Le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, s’est rendu à Ottawa pour y marteler son message: un gouvernement péquiste élu exigera la réelle part du Québec dans les investissements fédéraux.

Le PQ n’hésite pas à brandir le spectre de l’indépendance

OTTAWA — Pour obtenir un maximum d’Ottawa, le Parti québécois (PQ) ressort une stratégie connue: il va brandir la menace de l’indépendance, la seule chose dont le gouvernement fédéral a peur, a affirmé dimanche le chef Jean-François Lisée.

Le PQ est donc un meilleur choix pour les Québécois que le Parti libéral et la Coalition avenir Québec (CAQ) qui s’écrasent devant le fédéral, a-t-il soutenu.

Alors que l’indépendance du Québec n’est pas à l’avant-plan dans cette campagne — M. Lisée parle de la réaliser uniquement dans un deuxième mandat —, elle a servi de catapulte pour son argument du jour visant à convaincre les électeurs de voter PQ.

Pour marquer le coup, M. Lisée est même allé porter ce message destiné aux Québécois jusqu’aux marches du Parlement canadien, dimanche.

La caravane péquiste s’est ainsi rendue en Ontario, un arrêt de campagne électorale plutôt inhabituel, surtout pour un parti souverainiste.

«Un préavis» au fédéral

«Un préavis» y a été donné au fédéral: un gouvernement péquiste élu va exiger d’Ottawa la réelle part du Québec dans les investissements fédéraux, a martelé M. Lisée, à l’ombre de la tour de la Paix qui trône sur la Colline parlementaire.

«On est dans un rapport de force et le seul argument qui reste aux Québécois, c’est d’avoir un parti indépendantiste au pouvoir, tout le reste a échoué», a répondu le chef lorsqu’il s’est fait demander si la peur était son arme principale de négociation avec Ottawa.

Et c’est pour cela que les grandes avancées du Québec dans le Canada ont été faites par des chefs péquistes. «Pas par amour. Par crainte», a-t-il dit.

«Est-ce que l’on aura des gains? Oui. Est-ce que l’on aura tout? Non», a convenu le chef dont l’option idéale demeure la souveraineté.

«Chèque de BS»

Il a aussi dénoncé la péréquation: «Ottawa envoie à Québec un gros chèque de BS avec une grosse couche de mépris» et cela, plutôt que d’y faire des investissements structurants.

Selon le PQ, le Québec ne reçoit pas sa part de l’argent fédéral, et est en déficit de quelque 2,6 milliards $ chaque année.

Il estime que plusieurs exemples démontrent cette injustice.

Alors que l’industrie forestière au Québec souffrait, Ottawa n’a offert que quelques centaines de millions de dollars, tandis qu’il injectait au même moment 13 milliards $ dans l’industrie automobile ontarienne. Le Parti québécois relève aussi le fait que les chantiers navals de Vancouver et de Halifax ont reçu d’importants contrats de construction de navires en 2011, alors que celui de la Davie, à Lévis, a été écarté.

Après son arrêt ontarien, la caravane péquiste a ensuite traversé la rivière des Outaouais pour se rendre à Gatineau, où quelque 250 militants attendaient le chef, qui y a prononcé un discours.

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Lisée déconseille Ottawa de le contredire sur le nombre d'immigrants

Même s’il refuse de donner un chiffre sur le nombre d’immigrants qui seraient accueillis au Québec sous un gouvernement péquiste, le chef Jean-François Lisée conseille fortement à Ottawa de ne pas imposer au Québec un nombre qui ne lui conviendrait pas. S’il le fait, le chef n’aura pas peur de sortir ses gants de boxe. «Je leur dis: “Ne vous essayez pas avec moi.”»

Car ce ne serait pas une bonne idée pour le premier ministre Justin Trudeau de lancer une chicane sur l’immigration avec un gouvernement du Parti québécois (PQ), a-t-il poursuivi, sur un ton de défi, devant le Parlement canadien où la caravane péquiste a fait dimanche un arrêt inusité pour y dénoncer «l’injustice économique d’Ottawa envers le Québec».
Mais s’il le faisait néanmoins? «Bring it on», a rétorqué le chef péquiste, en après-midi à Gatineau, sans cependant spécifier de quelle façon il riposterait.

Pas de chiffre ferme

Le PQ refuse de donner un chiffre ferme sur le nombre d’immigrants : il maintient que la cible doit être fixée selon les besoins du Québec et sa capacité d’intégration, et surtout «pas sur les vetos et les diktats d’Ottawa».

«Nous, on ne fait pas de numérologie», répète-t-il à ce sujet lorsqu’on lui demande des chiffres.

Plus tôt lors de la campagne, le chef péquiste avait évoqué une cible oscillant entre 35 000 et 40 000 nouveaux arrivants.

Mais il dit maintenant qu’il avait fait ce calcul «basé sur les échecs du passé» du gouvernement Couillard. Pour les années prochaines, «l’idée du succès sera recommandée par la Vérificatrice générale, par l’Institut de la statistique et par des spécialistes de la main-d’œuvre». Actuellement, le Québec en reçoit de 50 000 à 53 000.

Mais interrogé à savoir s’il serait prêt à hausser ce seuil, si la Vérificatrice le recommandait, il a répondu deux fois : «Je ne veux pas spéculer, mais je respecterai des recommandations basées sur des faits.»

D’accord avec Couillard

Le chef Lisée convient que le gouvernement fédéral a un droit de regard sur le nombre d’immigrants accueillis. Il contredisait ainsi le chef de la CAQ, François Legault, qui croit qu’Ottawa ne décide pas à ce chapitre et que lui-même peut réduire leur nombre à 40 000.

«Si Ottawa le voulait, ils pourraient prendre n’importe quelle loi du Québec et la désavouer», a souligné M. Lisée.

Pour une rare fois, le chef péquiste a donné raison à Phillippe Couillard qui a exprimé cet avis samedi.

M. Lisée a toutefois fait remarquer qu’Ottawa n’a jamais contredit le Québec sur ses choix en immigration. Et s’il veut le faire, «on aura un beau débat politique notamment à l’élection [fédérale] de 2019».