Le Dr Donald Aubin, directeur de santé publique pour le CIUSSS Saguenay–Lac-Saint-Jean (au centre), était accompagné du Dr Jean-François Betala Belinga, médecin spécialiste en santé publique, et d’Emmanuelle Arth, coordonnatrice du projet Enquête de santé et agente de planification, de programmation et de recherche au CIUSSS.

Enquête de santé au Saguenay: moins de tabagisme, plus de vapotage

Le tabagisme a baissé de moitié au cours des 20 dernières années au Saguenay–Lac-Saint-Jean. À l’inverse, le vapotage gagne en popularité, ce qui incite la Direction de santé publique à poursuivre la sensibilisation sur les effets néfastes de ce « phénomène émergent ».

Les résultats de l’Enquête de santé du Saguenay–Lac-Saint-Jean 2018 ont été dévoilés jeudi matin, en conférence de presse, par le directeur régional de santé publique, le Dr Donald Aubin, qui en a présenté les grandes lignes. Les résultats sont tirés d’une enquête téléphonique réalisée du 7 mars au 22 juin 2018 par l’Institut de la statistique du Québec. Au total, 4032 personnes de 18 ans et plus ont répondu à l’enquête.

Un des éléments qui ressort est la diminution du tabagisme, ce qui a des effets positifs sur les cancers liés à la cigarette, les maladies cardiovasculaires et le bien-être général.

« C’est très encourageant. On était à 30 % de personnes qui fumaient en 2000 et on est actuellement à 16 % (fumeurs réguliers ou occasionnels). Il y a quelques années, on était même à 50 %. Le tabac a tellement d’influence sur la santé. C’est un facteur de risque tellement important. Il y a un changement de culture, un changement de société. C’est assez profond. Au niveau législatif, au niveau des règles, il y a eu beaucoup de changements qui sont devenus eux aussi des incitatifs. Et la société aussi comme telle est en train de changer », se réjouit Dr Aubin.

Il n’y a pas de différence chez les hommes ou chez les femmes, mais la proportion varie en fonction de l’âge. Il y a plus de fumeurs chez les 18 à 44 ans (20 %) et les 45 à 64 ans (17 %) que chez les 65 ans et plus (10 %).

D’un autre côté, 11 % des répondants disent avoir déjà fait l’usage de la cigarette électronique au cours de leur vie. Dans les trente jours précédant l’enquête, 3 % des répondants avaient vapoté. Comme il s’agit d’un nouveau thème, il n’est pas possible de comparer ces données avec celles des années antérieures. Le CIUSSS confirme qu’aucune maladie liée au vapotage n’a encore été observée dans la région.

« Chez les adultes, trois pour cent, ce n’est pas très élevé, mais c’est trop élevé. Chez les jeunes, certaines enquêtes laissent croire que c’est plus haut que ça. Il faut continuer nos efforts pour faire en sorte que les jeunes ne débutent pas le vapotage, parce qu’il y a un passage du vapotage vers la cigarette qui peut se faire. Ou même de simplement maintenir le vapotage », mentionne Dr Aubin.

En se tournant vers le vapotage, est-ce que les jeunes minimisent les conséquences néfastes ? Possible, croit le directeur de santé publique.

« C’est nouveau. On ne savait pas tout ce que ça pouvait représenter. Il y a même eu des informations qui disaient que ça arrêtait les jeunes de fumer. Ce n’est pas le cas du tout. Ils ne se rendent pas compte que c’est de la nicotine qu’ils consomment », déplore-t-il.

Cannabis

Au moment de l’enquête, 49 % des répondants ont affirmé avoir déjà consommé du cannabis, du pot ou du haschich, et 11 % en avaient consommé au cours des douze derniers mois. Même si les gens ont été interrogés avant la légalisation, la santé publique ne croit pas que les chiffres auraient été très différents s’ils avaient été questionnés après.


« Il faut continuer nos efforts pour faire en sorte que les jeunes ne débutent pas le vapotage, parce qu’il y a un passage du vapotage vers la cigarette qui peut se faire. »
Dr Donald Aubin

« On a des données qui sont avant le grand changement législatif. Ça va être à suivre de près. Est-ce que ça va changer en nombre d’utilisateurs ? C’est dur à dire. La tendance qu’on observait depuis quelques années chez les jeunes et la population en général était à la baisse », avance Dr Aubin.

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LES SAGUENÉENS ET JEANNOIS PLUS SÉDENTAIRES

Même si les saines habitudes de vie font la manchette régulièrement au Saguenay–Lac-Saint-Jean, le niveau de sédentarité a augmenté depuis 2012. Parallèlement, 24 % des adultes ont passé 35 heures ou plus devant un écran pendant leurs temps libres. 

Parmi les répondants, 64 % ont déclaré bouger au moins une fois par semaine pour leurs loisirs. Malgré ce nombre, 22 % le font trois fois ou moins par mois et 13 % ne pratiquent jamais d’activité physique pendant leurs loisirs. Près de 75 % de la population font de l’activité une fois par mois, mais les gens qui en font trois ou quatre fois par semaine sont à la baisse. 

