Natacha Louis, Catherine Mavriplis et Donatille Mujawamariya s’intéressent au déséquilibre entre les hommes et les femmes dans les sciences, les technologies, l’ingénierie et les mathématiques (STIM).

Encore un déséquilibre hommes-femmes en génie

Lorsqu’elle a réalisé que les recherches sur les maladies cardiaques, l’une des principales causes de décès chez les femmes, n’incluaient que des hommes, la professeure et chercheuse de l’Université d’Ottawa, Catherine Mavriplis, a jugé qu’il y avait un sérieux problème.

Avec sa collègue de la Faculté d’éducation, Donatille Mujawamariya, elle a mis en branle une étude intitulée «Le génie au service des femmes, Rethinking the Faces and Spaces of Engineering».

«Quand on regarde une machine de mammographie, on est sûrs qu’elle n’a pas été inventée par des femmes. C’est une technologie qui est très bonne, mais il y a sans doute d’autres moyens pour le faire», fait valoir Catherine Mavriplis, pointant un doigt vers une image projetée au mur. Sur celle-ci, la photo d’un appareil de mammographie pressant une petite orange. Toute femme s’étant soumise à un tel examen est à même de témoigner du fait que la machine en question provoque une certaine dose d’inconfort.

Cet exemple a été employé par la professeure Mavriplis pour mettre la table à la présentation de son sujet d’études, mardi, à l’Université du Québec à Chicoutimi. C’était lors d’un colloque tenu dans le cadre du 86e congrès de l’ACFAS. La chercheuse a indiqué que l’objectif caressé, en lançant son projet, était de voir si plus de femmes se dirigeraient vers les sciences, les technologies, l’ingénierie et les mathématiques (STIM) si la recherche et les études portaient sur des sujets qui les concernent davantage.

Pas d’hier
La sous-représentation de la gent féminine en génie ne date pas d’hier. Si le pourcentage de femmes aux études universitaires dans ce domaine a connu une augmentation dans les années 90, on estime qu’aujourd’hui, il oscille autour de 20 %. La Dre Mavriplis et d’autres collègues chercheurs creusent cette question et œuvrent à trouver des solutions.

Pour attirer plus de femmes en génie, autant pour leur bénéfice personnel que pour celui de la société, des avenues existent. Parmi elles, l’accroissement du nombre d’enseignantes dans les facultés de génie pour fournir du mentorat et des modèles féminins à la relève.

Lors du colloque de mardi, Donatille Mujawamariya a pour sa part attiré l’attention sur le fait que «tout commence à la maison» et qu’il faut davantage inclure les hommes dans la solution. Elle et sa collègue scientifique ont aussi mis en exergue l’importance d’impliquer les étudiantes dans des programmes d’entrepreneuriat en milieu universitaire pour encourager cette culture chez les futures ingénieures.

«Brise-Tout»
L’enseignante et doctorante en génie, Natacha Louis, croit que susciter l’engouement des filles pour les sciences passe nécessairement par une approche axée sur la conception technologique, dès le primaire et le secondaire.

Fascinée par l’ingénierie, Natacha Louis a raconté que quand elle était petite, sa famille la surnommait «Brise-Tout».

«J’avais une fascination pour les objets et les mondes et je m’amusais toujours à déconstruire. Aujourd’hui, je m’intéresse au rapport que les jeunes filles entretiennent avec les objets techniques. Je les aide à détruire, à déconstruire et à rassembler des choses», a fait valoir celle qui cumule plus de 20 ans d’expérience en enseignement.

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Détentrice d’un baccalauréat en génie biomédical de l’Université d’Ottawa, Jennifer Vo travaille au développement de kVibe, un dispositif permettant d’aider les femmes souffrant d’incontinence urinaire.

UN PROJET DE GÉNIE INNOVANT

Étudiante en génie biomédical à l’Université d’Ottawa, Jennifer Vo a développé kVibe, un dispositif relié à une application intelligente qui permet d’aider les femmes souffrant d’incontinence urinaire.

Jennifer Vo a démarré son projet de génie pour le moins innovant l’an dernier. Un prototype a par la suite été élaboré. Entourée d’une petite équipe de collègues spécialisés en développement logiciel et en génie électrique, elle continue de peaufiner son produit.

Lors d’une communication libre en marge du colloque sur les femmes et le génie à l’ACFAS, celle qui vient tout juste d’obtenir son baccalauréat a raconté la genèse de kVibe.

«J’ai remarqué que chaque fois que ma mère éternuait un peu trop fort, elle mouillait son pantalon. C’était dû à une dysfonction du plancher pelvien. Puis j’ai vu que la même chose arrivait à ma tante alors j’ai décidé de faire quelque chose pour aider la santé des femmes», a-t-elle résumé. 

Le dispositif, inséré à l’intérieur du vagin, est relié à une application qui envoie des vibrations. Celles-ci commandent certains exercices qui permettent de travailler les muscles du plancher pelvien. À l’intérieur du prototype se trouve le moteur d’un objet sexuel que Jennifer Vo a acheté, puis détruit pour en récupérer l’essentiel.

«L’obésité, la grossesse et l’accouchement peuvent provoquer l’incontinence. Environ 50 % des femmes de 50 ans et plus sont affectées par une dysfonction du plancher pelvien. Chez les 30 à 40 ans, c’est 33 %», a fait remarquer l’ingénieure-entrepreneure, qui a bien l’intention de continuer de travailler au développement de kVibe.

«Il nous reste encore du chemin à faire, mais je suis masochiste», a lancé avec humour Jennifer Vo.

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Julie Beaulieu et Aurélien Cibilleau, de l’Université Laval, ont notamment abordé le thème des représentations des femmes et de la sexualité féminine dans Unité 9.

LA TÉLÉVISION DANS LA MIRE DES SCIENTIFIQUES

La télévision québécoise suscite l’intérêt de la communauté scientifique. Mardi, au congrès de l’ACFAS, un colloque intitulé «la télévision dans tous ses états» a réuni plusieurs chercheurs intéressés par le sujet.

Le colloque, suivi de communications libres, a abordé les thèmes de la production, des contenus et de la réception. De l’avis des chercheurs, «le cas de la télévision québécoise semble défier certains pronostics». Selon les plus récentes données statistiques, les cotes d’écoute pour des productions locales sont relativement stables au Québec, particulièrement en fiction et en divertissement, alors que la tendance est à l’inverse ailleurs.

Stéfany Boisvert a partagé le fruit de son travail de recherche dans le cadre d’une conférence intitulée La survie inespérée du téléroman québécois. Une analyse discursive des nouveaux récits de proximité à l’ère d’une télévision transnationale. La chercheuse de l’Université McGill a abordé sa recherche en cours, laquelle porte sur l’analyse des téléromans québécois les plus populaires au Québec depuis 2016. Il a bien sûr été question de District 31, particulièrement des articulations des identités féminines de la télésérie.

Par la suite, Julie Beaulieu et Aurélien Cibilleau, de l’Université Laval, ont abordé le thème des représentations des femmes et de la sexualité féminine dans Unité 9.

«La diffusion de certains épisodes a, en effet, occasionné la tenue de débats polarisés, les concepteurs et conceptrices de ces séries ayant choisi de représenter jusqu’à certains tabous sexuels», a-t-il été expliqué. La scène où le personnage de Jeanne a subi un viol collectif en est un exemple, a précisé Julie Beaulieu, professeure adjointe en études cinématographiques au Département de littérature, théâtre et cinéma de l’Université Laval.