Le chef péquiste Jean-François Lisée et le chef libéral Philippe Couillard étaient de passage à Gatineau, samedi, pour constater les dégâts causés par la tornade de la veille.

Une tornade pour que s'impose le thème du climat dans la campagne

GATINEAU — En plus d'avoir chamboulé l'agenda des chefs, la tornade qui a balayé Gatineau vendredi soir a ramené sur le tapis l'enjeu des changements climatiques, trop peu discuté au goût de certains pendant la campagne électorale. Samedi, trois d'entre eux ont défendu leur pedigree vert, tandis que l'autre a été contraint de défendre deux de ses candidats moins climatoenthousiastes.

Le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault, dont le parti est accusé de ne pas avoir mis de l'avant suffisamment de propositions sur cette question, a soutenu samedi qu'il «y avait des tornades avant», mais qu'il en avait «plus aujourd'hui», ajoutant que «c'est évident qu'aujourd'hui, à cause des changements climatiques, il y a plus d'événements extrêmes».

Il a néanmoins dû se porter à la défense de certains de ses candidats qui semblent plus frileux sur les questions environnementales.

Par exemple, Éric Girard, qui brigue les suffrages dans la circonscription de Lac-Saint-Jean, a fait valoir en entrevue au HuffPost Québec que le climat était «une science difficile à évaluer» et qu'il ne fallait «pas nécessairement conclure aux manifestations de changements climatiques pour un épisode de grêle ou de canicule».

Le chef Legault a soutenu que son candidat n'était pas un climatosceptique — ces gens «ont tort», a-t-il plaidé — et que M. Girard s'était tout au plus demandé si l'on pouvait «faire le lien direct entre un événement extrême et les changements climatiques».

Il a également dû voler au secours de son porte-bannière dans la circonscription de Saint-Jérôme, Youri Chassin, dont les écrits critiques vis-à-vis certaines mesures de lutte aux changements climatiques ont refait surface dans un reportage publié ces derniers jours sur le site du média indépendant Ricochet.

«Je ne pense pas qu'il soit sceptique, c'est un gars brillant qui veut gérer de façon plus efficace le gouvernement du Québec», a argué le dirigeant en mêlée de presse à Sainte-Anne-des-Plaines. Il a dit ne pas avoir «tout lu» ce que l'ancien de l'Institut économique de Montréal a écrit, mais a assuré que «tous les candidats de la CAQ appuient le programme de la CAQ».

Pour aller constater les dégâts causés par la tornade, samedi, François Legault a mis sur la voie de garage son annonce du jour 31, qui portait sur un prolongement autoroutier de la couronne nord. Quelques jours auparavant, il a promis d'élargir une autre autoroute, en Montérégie, et en début de campagne, il s'est engagé à construire le troisième lien du côté de Québec.

Mais il n'y a selon lui aucune contradiction entre ces promesses et celles de réduire les émissions de gaz à effet de serre. «Non, parce que quand vous venez dans la couronne nord, il n'y a pas partout une densité suffisante pour avoir du transport en commun, donc il faut continuer d'être capable de circuler dans des délais qui sont raisonnables», a-t-il offert.

«Je suis le seul à en parler»

Le premier ministre sortant Philippe Couillard, qui a modifié son plan de sa campagne pour aller constater l'ampleur des dégâts causés par la tornade, a plaidé qu'il n'avait pas attendu de prétexte pour parler de climat pendant la présente campagne électorale.

«Moi, j'en parle depuis 2014 sans arrêt», a-t-il tranché en mêlée de presse dans la municipalité de Pontiac, samedi. «En fait, j'ai été presque le seul à en parler depuis quatre ans, et je pense qu'il y a plus de personnes qui vont en parler», a-t-il enchaîné après avoir vanté les mesures de lutte aux changements climatiques mises en place par les libéraux.

Dans les faits, il aura fallu attendre vendredi, soit 10 jours avant le scrutin, avant que le Parti libéral du Québec y aille de sa première annonce en matière d'environnement en promettant une série de mesures, dont l'interdiction des pailles en plastique dans les bars et restaurants.

M. Couillard estime toutefois que si une telle catastrophe rend le débat sur l'environnement «plus concret», elle ne fait pas soudainement du climat un enjeu plus important en campagne électorale.

