la charge de travail est réduite en raison de la période de pandémie.

L’équipe actuelle est composée de 60 personnes qui, depuis le mois de mai dernier, travaillent sur des quarts de travail de 12 heures par jour, sept jours par semaine, sans arrêt, de façon à mener rapidement les enquêtes.