L’Institut du Québec travaillait depuis quelque temps sur la question de l’immigration et prévoyait sortir un rapport complet plus tard cet automne. Voyant que la question suscite beaucoup de débats en campagne électorale, sa directrice Mia Homsy a décidé de publier rapidement une partie du rapport.

Le nombre d’immigrants francophones en baisse

Si les immigrants travaillent plus que jamais au Québec, des «défis persistent» quant à la langue et à la régionalisation, révèle un rapport de l’Institut du Québec sur cette question qui soulève les passions lors des débats de la campagne électorale.

La proportion d’immigrants qui connaissent le français dès leur arrivée est en baisse. Alors que 56 % des nouveaux arrivants parlaient français en 2015, 42 % en faisaient autant en 2017. Des chiffres qui sont encore plus bas que ce qu’évoquait le chef caquiste François Legault la semaine dernière, alors qu’il disait craindre pour la survie de la langue française chez les futures générations.

Le rapport de l’Institut du Québec, intitulé Mise à jour et clarification des données sur l’immigration et le marché du travail, ne comporte toutefois pas de données sur le succès ou non de la francisation. 

Mia Homsy, directrice de l’Institut du Québec, explique que la régionalisation de l’immigration est toujours très faible. Les immigrants choisissent à 76 % de s’installer à Montréal et à 85 % dans la région métropolitaine de Montréal. «Ça ne s’améliore pas. L’aiguille ne bouge pas de ce côté-là.»

Québec attire peu

Seulement 5,4 % des immigrants ont choisi de poser leurs valises dans la région de la Capitale-Nationale en 2017, un chiffre plus bas encore que celui utilisé il y a quelques semaines par le maire de Québec Régis Labeaume, qui réclame des principaux partis que sa ville puisse accueillir environ 10 % de l’immigration de la province. 

Selon l’Institut, le Québec fait toutefois meilleure figure que ce que l’on croyait en matière de rétention des immigrants. En utilisant les données de Statistique Canada, le rapport souligne que le Québec réussit à retenir 82 % de ses nouveaux arrivants après dix ans. 

À ce chapitre, il figure au quatrième rang au Canada, après l’Ontario, l’Alberta et la Colombie-­Britannique. «C’est un taux de rétention qui est meilleur qu’avant, mais qui est relativement stable depuis 2007», nuance Mme Homsy. L’Ontario, la province championne en la matière, a un taux de rétention de ses immigrants de 91 %.

Chômage en forte baisse

C’est du côté du taux de chômage que les nouvelles sont les meilleures. Suivant la tendance générale de la population québécoise, davantage d’immigrants sont au travail. 

Le taux de chômage des immigrants âgés de 25 à 54 ans a atteint 8,7 % en 2017, en forte baisse par rapport à la dernière décennie. Les huit premiers mois de l’année 2018 ont amené ce taux de chômage encore plus bas, à 6 %. 

Un changement important lié à la bonne santé économique du Québec et à la pénurie de main-d’œuvre, analyse Mme Homsy. «Il y a des employeurs qui, au lieu de mettre le CV dans le bas de la pile, vont essayer un candidat immigrant.»

Mais tout n’est pas rose de ce côté non plus. Le taux de chômage des immigrants est toujours légèrement au-dessus de celui de la population québécoise et au-dessus de celui des immigrants des autres provinces. Chez ceux qui se sont installés au Québec il y a moins de cinq ans, la proportion de chômeurs est toujours de 14 %. 

Mme Homsy explique que l’Institut du Québec travaillait depuis quelque temps sur la question de l’immigration et prévoyait sortir un rapport complet plus tard cet automne. Voyant que la question suscitait beaucoup de débats en campagne électorale, Mme Homsy a décidé de sortir rapidement une partie du rapport, qui est très factuel et expose les chiffres. 

«Je ne veux pas nuire ou aider à personne. Je veux juste qu’ils [les chefs de parti] puissent s’obstiner sur les bons chiffres», lance-t-elle. Contrairement à son habitude, l’Institut du Québec n’a pas fait de recommandations, afin de rester «neutre» au cours de la campagne.

+

EN CHIFFRES

  • 52 388  immigrants permanents accueillis au Québec en 2017
  • 76 %  se sont établis à Montréal
  • 42 %  connaissent le français
  • 8,7 %  Taux de chômage des immigrants de 25 à 54 ans en 2017
  • 82 %  Taux de rétention des immigrants, 10 ans après leur arrivée


Source : Institut du Québec