Dans un long cri du coeur publié sur Facebook dimanche, Véronique Perron a dénoncé le manque de ressources au CHSLD Beaumanoir, un établissement regroupé sous l’égide du CIUSSS Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Elle dénonce les conditions de son père en CHSLD

Une infirmière et préposée aux bénéficiaires au privé dénonce la piètre qualité des soins dispensés à son père, atteint de la maladie d’Alzheimer, au CHSLD Beaumanoir de Chicoutimi.

Dans un long message publié dimanche sur Facebook et partagé 149 fois au cours de la journée de lundi, Véronique Perron s’insurge sans retenue contre une situation qu’elle estime être directement liée au manque de ressources humaines au sein de l’établissement regroupé sous l’égide du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Elle croit que la situation a un impact direct sur la qualité des soins dans ce Centre d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD).

Dans son long cri du cœur, qu’elle amorce avec les mots « partagez, svp, pour que mon papa ait les soins qu’il mérite », Véronique Perron fait la nomenclature d’une série d’événements qui seraient survenus récemment entre les murs du centre d’hébergement. Des plaies aux pieds mal soignées, des couches qui débordent, un plancher sali d’urine laissé tel quel pendant plusieurs jours, l’absence d’une infirmière responsable pour s’occuper de son père, des appels pour demander l’heure juste non rendus. Voilà quelques-unes des doléances émises par Véronique Perron, qui voit, en ces situations, une atteinte à la dignité de son père. 

« Je suis consciente de la réalité du système de santé et ce que c’est de travailler sur le plancher. Pour ces raisons, depuis que mon père a dû s’installer en centre d’hébergement, je suis plus que tolérante envers le personnel de soins et de soutien. Je suis compréhensive beaucoup plus que je devrais l’être, me disant que les choses vont s’améliorer. On trouve des solutions, des plans d’interventions qui, au début, sont respectés, mais après un certain temps sont à recommencer encore et encore. Sauf qu’à un moment donné, il y a des limites. Cette semaine c’est pire que pire. On me demande ouvertement de comprendre que depuis quelques mois, il n’y a plus aucune stabilité de personnel. On me dit que je connais la réalité, car je travaille dans le réseau de la santé. Ç’a fait beaucoup de flammèches dans ma tête », écrit la mère de trois enfants.

Véronique Perron a remarqué une dégradation de la situation depuis qu’une infirmière responsable de son père a quitté le centre. Elle n’aurait pas été remplacée.

« Vous promenez le personnel d’une place à l’autre, aucune stabilité pour les patients et du personnel tout le temps nouveau qui connaît peu le suivi des résidents. Elle est où ma personne-ressource ? [...] Elle est où la continuité des soins ? [...] Je comprends la réalité qu’une équipe instable, ce n’est pas génial et le risque d’oublis et d’erreurs augmente, mais rendus où on est rendus, c’est NON. Je ne veux plus comprendre, je l’ai déjà fait pis là, ça devient justement catastrophique », poursuit-elle.

Plus qu’un oubli

Véronique Perron a embauché une ressource privée pour prodiguer des soins de pieds à son père. Elle indique avoir appris de cette personne qu’il présentait des plaies dues au port de chaussures inappropriées. 

« Elle demande [...] de pouvoir enlever son pansement au gros orteil vu qu’il recouvre l’ongle et que ça l’empêche de faire le travail. La demande étant refusée par l’infirmière, elle s’occupe du reste des pieds sans faire cette partie. De plus, la préposée lui demande s’il est possible que j’achète deux paires de pantoufles étant donné que sa culotte d’incontinence souillée d’urine déborde et mouille ses pantoufles régulièrement », raconte-t-elle.

En colère, Véronique Perron précise qu’« il ne s’agit pas d’un oubli de nettoyage de dentier, de ne pas avoir utilisé le dentifrice approprié ou d’un retard de changement de culotte (qui pourtant ne devrait même pas arriver) ». 

« Est-ce normal que je me gratte la tête en me disant “mais pourquoi donc est-ce la dame que j’engage au privé pour faire ses soins de pieds qui me contacte pour me faire part de cette demande et que c’est encore cette même personne qui m’avise que mon père est blessé dû à des chaussures identifiées à son nom, mais qui ne lui appartiennent pas ? ” », poursuit-elle.

Le Beaumanoir

Des questions sans réponses

Le passage de Véronique Perron dans la chambre de son père lui a permis de constater que le plancher était maculé d’urine séchée, selon elle présente depuis trois jours. 

« La réponse qu’on me donne c’est que plusieurs fois le concierge a été appelé, mais que vu que c’est la fin de semaine, il est seul et n’a pas eu le temps de venir nettoyer », exprime-t-elle. 

La femme de 33 ans soutient qu’elle a tenté de joindre la direction du CHSLD plusieurs fois pour demander des explications, mais que ses appels sont sans cesse transférés d’une personne à l’autre et que ses messages demeurent sans retour.

« Est-ce normal d’avoir autant de difficultés à rejoindre un membre du personnel infirmier pour parler de ton père et de sa situation de santé ? Est-ce normal que je reçoive tous les 3-4 mois une lettre de la RAMQ me disant que le coût de l’hébergement de mon père sera augmenté de XYZ$, car son revenu mensuel a augmenté de XYZ$ ce mois-ci ? Est-ce normal que chaque mois, on prélève du compte de mon père un montant X, s’assurant qu’il ne lui reste pas plus que 203 $ par mois pour ses dépenses non couvertes par le centre d’hébergement ? », martèle Véronique Perron.

« Le personnel et les résidents, leurs familles, on est a bout de souffle. Ça ne s’améliore pas, ça se dégrade de plus en plus vite. Ça me brise le cœur de voir mes proches en faire les frais, ça me brise le cœur de voir les patients en payer les frais, ça me brise le cœur de voir qu’on est tous là à le crier haut et fort et que tout empire malgré tout », poursuit-elle.

Jointe par Le Quotidien lundi soir, Véronique Perron a confié avoir reçu un appel de la direction du CHSLD, en réaction à son post. 

« On m’a proposé une rencontre demain (mardi) et on m’a demandé d’enlever mon message, mais j’ai refusé. Je veux que ce soit entendu. Il faut que ça change et que ça arrête d’être caché. Je n’en ai rien contre le personnel, je sais qu’ils font de leur mieux. J’ai même reçu des messages d’employés du Beaumanoir qui me disent qu’ils sont d’accord avec moi, mais qu’ils ne peuvent pas parler parce qu’ils pourraient perdre leur emploi », a-t-elle affirmé. 

Le porte-parole du CIUSSS, Marc-Antoine Tremblay a indiqué par courriel qu’il n’était pas en mesure de commenter le dossier. 

« Je dois valider les informations pour voir l’autre côté de la médaille avec la direction du soutien à l’autonomie des personnes âgées. De plus, je ne peux commenter directement le dossier d’un patient, confidentialité oblige », a-t-il fait valoir.