De gauche à droite: Justin Trudeau (Parti libéral), Andrew Scheer (Parti conservateur), Yves-François Blanchet (Bloc québécois)

Élections 2019: un dernier débat sans gagnant

Dans le dernier débat télévisé de cette campagne, jeudi soir, les six chefs ont joué leur va-tout pour les électeurs francophones. Dans un match sans grand gagnant, la cheffe du Parti vert et seule femme parmi les six a sans doute le mieux résumé la pensée des citoyens, quand elle a clamé : «Arrêtez de vous chicaner!»

La plupart du temps intelligibles, les deux heures télévisées sur les ondes de Radio-Canada en direct du Musée canadien de l’histoire, à Gatineau, ont été marquées par plusieurs moments forts, autant en attaque qu’en défensive.

Greta a raison

Elizabeth May a perdu patience tôt. Dès le premier bloc sur l’environnement et l’énergie, son fonds de commerce, la verte en chef a lancé un grand soupir d’exaspération, sans doute préparé. 

«Personne d’autre n’a un plan qui marche pour éviter le pire! Greta Thunberg a raison : notre maison est en feu! Comment osez-vous?!» a scandé Mme May, reprenant les paroles de la jeune activiste suédoise. La leader du Parti vert a comparé l’urgence climatique à la Deuxième Guerre mondiale, affirmant nécessaire de mettre sur pied un cabinet de guerre.

Monsieur Pipeline

Le pétrole et surtout son transport en pipeline ont encore pris le devant de la scène. Le chef du Nouveau Parti démocratique, Jagmeet Singh, à propos d’Andrew Scheer (Parti conservateur) et de Maxime Bernier (Parti populaire) : «Ici, vous avez M. Pipeline, là, encore M. Pipeline. Et M. Trudeau est aussi M. Pipeline! Moi? Je suis Jagmeet Singh et jamais je ne vais imposer un pipeline au Québec.»

Capitaine Honnêteté

Quitte à s’aliéner des électeurs, même la dame qui a posé la question, M. Bernier s’est autoproclamé Capitaine Honnêteté. Marie St-Jean, de Gatineau, a demandé quel sort chaque parti réservait aux personnes âgées.

«Les autres chefs vous disent ce que vous voulez entendre», a dit le chef du Parti populaire. «Mais le pays est trop endetté! La seule promesse que je vous fais est d’équilibrer le budget en deux ans. Après, on baissera vos taxes et vos impôts. Mais je ne vais pas acheter votre vote avec votre argent», a dit M. Bernier.

Il a aussi traité ses rivaux d’«hypocrites» au sujet des cibles de lutte sur les changements climatiques qu’ils seront incapables d’atteindre, lui qui demande «plus d’études sur l’impact du soleil» sur ces changements climatiques.

La Beauce en vedette

Avec le député sortant de la Beauce parmi les chefs, la région a été évoquée. Sur l’imposition, ou non, d’un pipeline sur le territoire du Québec, M. Scheer a écorché son ex-collègue et adversaire lors de la dernière course à la chefferie du Parti conservateur. «Tu ne vas rien imposer, tu ne vas même pas gagner en Beauce, O.K.?» a jeté M. Scheer à M. Bernier. Selon les derniers sondages, le candidat conservateur détient une très mince avance sur M. Bernier dans le comté.

Trop de mensonges

M. Scheer a saisi toutes les occasions possibles pour attaquer son seul réel rival au poste de premier ministre, M. Trudeau, qu’il n’a pas hésité à traiter de «menteur compulsif». «Vous avez menti quand le Globe and Mail a sorti l’histoire [de SNC-Lavalin], vous avez menti quand Jody Wilson-Raybould a démissionné et vous mentez encore aujourd’hui. Vous êtes un menteur compulsif!» Plus tard : «Il y a trop de mensonges dans ce discours pour le temps que j’ai pour répondre», a dit M. Scheer, après une intervention de M. Trudeau.

S’en remettre au BAPE

Devant la contradiction de s’affirmer à la fois militant écologiste et «pas contre» la construction d’un troisième lien routier entre Québec et Lévis, M. Blanchet s’est réfugié derrière le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE).

«Je ne suis pas contre, mais je ne suis pas pour», affirme le chef du Bloc. «Le gouvernement québécois a commandé un BAPE, je respecte le BAPE. Québec prendra les bonnes décisions après le BAPE.» Pareil pour le gazoduc GNL-Québec, à Saguenay. «J’attends le rapport du BAPE et je m’attends à ce que le BAPE soit passablement sévère.»

Touchante Madame Pigeon

Le moment le plus touchant, le plus senti, a été la question posée par Lise Pigeon sur l’aide médicale à mourir. La Montréalaise de 63 ans, clouée à un fauteuil roulant, souffre de sclérose en plaques depuis 30 ans et d’arthrite rhumatoïde sévère depuis 12 ans. Les six chefs ont dit souhaiter assouplir la loi canadienne et se sont montrés émus, Mme May et M. Scheer offrant même leur sympathie au bon sens du terme, celui d'empathie.

Flashe à gauche, tourne à droite

De plus en plus à l’aise avec les expressions québécoises, M. Singh, du NPD, n’a pas raté l’occasion d’en placer quelques-unes. Mais plus neutres que le «dégueulasse» du premier débat. Il a répété que M. Trudeau «flashe à gauche pendant la campagne et tourne à droite au gouvernement».

Comme sur la TPS imposée aux géants du web, M. Trudeau dépassant son adversaire bloquiste, qui venait de promettre de réserver ces nouveaux revenus au milieu culturel et aux médias. «Nous allons en faire plus que juste ces revenus-là», assure le chef libéral.

Le Sasquatch

Sur le train à grande vitesse entre Québec et Toronto, cinq sont pour et M. Bernier, contre. M. Blanchet a eu la meilleure ligne sur le sujet : «Ce train-là, c’est comme le Sasquatch. On en parle tout le temps, mais on ne le voit jamais. On n’est pas sur le bord d’embarquer dans le train.»

Legault mon ami

Même si ce débat en français était diffusé partout au Canada, les chefs s’adressaient surtout aux Québécois. À un moment, le conservateur Scheer et le bloquiste Blanchet s’arrachaient l’amitié du premier ministre du Québec, François Legault, dans un échange cacophonique. «M. Blanchet, vous n’avez pas le monopole du Québec!» a lancé le néo-démocrate Singh.

Pour la dernière fois

«Pour la dernière fois», espère-t-il, M. Scheer a répété sa position sur le droit à l’avortement. «Je suis personnellement pro-vie. Mais je n’en changerai pas l’accès ou les lois comme premier ministre. Point. Fi. Nal.»