« Il ne faut pas lâcher. Au niveau de la sédentarité, on était à 32 % de gens qui étaient sédentaires dans notre région. On est rendus à 35 %. On voit que le temps passé devant un écran est plus important qu’il l’était. On est rendus au quart de la population qui est à 35 heures et plus », s’inquiète le docteur Donald Aubin, directeur régional de santé publique au CIUSSS du Saguenay–Lac-Saint-Jean.

Selon ce dernier, il est impératif de maintenir les efforts collectifs pour la santé et le bien-être et de rendre accessibles à la population les équipements nécessaires pour la pratique d’activités physiques.

Mais n’est-ce pas ironique que la tendance soit à la baisse dans la région, berceau du Grand défi Pierre Lavoie et des saines habitudes de vie ? 

« Il faut interpréter quand même. Il faut mieux comprendre nos chiffres. Est-ce que c’est un effet de population vieillissante ou il y a d’autres facteurs ? On pense à tous les efforts, les équipements de sports qui sont à proximité, mais nos indices montrent qu’il n’y a pas de hausse », s’interroge le Dr Aubin. 

Santé en général

Environ six adultes sur dix (59 %) considèrent avoir une excellente ou une très bonne santé en général au Saguenay–Lac-Saint-Jean, comparativement à 13 % qui disent avoir une santé moyenne ou mauvaise. Il n’y a pas de différence marquée entre les hommes et les femmes, mais la perception varie selon l’âge.

L’auto-évaluation de la santé en général dans la population de la région est meilleure chez les gens de 18 à 44 ans. Ils disent avoir une excellente ou une très bonne santé dans une proportion de 64 %, tandis que chez les 65 ans et plus, ce chiffre diminue à 50 %. Inversement, ce sont les 65 ans et plus qui affirment avoir une santé moyenne ou mauvaise dans une plus grande proportion (19 %). Cette statistique diminue à 13 % chez les 45 à 64 ans et à 8 % chez les 18 à 44 ans.

Au total, un peu plus du quart de la population (28 %) dit avoir une bonne santé. 

« Bien que ce constat semble positif, il importe de poursuivre nos efforts, notamment pour la lutte aux maladies chroniques, l’adoption d’habitudes de vie plus actives et le soutien au développement social. La santé doit être considérée comme une responsabilité partagée puisque chacun de nous est détenteur d’un pouvoir d’action sur la santé de notre population », affirme Dr Donald Aubin.

Santé mentale

Le nombre d’adultes qui perçoivent leur santé mentale comme étant excellente ou très bonne a diminué au cours des dernières années, passant de 79 % en 2012 à 76 % en 2018. Ils sont 18 % à percevoir leur santé mentale comme étant bonne.

À l’inverse, 12 800 personnes (6 %) disent avoir une santé mentale moyenne ou mauvaise.

Le message a changé, croit Pierre Lavoie

Invité à réagir à chaud à l’Enquête de santé du Saguenay–Lac-Saint-Jean, Pierre Lavoie s’est dit surpris d’apprendre que la sédentarité est en hausse dans la région. «Je n’ai jamais vu autant de gens bouger!», a-t-il déclaré d’emblée. Comme il s’agit d’un sondage, une hypothèse, selon lui, est que les gens sont peut-être plus sévères envers eux qu’ils ne l’étaient par le passé. «Peut-être que le point de vue change avec le message qui est véhiculé depuis quelque temps», avance-t-il.

Dans le cas de cette enquête, seuls des adultes ont été interrogés – 4032 au total. Pierre Lavoie aurait aimé connaître les statistiques si les enfants avaient été inclus, car «c’est là que tout le travail se fait». 

Celui qui est à l’origine du mouvement des saines habitudes de vie dans la région et du Grand défi Pierre Lavoie rappelle qu’il ne faut pas sous-estimer la popularité des appareils électroniques, comme les téléphones intelligents et, surtout, des séries télévisées. Ces dernières sont probablement à l’origine du grand nombre d’heures passées devant les écrans. 

«L’environnement n’est peut-être pas favorable pour tout le monde. Peut-être que tout n’est pas mis en place pour favoriser la pratique d’activités sportives. Est-ce que c’est comme ça pour toutes les régions? J’aimerais comparer. Nous allons toujours traîner la strate de la population qu’on n’a pas éduquée à bouger.»

Pour voir l’évolution

Plusieurs aspects relatifs à la santé de la population ont été évalués dans le cadre de l’Enquête de santé du Saguenay–Lac-Saint-Jean 2018. De manière générale, elle a permis de constater que l’état de santé général des adultes de la région est demeuré relativement stable depuis 2012. L’exercice est répété environ tous les six ans et il permet de voir l’état de santé de la population. 

«Dans ces enquêtes-là, on peut se comparer à nous en termes d’évolution. C’est très riche en termes de contenus. On a mis en évidence des secteurs vers lesquels on veut continuer à travailler et il faut continuer à le faire. Travailler pour la santé, c’est vraiment une responsabilité partagée par plusieurs acteurs qui sont tous importants», a mentionné Dr Aubin, citant notamment les municipalités, le réseau scolaire et le réseau de la santé.