La présidente du Syndicat des professionnelles en soins du Saguenay-Lac-Saint-Jean (FIQ), Julie Bouchard, en appelle à une véritable volonté politique de mettre fin au temps supplémentaire obligatoire, selon elle devenu un modèle de gestion plutôt qu’une mesure exceptionnelle.

Encore du temps supplémentaire pour les infirmières

Le temps supplémentaire obligatoire (TSO) explose à l’hôpital de Chicoutimi.

Pendant la fin de semaine du 1er septembre, la situation a été particulièrement fragile, alors que 26 quarts TSO ont été mis à l’horaire des infirmières du département de chirurgie orthopédique. Cette situation provoque l’exaspération et l’épuisement des professionnelles en soins. Au final, le nombre a pu être réduit à une quinzaine, mais ces conditions, qui perdurent depuis plusieurs mois entre les murs du centre hospitalier, ont un impact considérable sur le climat qui règne aux départements C-4 et D-4 de l’hôpital, selon une source infirmière qui s’est confiée anonymement au Progrès.

« Il y a une très grosse problématique et l’ambiance est néfaste. Tout le monde est un peu sur les dents », a-t-elle fait valoir.

Présidente du Syndicat des professionnelles en soins du Saguenay-Lac-Saint-Jean (FIIQ), Julie Bouchard est bien au fait du problème. Elle précise que l’utilisation du temps supplémentaire obligatoire, provoquée par la pénurie d’infirmières, est à son comble à Chicoutimi, ce qui fait en sorte que la région se démarque à ce chapitre à l’échelle provinciale.

Le temps supplémentaire obligatoire a explosé à l’Hôpital de Chicoutimi. Pour la fin de semaine du 1er septembre, une quinzaine d’infirmières ont été obligées de travailler 16 heures en ligne au département de chirurgie orthopédique.

L’horaire de la présente fin de semaine, dont Le Progrès a obtenu copie, fait état d’un besoin de neuf infirmières en TSO. La direction du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) a toutefois précisé, en fin d’après-midi vendredi, que sept des neuf plages vacantes ont été comblées sur une base volontaire. Deux professionnelles devront donc travailler pendant 16 heures consécutives.

Projet pilote
Un projet pilote a été mis en branle au printemps dans le but d’amoindrir les effets du temps supplémentaire obligatoire. Au lieu de travailler une fin de semaine sur deux, les infirmières peuvent dorénavant travailler une fin de semaine sur trois. Des surplus de personnel enregistrés en semaine ont été réaffectés aux activités chirurgicales de fin de semaine, période où les besoins sont plus pressants. Toutefois, l’efficacité du projet pilote et la satisfaction du personnel à son égard semblent mitigées.

« On est à se demander si ça vaut la peine de continuer avec le projet pilote ou si on essaie de trouver une autre solution. On ne peut pas dire que c’est un échec, parce qu’on a réussi à donner une certaine qualité de vie à des professionnelles en leur permettant de travailler seulement une fin de semaine sur trois, mais je vous dirais que c’est mitigé à environ 50-50. En ce moment, sur chaque quart de travail de fin de semaine, il manque une professionnelle. Chaque quart en TSO, c’est un de trop », a fait valoir Julie Bouchard. La présidente précise qu’une rencontre impliquant l’employeur et le syndicat aura lieu prochainement pour discuter de la poursuite, ou non, du projet pilote.

Plusieurs absences
Le taux d’absentéisme en lien avec des absences prolongées rend encore plus fragile la situation des infirmières, déjà présentes en nombre insuffisant. Globalement, il est estimé qu’environ 13 pour cent des professionnelles en soins du CIUSSS du Saguenay-Lac-Saint-Jean sont en arrêt de travail.

« C’est du jamais vu. Les gens sont réellement malades », note Julie Bouchard.

Si l’on ajoute à cela les congés maternité et les sans solde, le taux atteint 16 pour cent. La chef syndicale fait remarquer que les activités opératoires fonctionnent déjà avec seulement 50 pour cent du personnel requis. Si l’on retranche le 16 pour cent d’absents, c’est donc dire, pointe Julie Bouchard, que l’hôpital doit composer avec seulement 34 pour cent des effectifs requis.

« Et ça, ça exclut les absences ponctuelles, parce qu’après un 16 heures consécutif de travail, ça arrive que des gens ne rentrent pas travailler parce qu’ils sont épuisés. Aucune entreprise privée n’accepterait de rouler avec 30 pour cent du personnel nécessaire », renchérit la présidente du Syndicat des professionnelles en soins.

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LE SYNDICAT EN APPELLE À UNE VOLONTÉ POLITIQUE

La présidente du Syndicat des professionnelles en soins, Julie Bouchard, croit que seule une réelle volonté politique permettra de régler la situation et d’éradiquer le temps supplémentaire obligatoire en milieu hospitalier.

« Oui, il y a des lacunes de gestion, mais il faut que les budgets du ministère soient suffisants pour embaucher des infirmières et créer des postes. Oui, on peut embaucher, mais sans conditions intéressantes, on n’arrivera pas à garder nos professionnelles. En ce moment, il n’y a rien d’intéressant à venir travailler en santé, particulièrement au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Il faut améliorer l’attractivité », fait-elle valoir, ajoutant qu’à Québec, un virage a été pris il y a quelques années pour améliorer les conditions de travail des infirmières. Ces mesures ont porté leurs fruits.

Le temps supplémentaire obligatoire va à l’encontre du code de déontologie des infirmières, rappelle Julie Bouchard. La syndicaliste estime que cette formule a fait son temps. 

« Ça devait être une mesure exceptionnelle. C’est devenu un mode de gestion. Il y a eu un débat dernièrement (dans le cadre de la campagne électorale) et la CAQ a dit qu’elle veut abolir le TSO. Nous, ce qu’on veut, c’est une action concrète au bout de la ligne », martèle la présidente du syndicat. 

Consciente du fait qu’un problème subsiste relativement au manque de ressources en soins infirmiers, la direction du CIUSSS dit prendre la situation au sérieux.

« Beaucoup de travail a été fait avec la partie syndicale pour trouver des solutions. On a une très belle collaboration des équipes de soins. La période estivale est particulièrement difficile, avec la période de vacances, où les ressources sont moins nombreuses », a indiqué la porte-parole Joëlle Savard, qui convient que la solution au problème passe par le recrutement et la rétention d’infirmières.