La personnalité, plus que les idées

Si le débat tenu mercredi à l’hôtel Le Montagnais n’a pas révélé de nouvelles idées, il a permis d’en savoir davantage sur la personnalité des candidats ou, du moins, leur façon de réagir sous pression. La néo-démocrate Karine Trudel, le bloquiste Mario Simard, le conservateur Richard Martel, le libéral Richard Hébert, la verte Linda Youde et le populaire Jimmy Voyer ont été mandatés par leur parti, représentant ainsi toutes les circonscriptions du Saguenay-Lac-Saint-Jean à cet exercice démocratique organisé par les chambres de commerce de la région, Le Quotidien et Radio-Canada.

Les questions entourant les grands projets ont accaparé le temps des débats, et ce, même si la plupart des candidats étaient en faveur, à l’exception de la candidate verte. Celle-ci a également tenu un discours contraire sur l’enjeu de la pénurie de main-d’oeuvre. La simplification du programme de travailleurs étrangers et des incitatifs financiers pour les retraités au retour au travail sont des mesures acceptées par presque tous les partis. Linda Youde a plutôt justifié la pénurie de main-d’oeuvre par un manque d’emplois stimulants et payants en région plutôt que par un problème démographique.

Showman

Richard Martel était sans conteste l’homme à abattre et il a volé le «show». Pas étonnant avec le temps de parole qu’il a obtenu. Les questions et les attaques lui étaient principalement adressées. Le député sortant a choisi la voie de la simplicité dans ce débat à six. Des réponses simples, des lignes-chocs. «Tu veux le faire fermer le fjord», a-t-il affirmé à plusieurs reprises à son adversaire bloquiste Mario Simard, tentant de démontrer qu’il était contre les grands projets dans la région. Le candidat conservateur s’est montré très familier avec les autres candidats, en utilisant le tutoiement.

Richard Martel a fait tomber à plat plusieurs attaques, dont celle de Jimmy Voyer qui lui reprochait de ne pas défendre dans les médias les vétérans, alors qu’il est le responsable adjoint de la Défense au Parti conservateur. C’est souvent le conservateur Pierre Paul-Hus qui est mandaté pour en parler, a mis en lumière le candidat populaire.

«Il est à Montréal, c’est aussi simple que ça. Mais élis-moi et la prochaine fois j’irai», a répondu M. Martel, en parlant des entrevues télé.

Il a produit le même effet à la question du libéral Richard Hébert qui voulait obtenir la garantie des conservateurs sur l’avenir de la ferme expérimentale de Normandin. «Les conservateurs, dans leur dernier mandat, on fait fermer une ferme laboratoire. Allez-vous fermer la ferme de Normandin ?», a demandé M. Hébert.

«Non», a lancé candidement Richard Martel, sans dire un mot de plus.

Classique

La représentante verte, Linda Youde, est demeurée conforme dans sa façon de débattre. Elle n’a pas levé le ton ou dépassé son temps de réponse, contrairement à d’autres candidats. Elle a rappelé que son parti n’était pas un nouveau parti. «Ça fait 40 ans que le Parti vert existe», a-t-elle rappelé. Sans artifices, la candidate s’est toutefois démarquée dans son discours de fermeture. Seul moment où elle a pu transmettre efficacement ses convictions.

«Les jeunes nous demandent d’écouter la science qui nous oblige à agir maintenant. Les entendez-vous?»

«Il faut dire non à GNL et Gazoduq, non aux projets qui mettent en péril notre environnement. Il faut dire oui à une économie de transition durable, à l’économie du savoir avec l’UQAC, le cégep, la gratuité scolaire. (...) Votez vert pour dire à nos enfants que nous avons compris que l’urgence climatique n’est pas un dossier comme les autres. C’est la priorité de l’humanité. Nous pourrons dire que le Saguenay-Lac-Saint-Jean est un leader et qu’il n’a pas eu peur de relever le défi de l’urgence climatique.»

Prudent

Le député libéral sortant dans Lac-Saint-Jean a joué la prudence. Il faut dire qu’il n’a pas eu à défendre bec et ongle son bilan. Les principales attaques étaient à l’endroit de Richard Martel. M. Hébert n’a pas fait grand bruit, mais n’a assurément pas perdu de plumes. Il est d’ailleurs l’un des seuls qui a pris soin de s’adresser précisément à ses électeurs.

