Selon le sondage Mainstreet, la possibilité que le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, détienne la balance du pouvoir dans le prochain gouvernement fédéral est bien réelle.

Sondage Mainstreet: la balance du pouvoir au Bloc?

Les libéraux sont encore en avance au Québec, mais le souhait du chef bloquiste Yves-François Blanchet de détenir la balance du pouvoir à Ottawa n’est pas qu’un rêve éloigné que l’on pourrait croire : c’est une possibilité très réelle, selon ce qui ressort d’un sondage Mainstreet sur les intentions de vote fédéral dans la Belle Province.

L’enquête statistique accorde 37 % des intentions de vote pour la formation de Justin Trudeau, contre 22 % pour le Bloc après répartition des indécis. Le Parti conservateur (PCC) suit non loin derrière, à 18 %, alors que le Nouveau Parti démocratique (10 %; NPD), le Parti vert (9 %) et le Parti populaire (3 %) ferment la marche.

L’avantage libéral de 15 points demeure considérable, mais ces chiffres montrent tout de même que «c’est probablement au Québec où les changements dans les intentions de vote ont été les plus grands, parce que dans le reste du Canada, ça n’a pas bougé beaucoup», commente le président de Mainstreet Québec, Luc Fortin.

«Au Québec, l’avance libérale demeure encore forte, mais il faut se rappeler qu’au début de la campagne, elle était de 19 points sur les conservateurs. Maintenant, c’est seulement 15 points, et c’est le Bloc qui arrive second.»

En outre, chez les francophones, la lutte est encore plus serrée : l’avance des libéraux est d’un peu moins de 6 points chez le groupe majoritaire, avec 32 % pour le Parti libéral du Canada (PLC) et 26 % pour le Bloc.

«Ceux qui trancheront»

Plus tôt cette semaine, M. Blanchet a rappelé lors d’une visite sur la Côte-Nord «qu’on sera peut-être […] ceux qui trancheront les débats à Ottawa. On aura peut-être assez de monde puis les autres pas assez de monde pour que quand ils veulent régler quelque chose, ils soient obligés de passer par le Bloc. Imaginez ce que ça peut représenter pour les travailleurs du Québec comme gain potentiel.»

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Or, à l’échelle canadienne, le Baromètre électoral de Mainstreet (des sondages menés quotidiennement) donne présentement les conservateurs d’Andrew Scheer légèrement en avance sur les libéraux par 36 % à 33. Comme le vote conservateur, très concentré dans les Prairies, n’est pas bien réparti pour donner un maximum de sièges au Parlement, il est actuellement plus probable que le scrutin de ce mois-ci accouche d’un gouvernement libéral, mais la possibilité qu’il soit minoritaire est forte.

«Et ce qu’on voit dans notre sondage sur le Québec, dit M. Fortin, c’est que le Bloc est présentement en position d’aller chercher 16-18 sièges. Ce n’est peut-être pas suffisant pour avoir la balance du pouvoir seul à Ottawa, mais s’il arrive à monter jusqu’à 25 %, et il a flirté avec ce seuil dans Baromètre cette semaine, alors la balance du pouvoir serait à sa portée. Ça prendrait encore une petite poussée cependant, mais il est aux portes de son objectif.»

Portrait familier

Ce sondage Mainstreet a été réalisé du 27 au 30 septembre par appels automatisés auprès de 694 résidents du Québec. Sa marge d’erreur est de ± 3,7 % 19 fois sur 20.

Du point de vue de la répartition territoriale des votes, ce coup de sonde dresse un portrait qui commence à être familier à ceux qui suivent la scène politique.

«On se rend compte qu’il y a trois Québec différents, en fait. Un dans la grande région de Montréal, île et banlieue incluses, où ce sont les libéraux qui mènent [par 42 % à 26 % pour le Bloc]. Un autre dans la région de Québec, où les conservateurs sont en avance [par 37 % à 29 % pour les libéraux, le Bloc étant «largué» à 14 % dans la capitale nationale]. Et le Québec des régions, où c’est le Bloc qui arrive premier [à 30 %, contre à peu près 25 % chacun pour le PLC et le PCC]», dit M. Fortin.

Démographiquement, le NPD n’est en position de force que chez les 18-34 ans, à égalité statistique avec les libéraux (25 et 28 % respectivement), mais c’est une tranche d’âge qui se déplace moins que les autres aux urnes; ce n’est donc pas une nouvelle particulièrement bonne pour les néo-démocrates. À l’inverse, les appuis du Bloc et des libéraux sont plus forts chez les 50-64 ans et les 65 ans et plus, deux groupes d’électeurs connus pour être plus «disciplinés».

Notons toutefois que les sous-échantillons, qu’ils soient régionaux ou démographiques, viennent avec des marges d’erreur plus grandes et doivent donc être interprétés avec prudence.