«Il est un enjeu pour la société de toute façon», a-t-il répondu, en plein milieu d'une rue remplie de débris des habitations qui la bordent, et de voitures fracassées.

Il juge que le Québec est en avance sur beaucoup de provinces canadiennes: il possède une énergie renouvelable propre, un plan de lutte contre le changement climatique, une tarification du carbone ainsi que le fond vert, a-t-il fait valoir.

«Mais on doit faire toujours plus», tranche le chef, qui dit ne pas vouloir commenter le sujet plus longtemps, ne souhaitant pas faire de cette visite aux sinistrés un événement de campagne électorale.

Un «thème très important» au PQ

Invité à son tour à dire si cette tornade ramenait l'environnement à l'avant-plan de la campagne, le chef du Parti québécois (PQ), Jean-François Lisée, a répondu qu'«à chaque fois qu'on a un événement catastrophique comme cela, ça nous rappelle concrètement qu'il y a un danger climatique dans lequel nous sommes entrés : ce n'est plus [juste] une menace».

Cela invite les électeurs à regarder plus attentivement le programme de chacun des partis et de les comparer, a-t-il fait valoir, peu après avoir effectué la visite de la rue Daniel-Johnson, dévastée, en compagnie de Philippe Couillard et du maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin.

Il a souligné que la tornade est le quatrième événement climatique hors norme que la ville de Gatineau vit en un an et demi. Bien qu'on ne puisse jamais lier un événement à la crise climatique, juge-t-il, on sait que l'augmentation du nombre d'événements est l'une de ses conséquences.

«Nous, on est heureux au Parti québécois d'avoir proposé le plan de lutte à la crise climatique le plus ambitieux, le plus pragmatique, qu'on peut adopter rapidement.» Et les partis qui n'en ont pas, «ils ne sont pas du bon côté de l'Histoire», a ajouté M. Lisée.

Le PQ a déjà fait deux annonces sur l'environnement lors de cette campagne, mais deux autres jours y seront consacrés d'ici la fin, affirme-t-il. «Parce que ce thème est très important pour nous.» Avec la crédibilité, a rajouté le chef du PQ, car il faut voir «qui a la crédibilité pour vraiment changer les choses en termes d'environnement».

Mais aujourd'hui, pas de critique des plans des autres. Invité à le faire, M. Lisée a refusé d'évaluer la plateforme environnementale des libéraux, car il s'agit d'un jour où la partisanerie doit être mise de côté, soutient-il. Il invite toutefois les électeurs à aller lire les évaluations faites des différentes plateformes des partis politiques par les organismes environnementaux.

QS : «l'enjeu de la campagne»

À Québec solidaire, on a répété ad nauseam que la lutte aux changements climatiques «devrait être l'enjeu de cette campagne-ci», a insisté la co-porte-parole de la formation, Manon Massé, qui s'était elle aussi déplacée à Gatineau pour démontrer son appui envers les sinistrés et le maire, Maxime Pedneaud-Jobin.

Pense-t-elle qu'on passera rapidement à un autre appel, au fur et à mesure que l'épisode de la tornade disparaîtra des radars médiatiques : «On le sait, c'est ça que ça a comme impact le changement climatique. C'est des épisodes extrêmes [...] où le climat nous dit : "Ça ne va plus!". Alors je ne sais pas ce qui va se passer demain, mais moi, je n'arrêterai pas d'en parler jusqu'à la fin».

Et le maire de Gatineau, lui, pense-t-il que les partis discutent suffisamment de cet enjeu? Il n'a pas trop voulu se mouiller. «Je ne veux pas m'impliquer dans la campagne, mais moi j'espère que ces événements-là vont faire que ce sujet-là va être traité encore plus avant, pendant et après les élections», a-t-il offert en mêlée de presse aux côtés de M. Legault et de Mme Massé.

«Les partis ont leurs impératifs [...] mais comme maire de Gatineau, on vous dit nous autres à Gatineau, on a souffert beaucoup, on continue de souffrir, et une des sources principales de ça, c'est clair que c'est les changements climatiques», a-t-il complété, disant considérer que ce dossier méritait «toute l'attention du gouvernement».

Avec Mylène Crête