Accompagné de sa fille de 10 ans Ella-Grace, Justin Trudeau était de passage à Québec, jeudi pour parler entre autres du troisième lien.

Troisième lien : «On ne va pas se prononcer sur un projet qui n’existe pas», dit Trudeau [VIDÉO]

C’est en parlant d’environnement que Justin Trudeau pense gagner des sièges à Québec, où les conservateurs règnent dans 9 circonscriptions sur 11. Mais le chef libéral refuse toujours de se prononcer sur le troisième lien. «On ne va pas se prononcer sur un projet qui n’existe pas», a-t-il tranché, vendredi matin, lors de son passage à Cap-Rouge.

Dans un restaurant Normandin bondé de candidats et de sympathisants libéraux, M. Trudeau a effectué son seul arrêt jusqu’ici de la présente campagne électorale dans la capitale québécoise. Accompagné par sa fille de 10 ans Ella-Grace, en congé pédagogique, le premier ministre sortant a serré beaucoup de mains et jasé plusieurs minutes à la table d’une famille, tout en sirotant son jus d’orange.

M. Trudeau n’était pas accompagné que de sa préado, mais aussi de son personnel de campagne, d’agents de la GRC et d’un chien renifleur, sécurité du premier ministre oblige.

«Les gens à Québec comprennent à quel point c’est important de créer une économie forte tout en protégeant l’environnement», a-t-il répondu, quand un journaliste lui a demandé d’identifier le principal enjeu qui permettra à son parti de faire des gains dans la région le 21 octobre.

Car lors des élections de 2015, les régions de la Capitale-Nationale et de Chaudière-Appalaches ont viré au bleu avec 10 conservateurs élus sur 12 circonscriptions, en incluant la Beauce de Maxime Bernier, alors député conservateur devenu chef de son propre Parti populaire.

Alors qu’en est-il de ce troisième lien routier sous-fluvial, pour lequel le gouvernement québécois caquiste fait beaucoup de promotion, mais qui répugne la grande majorité des écologistes. Le Parti conservateur s’affirme pour sa part clairement en faveur de la construction de ce troisième lien.

«On ne peut pas prendre une position sérieuse sur un projet qui n’existe pas, même pas sur papier encore», clame de son côté M. Trudeau. «Quand on viendra nous voir, on regardera le projet, on sera là pour être partenaire sur les priorités de la ville et de la province. Mais on ne va pas se prononcer sur un projet qui n’existe pas. Faut avoir un projet concret», a-t-il résumé, rappelant que les libéraux fédéraux ont emboîté le pas dans le projet du futur tramway à hauteur de 1,2 milliard $.

Deux avions

Comme l’a soulevé son adversaire conservateur Andrew Scheer lors du débat télévisé de mercredi, d’aucuns voient une contradiction entre l’attachement à la cause environnementale exprimé par M. Trudeau et le fait qu’il est le seul chef à utiliser deux avions durant cette campagne fédérale. Le deuxième avion sert surtout à transporter du matériel technique audiovisuel.

«On fait campagne à travers le pays pour faire des événements où on amène des centaines, parfois des milliers de personnes. On a fait le choix d’avoir plus d’équipement, mais on a acheté des crédits carbone pour tout notre transport. Ça contraste avec les conservateurs, qui veulent distraire du fait que la première chose qu’ils vont faire, c’est d’éliminer notre plan pour contrer les changements climatiques. Ils n’ont pas du tout acheté de crédits carbone pour leur avion! Ils ne font même pas le minimum nécessaire», clame celui qui a pris part à près d’une cinquantaine d’événements en 24 jours de campagne.

M. Trudeau a par ailleurs refusé de qualifier d’«erreur» la promesse électorale de 2015 de régler le problème de peinture du pont avant le 30 juin 2016. La question n’est toujours pas résolue, quatre ans plus tard, mais la nomination du négociateur-conciliateur Yvon Charest, en août dernier, permettra d’«enfin arriver à une voie où le maire et la province sont optimistes qu’on va pouvoir arriver à la bonne solution pour la ville de Québec».

Quant aux terrains de Sainte-Foy appartenant au ministère de la Défense que réclament la Ville de Québec et les Hurons de Wendake, M. Trudeau évite de trancher. «On comprend qu’on est dans un processus. On est en train de travailler avec les parties intéressées et on va trouver le moyen d’avancer», s’est-il contenté de répondre.

Après Québec, le clan Trudeau s’arrêtait à Saint-Anaclet près de Rimouski, en après-midi, avant de rentrer dormir à Ottawa. Jeudi, M. Trudeau était à Montréal, entre autres pour participer à l’enregistrement de Tout le monde en parle, émission télédiffusée à Radio-Canada dimanche soir.

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TRUDEAU N'EST PLUS CONTRE L'AVORTEMENT

Après avoir vu son rival Andrew Scheer sur la défensive pendant deux jours dans le dossier du droit à l’avortement, Justin Trudeau a dû à son tour se justifier d’avoir déjà affirmé être «personnellement très opposé» à l’interruption volontaire de grossesse.

En 2011, dans un article de La Presse canadienne, celui qui amorçait un deuxième mandat comme député de Papineau et n’était pas encore chef du Parti libéral du Canada s’était dit «personnellement très opposé» à l’avortement, mais que «c’est aux femmes de choisir».

Une position qui ne tient pas, dit-il avoir vite constaté. «Même en 2011, je disais la vérité que j’étais absolument pro-choix», a-t-il d’abord commenté, vendredi matin, lors d’un bref arrêt dans la région de Québec.

«Mais au fil des années depuis, je me suis rendu compte qu’il y avait un élément d’incohérence d’être, en tant qu’homme, opposé à l’avortement, mais en faveur du choix d’une femme. Et aujourd’hui, je ne suis plus opposé d’aucune façon à l’avortement et je crois profondément encore et toujours à la liberté de choisir.

«Presque immédiatement après ce que j’ai dit en 2011, j’ai pris la décision en tant que chef du Parti libéral que personne qui n’était pas prêt à défendre pleinement le droit des femmes ne pouvait se présenter pour le Parti libéral. Mes pensées ont évolué rapidement depuis ce moment-là et j’ai toujours démontré que je suis absolument pro-choix et que je vais toujours défendre les droits des femmes. Ça, il n’y a rien qui va changer», a établi M. Trudeau.

Le droit à ses convictions

Quant aux convictions personnelles pro-vie du chef conservateur, rendues publiques jeudi après un barrage de questions sur le sujet la veille, le leader libéral convient que M. Scheer «a tout à fait le droit à ses convictions intimes et profondes». «Il aurait dû les partager il y a bien des mois, il aurait pu s’éviter beaucoup d’incertitude et de questions», croit M. Trudeau.

«Mais la question que se posent les Canadiens, et surtout les femmes canadiennes, c’est : “Est-ce qu’il sera là pour défendre leurs droits contre des gens ici au Canada et partout dans le monde qui veulent limiter le droit des femmes? Est-ce qu’il va être là pour défendre les droits des femmes contre les membres de son propre parti qui veulent limiter le droit à l’avortement?”

«Moi, j’ai toujours été sans équivoque. Je suis pro-choix et personne qui n’est pas prêt à défendre pleinement le droit des femmes ne pourrait se présenter pour le Parti libéral», a conclu M. Trudeau, sur la question.

M. Scheer a par ailleurs été clair que son éventuel gouvernement ne rouvrirait pas le débat sur le droit à l’avortement, peu importe ses convictions personnelles. Olivier Bossé