Maxime Bernier était accompagné de l’auteur de ces lignes pour sa séance de course à pied matinale, mercredi, alors qu’un épais brouillard enveloppait la rivière Chaudière.

Courir dans le brouillard avec Maxime Bernier

Saint-Georges ­— Avertissement : ce texte rend Maxime Bernier plus humain. Ce qu’il est, a-t-on pu constater. En tout cas, avant le lever du jour.

Aux aurores, mercredi, Le Soleil a suivi le député sortant de Beauce et chef du Parti populaire du Canada (PPC) dans sa séance de course à pied matinale. Éveil du corps avant une journée de campagne dans son Saint-Georges natal, à la veille du débat télévisé présenté jeudi soir, en direct de Gatineau.

Tout vêtu de noir, sauf les espadrilles, gants noirs, imposante montre de sport carrée au poignet, l’homme de 56 ans se pointe dans le petit stationnement attenant à la piste cyclable où le rendez-vous est fixé. Il se fraie un chemin à travers la purée de pois qui enveloppe la rivière Chaudière, brouillard tellement épais qu’on voudrait en prendre une poignée.

Facile de faire le lien avec le brouillard politique dans lequel M. Bernier est plongé. À sa première campagne à la tête d’un parti qu’il a fondé il y a un an, son propre siège de député de la circonscription de Beauce, qu’il occupe depuis quatre mandats, est menacé. Les sondages le placent au coude-à-coude avec le représentant du Parti conservateur, que M. Bernier a quitté après sa défaite dans la course à la direction contre Andrew Scheer.

Nul ne peut lui reprocher de tenir les électeurs dans le brouillard quant à ses positions très à droite, par contre, comme réduire la taille de l’État, l’immigration, l’accès à l’avortement, l’aide aux entreprises, les lois sur les armes et l’action gouvernementale pour contrer les changements climatiques.

«C’était peut-être un peu fou», reconnaît-il en s’assoyant sur un banc de parc, après avoir repris son souffle et ramassé un emballage de chocolat O’Henry qui traîne par terre. Qui a dit qu’il se fout de l’environnement...

Il ne parle pas des 7 km en 42 minutes tout juste bouclés avec le journaliste. Rythme confortable et calculé pour celui qui compte pas moins d’une quinzaine de marathons à son actif et un défi de 106 km pour la bonne cause, en 2013, d’un bout à l’autre de sa circonscription. Il se prépare maintenant pour le Marathon de Miami, début février, où il vise un temps de 3h40. Sa marque personnelle est de 3h15.

Ce qui était «peut-être un peu fou», c’est de créer de toutes pièces un nouveau parti politique à un an des élections. «Les gens sont venus au parti pour les idées. Ce n’est pas Maxime Bernier qui fait notre succès, mais nos idées et le fait qu’on ne fasse pas de compromis. Les gens en ont marre des politiciens traditionnels, qui disent une chose un jour et son contraire le lendemain! J’ai déjà fait ça aussi [comme député et ministre du Parti conservateur], mais c’est pour ça que je dis que c’est mon meilleur temps en politique. Je suis le politicien le plus heureux!» sourit-il.

Selon les derniers sondages Mainstreet, les intentions de vote pour le Parti populaire sont à 4,2 % au Canada, à 3,5 % au Québec.

Olivier Bossé avec Maxime Bernier

Le rôle du vilain

Du bout des lèvres, il admet se plaire dans le rôle du vilain que certains finiront par aimer, un peu comme à la lutte. Il relève lui-même son surnom de Mad Max, qu’il a adopté. «Je n’aime pas ce qui se fait de la politique actuelle. Mais la place sur l’échiquier politique était déjà là, juste par mes idées», affirme-t-il.

Le coureur de longue distance avoue s’adonner à un réel marathon politique depuis un an, depuis la formation du PPC. «Les six semaines de campagne, c’est un sprint», constate toutefois cet ancien joueur de football aux niveaux secondaire et collégial. Le jeune demi défensif a gagné le Bol d’or collégial AA avec les Condors de Saint-Georges en 1980, match où il a réalisé une interception.

«La campagne comme chef est très différente. Je dois passer du temps en Beauce dans ma circonscription, mais les 314 autres candidats [du PPC] veulent aussi avoir le chef dans leur comté. Et on n’a pas 150 personnes dans notre équipe comme le Parti conservateur. Nous, on a six permanents à Ottawa», souligne M. Bernier, disant avoir beaucoup profité de l’efficacité des réseaux sociaux au cours des 12 derniers mois.

Lui-même fils de député, M. Bernier dépassera la durée du règne de son père dans le même trône, s’il est élu le 21 octobre. Gilles Bernier a été en poste de 1984 à 1997. Ils ont donc été députés de Beauce chacun 13 ans.

«Je ne pensais pas devenir député», avoue-t-il, ajoutant toujours recevoir les conseils du paternel. «J’ai participé à la campagne du libre-échange, en 1988. J’étais étudiant à l’Université d’Ottawa et je connaissais très bien l’entente, alors j’écrivais des discours pour mon père et d’autres candidats. J’étais très bien en arrière-scène. En bon Beauceron, j’ai toujours voulu devenir entrepreneur. Un ami a déjà dit que j’étais devenu entrepreneur en politique», se félicite celui qui pense boucler la campagne du PPC à l’aide d’un budget de 1,5 à 2 millions $.

M. Bernier est lui-même père de deux grandes filles de 17 et 20 ans, la plus jeune étudiant à Port Hope, en Ontario, et l’aînée à l’Université de Montréal, en kinésiologie. Elles suivent papa de loin, mais tout indique qu’on n’aura pas une troisième génération de Bernier au parlement canadien.