Justin Trudeau et Andrew Scheer lors du débat en anglais diffusé sur CBC.

En route «plus que jamais» vers un gouvernement minoritaire, selon Léger

MONTRÉAL — Il reste douze jours avant le scrutin fédéral du 21 octobre et selon les résultats d'un nouveau sondage Léger, publié au 29e jour de la campagne, le Canada se dirige «plus que jamais» vers un gouvernement minoritaire.

Comme c'est le cas depuis la dissolution du Parlement, le Parti libéral du Canada (PLC) et le Parti conservateur du Canada (PCC) sont toujours au coude à coude. Le hic, c'est que les deux formations en tête ont toutes les deux perdu trois points selon les intentions de vote compilées par Léger pour le compte de La Presse canadienne.

Selon le vice-président exécutif de Léger, Christian Bourque, les 31 pour cent d'appuis récoltés par les libéraux et les conservateurs rendent très improbable l'élection d'un gouvernement majoritaire. Il rappelle que lorsque les conservateurs ont formé des gouvernements minoritaires, en 1979 et en 2006, ils avaient récolté autour de 36 pour cent des voix.

«On dirait que cette part-là de 35-36 pour cent va être difficile à atteindre. Donc, c'est sûr que le scénario d'un gouvernement minoritaire, peu importe la couleur, se confirme de plus en plus», prévoit-il.

L'une des principales raisons évoquées par le sondeur pour expliquer la difficulté des grands partis à mobiliser l'électorat serait l'incapacité des chefs à inspirer la population.

«Ils sont peut-être plus un risque pour leur parti qu'un atout, s'interroge Christian Bourque. Il semble qu'après le premier débat en français et le débat en anglais, ce que les Canadiens nous disent, c'est que les deux chefs n'ont pas impressionné.»

Cette mauvaise performance de Justin Trudeau et d'Andrew Scheer a eu pour conséquence d'ouvrir une porte aux plus petits partis et ceux-ci en ont grandement profité. À l'échelle du pays, le Nouveau Parti démocratique (NPD) a gagné quatre points pour se hisser à 18 pour cent des intentions de vote contre 11 pour cent pour le Parti vert du Canada et trois pour cent pour le Parti populaire du Canada.

À la question «Qui ferait le meilleur premier ministre?», Jagmeet Singh a gagné cinq points depuis le précédent coup de sonde et obtient la faveur de 16 pour cent des répondants. Justin Trudeau, premier ministre sortant, reste en tête avec 25 pour cent d'appuis, contre 21 pour cent pour son principal rival Andrew Scheer.

Montée du Bloc au Québec

Au Québec, la tendance est tout autre puisque le Bloc québécois continue son ascension. La performance du chef Yves-François Blanchet aux débats semble avoir convaincu de nombreux électeurs: le Bloc a gagné neuf points et se trouve maintenant deuxième dans les intentions de vote au Québec avec 29 pour cent, tout juste derrière les libéraux à 31 pour cent, mais loin devant les conservateurs à 16 pour cent.

Selon le vice-président exécutif de Léger, plusieurs facteurs expliquent la forte progression du Bloc. Il cite d'abord «la liste d'épicerie» du premier ministre du Québec François Legault, «dont Yves-François Blanchet s'est emparé pour en faire sa plateforme», dit-il.

Puis, Christian Bourque estime que la réaction des autres partis fédéraux à la Loi sur la laïcité de l'État au Québec pourrait avoir eu un effet sur les électeurs. Il ajoute à cela la bonne performance du chef bloquiste, notamment lors du débat en français, puis finalement le fait qu'un vote pour le Bloc demeure «relativement facile».

«Le Bloc a déjà eu 49 pour cent du vote au Québec, donc il y a des gens qui ont été tentés par le NPD ou le Parti libéral et qui, pour eux, voter Bloc demeure un choix assez simple parce qu'ils l'ont déjà fait avant», croit M. Bourque qui précise qu'il ne faut surtout pas y voir un regain de la cause souverainiste.

«Il y a une forme de nationalisme dans ce vote-là, mais qui n'est pas politisé comme il l'était autrefois», note-t-il.

Les répondants du sondage ont déclaré le bloquiste Yves-François Blanchet vainqueur du débat francophone à TVA (34 pour cent), devant le libéral Justin Trudeau (25 pour cent). Dans le cas du débat anglophone, c'est le néo-démocrate Jagmeet Singh qui serait sorti gagnant d'après 29 pour cent des auditeurs, devant le conservateur Andrew Scheer (22 pour cent) et M. Trudeau (20 pour cent).

De manière générale, un répondant sur quatre soutient que Jagmeet Singh a dépassé ses attentes en tant que débatteur. Onze pour cent des répondants ont dit la même chose pour Elizabeth May et neuf pour cent pour Yves-François Blanchet et Andrew Scheer.

Changement de stratégie

Les leaders politiques auront une dernière chance d'impressionner les électeurs lors du débat en français de la Commission des débats des chefs qui sera présenté jeudi.

Par la suite, la dernière ligne droite de la campagne devrait donner lieu à une bataille de porte-à-porte, «comté par comté, rue par rue», d'après Christian Bourque. Il s'attend à voir les chefs être plus présents sur le terrain dans des endroits où ils doivent à tout prix sauver des sièges ou encore là où des gains seraient encore possibles.

«À 31 pour cent chacun, ça démontre que Justin Trudeau jusqu'à présent n'a pas été capable de convaincre les progressistes de venir à lui parce qu'il ne fait pas de gains depuis le début de la campagne; et du côté des conservateurs c'est comme si personne au centre de l'échiquier politique ne pense s'en aller vers la droite. Comme si lui non plus n'arrivait pas à convaincre personne.»

Il semble rester une occasion à saisir pour M. Trudeau puisque 65 pour cent des électeurs qui soutiennent le NPD et 50 pour cent de ceux qui appuient le Parti vert craignent davantage un retour des conservateurs au pouvoir que de devoir passer encore quatre ans sous un gouvernement libéral.

De plus, les électeurs disant soutenir le NPD ou le Parti vert reconnaissent être moins convaincus de leur choix. À peine un peu plus de la moitié d'entre eux affirment que leur décision est finale, contre 76 pour cent des conservateurs, 69 pour cent des libéraux et 68 pour cent des bloquistes.

Ce sondage a été mené du 7 au 9 octobre auprès de 2150 électeurs sélectionnés parmi le panel en ligne de Léger. Il n'est pas possible de déterminer une marge d'erreur pour ce type de sondage puisque l'échantillon de répondants n'est pas probabiliste.