La candidate du Parti vert dans Champlain, Stéphanie Dufresne, a relevé son défi de manger 100% local pendant 100 jours.

Défi manger 100 % local: «Au-delà de mes espérances»

TROIS-RIVIÈRES — Est-ce que vous voulez devenir locavore? C’est ainsi que le fils de 10 ans de Stéphanie Dufresne a baptisé le nouveau régime alimentaire de sa mère. Un terme qui existe pour vrai en plus. La candidate du Parti vert dans la circonscription de Champlain s’était lancé comme défi de manger 100 % local pendant 100 jours. Et par 100% local, elle veut dire manger uniquement des aliments produits ou transformés en Mauricie. Un défi qui sera officiellement relevé dimanche. Eh non, elle n’a pas mangé que des patates et des concombres. Elle trace un bilan extrêmement positif de son expérience non seulement sur le plan alimentaire mais surtout grâce aux rencontres qui ont jalonné son expérience.

«Je me sens en bien meilleure santé. J’ai mieux mangé, mais je pense que l’expérience humaine derrière ça, c’est ce qui m’a marquée le plus. J’ai rencontré des gens dévoués, des gens motivés. J’ai vraiment senti le pouls de l’entrepreneuriat local», raconte la femme de 43 ans.

Manger local demande toutefois de la planification. Pendant ces 100 jours, Mme Dufresne est allée religieusement au Marché champêtre de Saint-Narcisse qui se tient toutes les deux semaines. Elle s’est aussi rendue chez certains producteurs. Elle a également écumé les tablettes de son épicerie pour y dénicher les produits locaux. «Ce qui m’a frappée le plus au début, ce n’est pas tant que je devais me passer de certaines choses ou que je devais cuisiner autrement, mais bien qu’il fallait que je prévoie. Les oeufs, je les prends à une place, le fromage à une autre... Il faut que je me déplace. Le temps a été un gros défi au début, mais là j’ai pris des habitudes. Il faut que je prenne le temps, mais d’un autre côté, c’est comme une invitation à s’attarder davantage à cet aspect essentiel de notre vie qui est de s’alimenter.»

Elle ne croit pas que son alimentation était moins diversifiée pendant son défi. «Je dirais que c’était une alimentation plus simple. Je ne pouvais pas vraiment ouvrir un livre de recettes parce qu’il y avait toujours quelque chose dans la recette qui n’était pas local. Il y avait des légumes en abondance évidemment, et la viande n’était pas un problème non plus», raconte la résidente de Saint-Adelphe. Elle n’a eu aucune difficulté à dénicher du pain, des biscuits, et de la bière bien sûr. Ce fut plus long de mettre la main sur de la farine. Elle a aussi trouvé des pâtes fraîches au Marché public de Shawinigan.

Il y a évidemment des aliments dont elle a dû se priver. «Je n’ai pas bu de lait depuis 100 jours. Oui il y a de la production laitière ici, mais je ne peux pas m’assurer que le lait que je bois vient d’ici», note-t-elle. Elle a fait une croix sur le riz, les légumineuses, le quinoa. «On parle de ce qui m’a manqué, mais je pense que l’accent doit être mis sur ce que j’ai découvert. J’ai découvert que tout près de chez moi, partout, il y a des gens qui produisent des aliments de vraiment belle qualité. Parfois, on ne remarque pas que ça a été fait localement, et ça vaut vraiment la peine de s’y attarder.»

Elle a vraiment apprécié de fréquenter les marchés publics. «Aller au marché public, c’est plus que de juste aller faire l’épicerie. C’est vraiment vivre une expérience humaine, c’est entrer en relation avec les gens. Quand on mange local, on encourage directement des gens qui ont des rêves, qui veulent contribuer à leur milieu.»

Mme Dufresne a compilé ses dépenses durant le défi et elle en a conclu que manger local ne coûte pas plus cher que de s’approvisionner au supermarché. «Ça coûte quand même plus cher que 75 $ par semaine», souligne-t-elle, en riant, une allusion aux propos de Philippe Couillard. Sur le plan environnemental, manger local est bénéfique. Juste pour les déchets, au marché public, elle traînait sa glacière sur roulettes et elle ne se retrouvait pas avec des tas de contenants en plastique comme à l’épicerie. Il reste que rien n’est parfait. «Oui, les aliments ne sont pas transportés sur de longues distances, donc c’est sûr que ça réduit le transport et les gaz à effet de serre. Toutefois, moi personnellement, j’ai dû plus me véhiculer pour faire mon épicerie. Il y aurait donc intérêt dans la région à développer des structures pour l’achat local», note-t-elle en parlant par exemple de l’ajout de marchés publics. «Les marchés publics, c’est génial. Je trouve que c’est positif pour les producteurs, pour les gens et pour la collectivité. Il devrait en avoir plus en Mauricie. Et les gens devraient penser davantage à y aller. Ce n’est pas seulement pour sa santé et son alimentation, mais c’est une expérience en soi de communiquer directement avec les gens qui produisent notre nourriture.»


« Je me sens en bien meilleure santé. J’ai mieux mangé, mais je pense que l’expérience humaine derrière ça, c’est ce qui m’a marquée le plus. J’ai rencontré des gens dévoués, des gens motivés.  »
Stéphanie Dufresne

Ces enfants de 10 et 12 ans l’ont suivie dans l’aventure mais pas à 100%. Quand ils n’étaient pas à la maison, ils mangeaient ce qu’on leur offrait. Et puis, ils n’ont pas fait une croix sur le lait. «Mon fils m’a dit: ‘‘Finalement maman, je pense que je suis locavore. En général, il y avait un enthousiasme, et c’est sûr que ça les sensibilise aussi.»

Si elle a relevé ce défi pendant la campagne électorale, c’était pour attirer l’attention sur l’achat local. Elle compte d’ailleurs continuer à privilégier les produits locaux. «Ça a été au-delà de mes espérances sur plusieurs points. Ça a changé vraiment plein de choses dans ma vie.»

Mais pour la soirée électorale, elle compte renouer avec des aliments qui lui ont particulièrement manqué. Au menu? Des sushis et des chips!