L'Enquête nationale sur les femmes autochtones disparues ou assassinées s'arrêtera aujourd'hui à Mashteuiatsh. Il s'agit de rencontres préparatoires en vue des audiences publiques qui se tiendront en novembre, à Uashat Maliotenam, sur la Côte-Nord.

Enquête nationale: un arrêt à Mashteuiatsh

L'Enquête nationale sur les filles et les femmes autochtones disparues ou assassinées s'arrête à Mashteuiatsh mardi. La mission et le mandat de l'enquête publique seront expliqués aux membres de la communauté innue et des rencontres privées pourront avoir lieu, en vue des audiences nationales qui s'arrêteront à Uashat Maliotenam le 27 novembre prochain.
La GRC recensait, en 2014, 1181 cas de femmes et de filles autochtones disparues ou assassinées au Canada.
Jusqu'à vendredi, des équipes de l'Enquête nationale passent la semaine sur la Côte-Nord, en plus d'un arrêt au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Les membres de la commission veulent ainsi tisser des liens de confiance avec les communautés autochtones et inviter les personnes à se confier. 
« Il y aura un bout de la rencontre qui se fera en public. À ce moment, les membres de l'Enquête nationale expliqueront leur mandat. Ensuite, les gens qui désirent discuter avec un intervenant pourront le faire de façon privée. Il ne s'agit pas de témoignages publics ici, mais bien de rencontres préparatoires en vue des audiences publiques qui se dérouleront en novembre », a expliqué Dave Casavant, conseiller aux communications à Mashteuiatsh. 
Malgré le nom de l'enquête, Dave Casavant invite aussi les hommes à y participer. « On parle d'un sujet qui touche toute la famille, alors les pères, les fils et les frères sont aussi invités à participer à la rencontre », ajoute M. Casavant. 
Cette semaine, neuf communautés innues et naskapies de la Côte-Nord et du Lac-Saint-Jean seront visitées.
« Êtes-vous une femme qui a vécu la violence, la discrimination ou de l'injustice ? Êtes-vous le proche d'une femme ou d'une fille autochtone assassinée, disparue ou décédée dans des circonstances mystérieuses ou violente ? L'Enquête nationale veut vous entendre », invite la commission. Précisons que des intervenants en santé seront également présents, afin d'accompagner les participants. 
Les rencontres organisées à Mashteuiatsh débuteront à 12 h 30, à la salle communautaire. Cette visite sera l'occasion pour les familles et pour des survivants de la violence de participer à l'avancement de l'enquête. 
Mandat de l'Enquête nationale
Annoncée à la fin de l'année 2015, mais lancée en décembre 2016, l'Enquête nationale sur les filles et les femmes disparues ou assassinées devra produire un rapport sur les causes systémiques de la violence faite aux femmes et aux filles autochtones, ainsi que sur leur plus grande vulnérabilité à la violence, en examinant les tendances et les facteurs qui pourraient expliquer les taux de violence plus élevés. Les commissaires doivent donc examiner les facteurs historiques, sociaux, économiques, institutionnels et culturels qui contribuent à la violence.
La commission se penchera également sur les pratiques, les politiques et les institutions, comme les services de police, de bien-être de l'enfance, de coroners et d'autres politiques et pratiques gouvernementales ou conditions socioéconomiques.
Le gouvernement fédéral accorde à la commission un budget de 53,86 M $ sur deux ans, afin qu'elle s'acquitte de son mandat au plus tard le 31 décembre 2018.
Quelques chiffres...
• Les femmes et les filles autochtones au Canada sont touchées de manière disproportionnée par toutes les formes de violence. Bien que les femmes autochtones forment 4 % de la population féminine canadienne, elles représentent 16 % des femmes assassinées au Canada entre 1980 et 2012.
• La Gendarmerie royale du Canada (GRC) a publié, en 2014, le rapport Les femmes autochtones disparues et assassinées : Un aperçu opérationnel national, dans lequel elle recense 1181 cas de femmes et de filles autochtones disparues ou assassinées. Dans l'aperçu opérationnel de la GRC, on constate également que si le taux d'homicides chez les femmes canadiennes non autochtones est à la baisse, celui des femmes autochtones demeure stable.
• Depuis le lancement de l'enquête, sept personnes, qui devaient agir comme membres de la commission, ont démissionné. Les critiques les plus fréquentes évoquent le manque de communication et de transparence de l'enquête, de même que des problèmes de leadership. Dans la foulée de ce départ, des dizaines de membres des familles, des militants et des universitaires ont écrit une lettre ouverte au premier ministre Justin Trudeau lui demandant que cette enquête, « profondément mal orientée », reparte sur de nouvelles bases.
• En 2015, des allégations d'abus policiers commis envers des femmes autochtones ont mis Val-d'Or sur la sellette. Après enquête, le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) a décidé de ne pas donner suite aux plaintes portées par des femmes autochtones contre des agents de la Sûreté du Québec, qu'elles accusaient de multiples sévices à leur endroit. Cette décision avait été reçue amèrement par la communauté, mais aussi par plusieurs non autochtones. Patricia Rainville