La percée de Québec solidaire, de la co-porte-parole Manon Massé, hors de Montréal est sans contredit un des dénouements majeurs du scrutin de lundi. Mais quand on regarde le détail des résultats, QS ne semble pas avoir élargi sa base autant qu’on pourrait le penser, à première vue.

Une percée pas si profonde pour QS

ANALYSE / La percée de Québec solidaire (QS) hors de Montréal est sans contredit un des dénouements majeurs du scrutin de lundi. On se demandait si le parti de gauche aurait finalement un député hors de «l’île», il en a fait élire quatre, sans compter ses six autres dans la métropole. Mais quand on regarde le détail des résultats, QS ne semble pas avoir élargi sa base autant qu’on pourrait le penser, à première vue — et que celle du Parti québécois (PQ) demeure plus étendue.

Les deux formations ont terminé la soirée avec des parts très comparables du vote total, soit 16 % pour QS et 17 % pour le PQ. Or, parmi les 115 circonscriptions où les candidats solidaires ont perdu, il n’y en a que 14 (12 %) où ils ont fini deuxièmes. Partout ailleurs, ils n’ont pu faire mieux qu’une troisième ou une quatrième place. Par comparaison, le PQ a beau avoir gagné un siège de moins que QS (neuf contre 10), il a terminé second dans 34 circonscriptions, soit près du tiers (29 %) des 116 qu’il a perdues.

Pire encore pour QS : sur les 14 courses où ses candidats ont fini deuxièmes, une seule s’est jouée sur une marge de moins de 1000 votes. C’était dans Maurice-Richard (anciennement Crémazie), où l’ex-ministre libérale Marie Montpetit a coiffé le solidaire Raphaël Rebelo par environ 500 voix. La profonde division du vote a permis à Mme Montpetit de «passer» avec seulement 29,5 % des suffrages exprimés.

Dans les 13 autres endroits où les solidaires se sont classés seconds, ils ont perdu par une moyenne de 12 300 voix, une différence pharaonique. Il s’agit principalement de forteresses libérales inexpugnables de l’ouest de l’île de Montréal où les «rouges» obtiennent routinièrement au-delà de 60 % des voix à cause du vote non francophone, ou alors de régions plus rurales où la Coalition avenir Québec (CAQ) était tellement forte qu’elle semble avoir drainé pratiquement tous les électeurs qui n’étaient pas trop à gauche. Dans Arthabaska, Saint-Hyacinthe et Granby, par exemple, QS est arrivé second avec seulement 12 à 16 % des voix, en grande partie parce que la CAQ (52 à 62 %) n’a presque rien laissé aux péquistes et aux libéraux.

C’est donc dire que les solidaires ont décroché la plupart de leurs deuxièmes places «par défaut», pas à cause de leur force dans ces circonscriptions.

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Du côté péquiste, sur les 34 seconds rangs, six ont été des courses serrées (moins de 1000 voix) et sept autres ont été des défaites «honorables» (moins de 5000 voix) qui peuvent laisser un espoir au moins théorique pour la prochaine élection, s’il n’y a pas de nouvelle vague caquiste. Dans Chicoutimi, par exemple, même si la victoire de la CAQ a été claire (4400 voix), le PQ y demeure une force non négligeable (25 % des voix).

La percée de QS hors de Mont­réal demeure un développement politique important, mais tout indique qu’elle fut extrêmement pointue et ciblée. Même si le parti a obtenu plus de votes au total qu’en 2014, sa «clientèle» traditionnelle, instruite et urbaine, demeure concentrée dans les grandes villes ou dans les quartiers centraux de villes plus petites — surtout quand elles ont une composante universitaire, comme à Sherbrooke. Cela ne signifie pas que QS ne progressera pas davantage d’ici 2022, mais, à la lumière des résultats de lundi, c’est le PQ qui semble avoir la base la plus large et le meilleur potentiel de croissance.

Et les femmes?

Pour la première fois de l’histoire, près de la moitié des candidats étaient en fait des candidates : les femmes représentaient 47 % des aspirants-députés sur la ligne de départ, d’après un décompte du Devoir. Et sur la ligne d’arrivée, combien en restait-il?

À la mi-septembre, une analyse du magazine L’actualité laissait craindre le pire pour ce fort contingent de candidates. Basée sur l’outil de prédiction électorale Qc125, elle montrait que 46 % des candidates se présentaient dans des circonscriptions qu’elles étaient «assurées de perdre» (moins de 5 % des chances de gagner), alors que cette proportion n’était que de 34 % pour les hommes.

Cependant, possiblement parce que les sondeurs n’ont pas vu juste (sous-estimant la CAQ par plusieurs points), l’hécatombe appréhendée n’a pas eu lieu, ou du moins fut-elle moins pire que prévu. Les 47 % de candidates au départ se sont transformées en 42 % des députés (52 sièges en tout). Il y a là, certes, une baisse qui indique que toutes proportions gardées les femmes ont davantage que les hommes été lancées dans des circonscriptions imprenables. Mais cela demeure un record, et de loin — la précédente marque était de 33 % en 2012, et elle avait presque été atteinte une première fois (32 %) au milieu des années 2000.

Les équipes libérale et solidaire ont atteint la parité, avec respectivement 16 femmes sur 32 députés et cinq sur 10. Le Parti québécois est celui qui compte la plus petite proportion de femmes (trois sur neuf, ou 33 %), mais avec la débandade qu’il a connue et le petit nombre de sièges qu’il lui reste, il est difficile d’y lire grand-chose.

Du côté de la CAQ, 38 % des élus sont des femmes. Il s’agit une grande progression par rapport aux équipes caquistes antérieures, mais pour un parti qui a présenté plus de femmes que d’hommes cette année (65 contre 60), cela reste relativement peu. Et c’est tout à fait cohérent avec l’enquête de L’actualité, notons-le, qui avait trouvé que la CAQ envoyait beaucoup plus de femmes (35 %) que d’hommes (7 %) dans des circonscriptions perdues d’avance et, à l’inverse, plus d’hommes (46 %) que de femmes (18 %) dans des «comtés sûrs».