Le chef péquiste a refusé de dire s’il endossait les propos de Michelle Blanc sur la communauté hassidique, reprochant au B’nai Brith de chercher à envoyer le message que «c’est raciste de critiquer une religion».

Lisée défend l’«humour noir» de Michelle Blanc

«Tentative d’intimidation», «manoeuvre politique», «menaces»: le chef du Parti québécois (PQ) Jean-François Lisée a rabroué le B’nai Brith Canada, qui l’a exhorté de se débarrasser de sa candidate Michelle Blanc en raison de certains écrits publics controversés. Et il continue de défendre bec et ongles l’aspirante députée et son «humour noir», se disant «content» de le faire.

Le directeur régional de l’organisation juive pour le Québec, Harvey Levine, a écrit une lettre au chef péquiste pour lui demander de montrer la porte à celle qui brigue les suffrages dans la circonscription de Mercier. Il a entre autres vertement critiqué un gazouillis publié en avril 2011 par Mme Blanc: «Merde, j’ai oublié de fêter l’anniversaire de Hitler la semaine dernière!» écrivait-elle.

«C’est de l’humour noir! C’est clair que c’est de l’humour noir! Est-ce qu’on va se mettre à interdire l’humour noir?», a réagi Jean-François Lisée, dimanche après-midi, en mêlée de presse à Saguenay. Lorsqu’on lui a demandé si cette blague l’avait fait rire, il a répondu par la négative.

«On n’a pas besoin de rire! Est-ce qu’on va se mettre à interdire l’humour noir? La conversation que nous avons est symptomatique d’un rétrécissement de la liberté d’expression», a martelé celui qui, en octobre dernier, s’était élevé contre les propos de l’analyste politique Luc Lavoie, qui avait dit en riant qu’il aurait aimé «pouvoir chasser les séparatistes».

La candidate Blanc, elle, a écrit dans une entrée de blogue, publiée en 2007, qu’elle était passée à un cheveu de «frapp[er]» par «intolérance» un juif hassidique qui avait coupé la file chez le fleuriste, et suggéré qu’il «serait tellement plus facile pour eux [les juifs hassidiques] et pour [elle], qu’ils disparaissent vraiment de [sa] vue».

La différence entre les deux cas de figure tient à la référence à des armes, a justifié le chef péquiste. «Il y a une question de chasse, et donc d’utilisation d’armes contre des gens pour leur opinion politique. La chasse aux séparatistes», a insisté le chef Lisée au micro des journalistes du côté de Saguenay.

Censeurs

«À chaque fois qu’il y a des censeurs qui vont vouloir restreindre la liberté d’expression, les mots d’esprit, l’humour noir, ils vont me trouver sur leur chemin [...] Et moi, je pense que cette affaire-là, je suis content que ça arrive, parce que ça nous montre jusqu’où ça va, ces tentatives d’intimidation de la parole publique», a-t-il tranché.

«C’est pas vrai que des groupes militants comme le B’nai Brith vont définir les cadres de la discussion publique au Québec», a-t-il martelé. Le dirigeant du PQ a réitéré sa confiance à l’endroit de la candidate de son parti: «Elle a certainement le jugement pour être députée», a-t-il dit à son sujet.

Quelques heures plus tôt, l’équipe des communications du PQ avait pris l’initiative de distribuer aux journalistes de la caravane péquiste la réplique de Jean-François Lisée à Harvey Levine.

Ce dernier a écrit au dirigeant péquiste afin de lui demander d’éjecter «immédiatement» la porte-couleurs du parti, car celle-ci «a exprimé publiquement et avec malveillance des sentiments antisémites, racistes et préjudiciables depuis plus de dix ans, y compris pendant la campagne électorale actuelle» et de lui donner une réponse d’ici le 12 septembre.

«C’est clairement une manoeuvre politique. Je suis en politique et je sais jouer à ce jeu», a réagi le chef du PQ dimanche matin, en conférence de presse à Québec, qualifiant la démarche du représentant de B’nai Brith de «tentative d’intimidation» et «d’étouffer le débat».

En entrevue téléphonique, dimanche après-midi, Harvey Levine s’est défendu d’avoir voulu intimider ou menacer le chef du Parti québécois. Il a également nié avoir voulu déployer une manoeuvre politique, «parce que le B’nai Brith est apolitique». Et si la date butoir du 12 septembre — la veille du débat des chefs — a été établie, c’est en raison du calendrier des festivités juives, a-t-il argué.

Une autre organisation qui représente la communauté juive au pays, le Centre des relations juives et israéliennes (CIJA), a toutefois affirmé au quotidien La Presse que la candidate du PQ avait peut-être commis «des généralisations regrettables sur la communauté juive hassidique», mais qu’il ne s’agissait pas d’antisémitisme.

Au Parti québécois, l’attaché de presse Mathieu Lavigne a fait savoir que Michelle Blanc «n’a pas de commentaires à faire à ce sujet». Il a mentionné au passage que celle qui se retrouve encore une fois dans l’eau chaude avait écrit un message sur Twitter en début de journée, dimanche.

«À l’occasion de #rochhachana et du prochain #YomKippour, mes meilleurs voeux à tous mes ami.e.s de la communauté juive», est-il écrit sur son fil de messages.