Le nouveau premier ministre du Québec, François Legault

Legault: «On a marqué l’histoire»

Les cartes politiques ont été totalement rebrassées, lundi, au Québec. La Coalition avenir Québec a été portée au pouvoir avec une impressionnante majorité.

La débâcle est telle pour le gouvernement sortant que Philippe Couillard a laissé entendre qu’il démissionnerait sous peu. Et l’écroulement est si retentissant pour le Parti québécois que son chef, Jean-François Lisée, a même vécu l’humiliation d’être battu dans la circonscription de Rosemont par le solidaire Vincent Marissal. Le PQ a fini en quatrième position, derrière Québec solidaire.

Le gouvernement de François Legault aura les coudées franches pour gouverner. Son parti l’a emporté dans 74 des 125 circonscriptions. Le rouleau compresseur caquiste a déjoué les pronostics en faisant beaucoup mieux que prévu. Il a recueilli près de 38 % des voix.

«On a marqué l’histoire», s’est félicité le premier ministre élu. M. Legault a dit vouloir gouverner «dans un esprit de rassemblement». «Les Québécois ont choisi l’espoir», a-t-il affirmé.

Du côté des libéraux, on encaissait mal le coup. «Je n’ai jamais marchandé mes valeurs et mes principes», a tenu à dire Philippe Couillard avant d’annoncer qu’il entreprenait «une réflexion» sur son avenir personnel. Une affaire de peu de jours, a-t-il indiqué. 

Les libéraux sont passés de 70 circonscriptions à 32, une dégringolade qui a entraîné plusieurs ministres vers la sortie. C’est entre autres le cas de Pierre Moreau, de Véronyque Tremblay, de François Blais, de Dominique Vien, de Luc Fortin et de Jean D’Amour. Avec 25 % des suffrages, le Parti libéral du Québec a réalisé son pire score de l’histoire contemporaine.

Avec neuf députés élus seulement (alors que 30 avaient gagné en avril 2014), le Parti québécois perd son statut officiel de groupe parlementaire à l’Assemblée nationale. Il reculait déjà de scrutin en scrutin, mais, à l’instar du PLQ, il n’a jamais recueilli une aussi faible proportion de votes que ce lundi. 

Des députés comme Nicolas Marceau, Diane Lamarre, Alain Therrien, Mathieu Traversy et Carole Poirier ont mordu la poussière, tout comme des candidats vedettes, parmi lesquels Jean-Martin Aussant. Celle qui était vice-chef, Véronique Hivon, fait partie des rescapés.

«Pour l’emporter, il nous fallait remonter les chutes du Niagara à la rame», a illustré Jean-François Lisée. D’autres «ont travaillé à nous arracher des rames», a-t-il ajouté en faisant allusion à Québec solidaire. Sa défaite dans Rosemont met un terme à sa chefferie au PQ.

Passé de trois à 10 députés, Québec solidaire est sorti pour la première fois de l’île de Montréal avec la victoire de Catherine Dorion, dans Taschereau, et de Sol Zanetti, dans Jean-Lesage, mais aussi d’Émilie Lessard-Therrien, dans Rouyn-Noranda-Témiscamingue, et de Christine Labrie, dans Sherbrooke. «Vous avez donné au peuple québécois le goût de se remettre en marche. Québec solidaire n’est pas le parti du Plateau Mont-Royal», a lancé Mme Massé à ses militants.

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De 18 à 21 ans pour le cannabis

Avec sa majorité, la Coalition avenir Québec pourra mettre en œuvre le programme qu’elle a décliné ces derniers mois et ces dernières semaines. Elle entend réduire temporairement de 20 % le nombre d’immigrants que reçoit le Québec, offrir la «prématernelle 4 ans» pour les parents qui le voudront, construire 30 «Maisons des aînés» d’ici 2022, rouvrir l’entente avec les médecins spécialistes, abolir les élections et les commissions scolaires pour les remplacer par des centres de services aux élèves. 

Dès qu’il le pourra, le gouvernement Legault interdira la consommation de cannabis en public et fera passer l’âge légal pour en acheter de 18 à 21 ans. D’ici 2022, avec le soutien de Québec solidaire et du Parti québécois, il instaurera un mode de scrutin proportionnel.

Le caquiste Éric Caire, qui était du groupe des adéquistes, s’est dit convaincu que M. Legault fera «un très grand premier ministre». Il a rassemblé une «équipe du tonnerre», a lancé la députée réélue Nathalie Roy.

C’est une Assemblée nationale passablement renouvelée qui est sortie des urnes avec ce lavage bleu ciel. Le conseil des ministres d’un éventuel gouvernement caquiste pourra faire la part belle à de nombreuses recrues.

À la mi-octobre

La formation du conseil des ministres du gouvernement Legault devrait intervenir à la mi-octobre, selon ce qui était prévu la semaine dernière. Et le retour à l’Assemblée nationale, à la fin novembre.

Parmi les recrues qui pourraient accéder au conseil des ministres, mentionnons Nadine Girault (élue dans Bertrand, qui a œuvré dans plusieurs grandes institutions financières), Éric Girard (victorieux dans Groulx, qui a été trésorier de la Banque Nationale), Gilles Bélanger (dans Orford, un entrepreneur), Danielle McCann (dans Sanguinet, qui a été pdg de l’Agence de santé et de services sociaux de Montréal), l’avocat Jean Boulet (dans Trois-Rivières), Pierre Fitzgibbon (dans Terrebonne, qui a notamment travaillé dans le domaine bancaire), Chantal Rouleau (dans Pointe-aux-Trembles, qui a été mairesse d’arrondissement à Montréal), le docteur Lionel Carmant (dans Taillon) et Sonia LeBel (l’ex de la Commission Charbonneau, désormais députée de Champlain). Elle et Geneviève Guilbault, réélue dans Louis-Hébert, sont pressenties pour occuper le poste de vice-première ministre du gouvernement Legault.

Il y aurait aussi, dans ce conseil des ministres de la CAQ, Christian Dubé et Marguerite Blais, qui eux ont déjà siégé à l’Assemblée nationale. Et également, Simon Jolin-Barrette, Jean-François Roberge, François Bonnardel, François Paradis, Nathalie Roy et vraisemblablement Éric Caire.

Historique? Il faut remonter à plus d’un demi-siècle — à 1966 — pour trouver un scrutin général au Québec qui n’a pas fait élire un gouvernement libéral ou péquiste.

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