Pas trop friande de politique, Suzanne Pilote aime toutefois se trouver en compagnie de son mari, le chef libéral Philippe Couillard, de sorte qu’on la voit souvent à ses côtés au cours de la campagne.

Faire campagne avec sa femme

Quasi absentes des médias pendant quatre ans, les conjointes des chefs politiques sont apparues dans l’œil des caméras ces derniers jours. Elles suivent leur amoureux pas à pas ou font campagne de leur côté, dans un rôle qu’elles modèlent à leur façon.

Suzanne Pilote discrète

Elle lui tient la main et est de tous les rassemblements publics. Suzanne Pilote, celle qui partage la vie de Philippe Couillard depuis 15 ans, est à ses côtés depuis le premier jour de la campagne. Elle se mêle souvent aux candidats libéraux lors des points de presse. Très discrète sur les médias sociaux et avec les journalistes, Mme Pilote n’a pas souhaité accorder d’entrevue au Soleil

«C’est quelqu’un qui fait tout de sa propre initiative. Personne ne va lui dicter la marche à suivre», commente Charles Robert, stratège et porte-parole du chef. À Radio-Canada, Mme Pilote a lancé qu’elle n’aime «pas vraiment» la politique, mais qu’elle apprécie être avec son mari. En 2014, Mme Pilote avait davantage fait campagne dans Roberval, alors que cette fois-ci, elle et M. Couillard «souhaitaient vivre la campagne ensemble».

M. Couillard a déjà souligné à quel point sa femme était une bonne conseillère pour lui: loin de la stratégie, mais près des enjeux du «monde ordinaire». 

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Le chef du Parti québécois Jean-François Lisée et sa conjointe, Sylvie Bergeron, visitaient ensemble une ferme laitière de Sainte-Marie-Madeleine, vendredi.

Sylvie Bergeron prolifique

Même si elle a quelques engagements personnels, la conjointe de Jean-François Lisée tentera de le soutenir tout le long de la campagne. «Ça me fait plaisir d’être dans l’autobus, avec la même belle gang que lors de la course à la chefferie», exprime Sylvie Bergeron en entrevue. 

Celle qui partage la vie de M. Lisée depuis trois ans, mais qui le connaît bien depuis 15 ans, prêtera également main-forte à quelques candidats dans la région de Montréal. 

Depuis le début de la campagne, Mme Bergeron publie des commentaires partisans de façon très prolifique sur son compte Facebook, réagissant plusieurs fois par jour. 

«Toute l’année, les médias ont traité le PQ comme s’il était la 3e opposition, donnant une vitrine démesurée à la CAQ. C’est mystérieux», commente-t-elle. À un autre moment, elle souligne que «QS, c’est comme Justin Trudeau avec un penchant à gauche». 

Mme Bergeron donne également son opinion sur les pitbulls ou le pape François sur son compte. «C’est ma perception des choses, c’est mon fil. Jean-François et moi, on est chacun dans nos bulles, dans nos sphères de vie», explique celle qui a étudié en journalisme, en psychologie et en danse, et qui est aujourd’hui coach personnelle.

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Isabelle Brais et François Legault font une nouvelle fois campagne ensemble. Pour la femme du chef de la Coalition avenir Québec, la politique est une source de stimulation intellectuelle.

Les photos d’Isabelle Brais

Mariés depuis 26 ans, Isabelle Brais et François Legault sont habitués de faire campagne ensemble. Cette fois-ci, le couple a créé un compte Instagram où il publie des photos montrant leur complicité durant le marathon électoral. 

Dans un échange de courriels, Mme Brais explique que la création de ce compte est son idée, «un flash de dernière minute», inspirée de l’ex-première dame des États-Unis, Michelle Obama. «Je voulais m’amuser et partager des moments inusités.» Sur les photos, on voit notamment le couple s’embrasser, tenir un bébé et s’enlacer. 

Mme Brais raconte que la politique, elle «trouve ça très stimulant intellectuellement». En 2018, elle avait le goût de prendre davantage de responsabilités. Pendant une dizaine de jours durant la campagne, elle aura sa tournée parallèle, allant offrir son appui à différents candidats. «J’ai participé à deux campagnes électorales et depuis 2014, je me suis impliquée dans 15 élections partielles et je commence à avoir de l’expérience!» fait-elle valoir. 

Mme Brais assure que les stratèges caquistes ne la conseillent pas sur l’attitude à adopter en campagne. «Je suis comme je suis.» Elle bénéficie toutefois de l’aide d’une consultante en communications, qui a fait parvenir les réponses écrites de Mme Brais au Soleil

Lors de la campagne de 2014, Isabelle Brais était intervenue lors d’une conférence de presse, un épisode qui avait fait jaser dans les médias. À cette élection-ci, elle n’est pas présente derrière son mari lors des annonces.

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Dans l’ombre de Manon Massé

En couple depuis bientôt cinq ans avec une femme, Manon Massé se fait très discrète sur sa vie personnelle. 

«Elle est là pour me soutenir moralement, pour me garder la tête hors de l’eau. Mais elle ne souhaite pas apparaître publiquement. C’est notre entente», raconte l’aspirante première ministre chez Québec solidaire. Mme Massé ajoute que les stratèges de son parti «respectent» la décision de sa conjointe de rester à l’écart de la politique. 

Gabriel Nadeau-Dubois, co-porte-parole de Québec solidaire, ne fait pas non plus campagne publiquement avec sa conjointe, Maëlle Desjardins. Celle-ci est enseignante et est présentement très occupée avec la rentrée scolaire, explique le parti.

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Avoir l’air normal

La campagne électorale est un bon moment pour les politiciens de «montrer leur normalité», croit Mireille Lalancette, professeure en communication sociale à l’Université du Québec à Trois-Rivières. L’experte de la personnalisation politique indique que les chefs de parti ont tout intérêt à «montrer leur côté Monsieur et Madame Tout-le-Monde». «Comme le couple est très valorisé dans toutes les sociétés, ça donne une image positive.»

«C’est un métier de mal-aimé, la politique, et là, ça montre que tu es aimé, que tu es aimable», renchérit Thierry Giasson, professeur de communication politique à l’Université Laval. Le fait que ces conjointes offrent un soutien aux chefs durant le marathon électoral peut avoir pour effet de rassurer la population. La façon dont les chefs se comportent en public avec elles donne également «des indices» sur leur personnalité, ajoute M. Giasson. 

Que les chefs soient accompagnés de leur conjoint ou conjointe en campagne électorale est devenu «un classique» de la politique québécoise récente et de la «mise en scène» nécessaire aux images retransmises par la télévision, explique M. Giasson.

À moins d’être déjà des personnalités publiques, Mme Lalancette explique que les conjointes ne doivent pas prendre trop de place non plus, par souci de constance et de cohérence. «Comme elles n’ont pas été là ces dernières années, ce serait bizarre tout à coup qu’elles soient omniprésentes». M. Giasson ajoute que les stratèges s’assurent normalement que la conjointe ne fasse pas «d’interférence» avec le message du chef.