«En seulement 20 mois, on a injecté 53 millions $ dans mon comté. Imaginez avec un mandat de quatre ans toutes les grandes choses qu’on pourrait faire ensemble. Voter pour moi, c’est voter pour un défenseur des agriculteurs et des entrepreneurs du Lac-Saint-Jean. C’est voter pour un amoureux du Lac-Saint-Jean qui a des racines profondément ancrées et qui a la région tatouée sur le coeur. Une région qui fait de moi l’homme que je suis aujourd’hui. Je veux continuer de me battre pour vous. Parce qu’avec la force du Lac derrière soi, tout est possible. Ensemble, continuons d’avancer pour le Lac-Saint-Jean.»

Fantassin

Jimmy Voyer a joué le bon soldat en défendant les positions, parfois controversées, de son parti. Certains candidats nuancent leurs discours en fonction de l’audience. Mais pas M. Voyer qui demeure fidèle aux propositions du Parti populaire. Il a d’ailleurs fait sourciller la candidate verte lorsqu’il a répondu à sa question au sujet de l’environnement.

«On rejette le concept d’urgence climatique. Ce n’est pas vrai que la terre va arrêter de tourner dans 10 ou 12 ans», a-t-il mentionné.

Au sujet de sa vision du développement économique, Jimmy Voyer a aussi tenu un discours différent des autres candidats.

«Ce n’est pas moi qui ai de la vision, ce sont les entrepreneurs. Nous, on milite pour le libre marché. Le rôle du gouvernement est d’établir les règles pour que les entreprises opèrent selon un même cadre.»

L’attaquant

Mario Simard n’a pas lâché d’une semelle Richard Martel et a lancé quelques flèches à Karine Trudel et Richard Hébert. Acerbe dans ses attaques, allant jusqu’à dire que les candidats n’ont pas de vision pour la région, il a été ramené à l’ordre à quelques reprises par Marie-Karlynn Laflamme, la modératice du débat. Le Bloc, en effet, est l’un des seuls partis à avoir déposé une plate-forme régionale.

«J’aimerais que les députés cessent de défendre l’intérêt de l’Alberta au lieu du Québec. Cessent de défendre l’intérêt de l’Ontario au lieu de celle du Lac.»

«On a un projet de loi sur l’utilisation du bois qu’on compte mener à la chambre. Un projet de loi qui a été discuté en chambre. Mais tous les partis ici présents ont préféré défendre l’industrie de la poutre d’acier plutôt que l’industrie forestière. J’espère que dans la prochaine législature, il y aura assez de députés du Bloc pour faire passer ce projet de loi et donner un peu d’air à notre région.»

La loyale

Karine Trudel n’a pas changé de stratégie. Comme son slogan «votre voix», elle s’est portée à la défense des travailleurs et travailleuses, prenant toujours le soin de nommer les deux genres. Calme, elle n’a pas haussé le ton. Les reproches à son endroit ont été peu nombreux. Mis à part le bloquiste Mario Simard qui a tenté de la coincer en lui demandant ce qu’elle avait amené concrètement à sa circonscription au cours des quatre dernières années. Visiblement déçu de sa réponse, il a insisté en lui coupant la parole. Signe de sa droiture, Karine Trudel lui a exigé le respect de son droit de parole.

«Pouvez-vous me laisser répondre ? Peut-être que la réponse ne vous fera pas plaisir, mais c’est ma liberté d’expression et je vais répondre à ma façon», a-t-elle lancé à son rival.

C’est celle qui s’est également montrée la plus polie en tentant d’inclure tous les candidats et partis dans la solution des enjeux de la région.

«La question qu’on doit se poser, et c’est tout le monde ensemble qu’on va réussir, c’est comment on peut sortir la région d’une économie du 20e siècle pour aller au 21e siècle? On parle beaucoup de grands projets. Mais comment intégrer notre économie avec les changements climatiques, tout en ayant à coeur les travailleuses et travailleurs de notre région?», a-t-elle résumé.