Marc et Michel Lalonde ont ouvert le spectacle intitulé Le Trésor d'Édouard Hovington, jeudi soir, en relatant une histoire de marins d'un ton gaillard.

Édouard Hovington revit sur scène

Oui, la foudre peut frapper deux fois au même endroit. Ce phénomène rare a été observé jeudi soir, à l'école Saint-Joseph de Tadoussac, lors de la soirée d'ouverture du Festival de la chanson.
Un siècle après le décès d'un gars de la place, 101 ans après sa rencontre avec le folkloriste Marius Barbeau qui en avait profité pour enregistrer 90 chansons et huit contes sur des rouleaux de cire, son répertoire a repris vie à deux pas du lieu de son dernier repos. Dix artistes, dont son arrière-petite-fille, ont accompli ce prodige à la faveur d'un spectacle intitulé Le Trésor d'Édouard Hovington.
Menés par l'ex-Garolou Michel Lalonde, qui a initié ce projet il y a quatre ans, ils ont raconté des histoires de marins cannibales, de femmes portées sur la bouteille et de veuves éplorées devant une centaine de personnes cordées serré, dont un grand nombre de descendants d'Édouard. Il faisait d'ailleurs chaud comme dans un party de famille. Les yeux fermés, on aurait dit que c'était Noël en juin.
«Nous étions trois marins», ont entonné Michel Lalonde et son frère Marc, autre voix célèbre de Garolou. Cet air gaillard était de circonstance puisqu'avant de s'enraciner au Québec, le premier des Hovington avait servi dans la marine anglaise. Le beat était donné par les talons martelant la scène, près de laquelle avait été déployée une photographie d'Édouard au soir de sa vie, un pied dans un lointain passé et l'autre dans l'éternité.
Souvent, les pièces tirées du répertoire de l'aïeul ont épousé des accents celtiques. Ce fut le cas, entre autres, de la chanson Le joli mois de mai, fort bien servie par Mary Beth Carty, une artiste originaire des Maritimes. C'est elle qui, un peu plus tard, a aussi pris sur ses épaules la pièce sur laquelle des marins affamés décident de manger l'un des leurs. Sa voix douce et un brin nasillarde fait penser à celle des soeurs McGarrigle. On ne se lasse pas de l'entendre.
Un des moments fort du spectacle fut l'intervention de l'arrière-petite fille d'Édouard Hovington, Caroline Brisson. Flanquée des frères Lalonde et de trois consoeurs, elle a offert une version enjouée de la chanson Le bon vin m'endort. Sur scène et dans la salle, on a perçu une réelle émotion.
Les fans de Garolou ont aussi trouvé matière à se réjouir lorsque ses anciens membres ont repris La complainte du maréchal Biron. Pendant qu'ils s'y attaquaient avec une belle énergie, au moment précis où étaient prononcés les mots Sauve-moi la vie encore une fois, la photo d'Édouard Hovington s'est détachée du mur. Fantômes? Vous avez dit fantômes?
Marc Lalonde a récidivé au rappel, cette fois par l'entremise d'Isabeau. Tous les chanteurs étaient debout pour l'accompagner, tissant une trame somptueuse, très belle, très triste, afin d'évoquer une autre histoire qui finit mal. La bonne nouvelle, pour ceux qui l'ont raté, est que ce moment de pure magie sera reproduit vendredi à 19h et samedi à 13h, toujours à l'école Saint-Joseph.