Les classes ont été aménagées pour partager la culture et les traditions autochtones. Les petits étaient d'ailleurs ravis de faire visiter le photographe du Progrès.

École primaire Quatre-Vents: 20 élèves autochtones intégrés

Il y a du beau nouveau à l'école des Quatre-Vents de Chicoutimi-Nord. Depuis le début des classes, 20 élèves autochtones se sont joints aux autres enfants, faisant ainsi de l'établissement scolaire une école primaire unique en son genre au Québec. Le projet, mis sur pied par la Commission scolaire des Rives-du-Saguenay en partenariat avec l'UQAC et le Centre d'amitié autochtone, vise à mieux intégrer les petits issus des Premières Nations, tout en préservant leur culture et leur histoire.
Akila, une jeune fille originaire de Pessamit, une communauté innue de la Côte-Nord, est bien heureuse de sa nouvelle école. Elle a suivi ses parents, qui ont emménagé au Saguenay.
Vendredi, les 200 élèves célébraient le lancement de ce programme innovant, qui serait, selon la CS des Rives-du-Saguenay, unique au Québec.
Le projet, qui avait débuté l'an dernier, a franchi une étape importante au début de l'année scolaire. En effet, l'année dernière, les élèves autochtones étaient regroupés dans des locaux du centre d'éducation pour adultes Laure-Conan. Ils étaient donc seuls et n'avaient pas l'occasion de côtoyer d'autres enfants de leur âge. Mais cette année, les deux classes autochtones (l'une de maternelle et l'autre regroupant des élèves de la première à la troisième année) ont été intégrées à l'école des Quatres-Vents et, ainsi, aux 180 autres élèves. Le directeur de l'école, Marc Girard, se plaît à dire qu'il s'agit d'un projet favorisant le mélange des cultures.
«Je suis extrêmement content que notre école ait été choisie pour ce projet, c'est tellement enrichissant et stimulant», a lancé M. Girard, visiblement ravi.
Vendredi, donc, la journée était dédiée à l'intégration et aux échanges culturels. En matinée, les enfants ont pu concocter de la banique, un pain plat faisant partie de l'alimentation amérindienne depuis belle lurette. Un brunch était ensuite organisé, proposant un mariage entre les plats saguenéens et amérindiens. Tourtière, fèves au lard, fruits et banique garnie de confiture aux bleuets étaient au menu.
«C'est vraiment bon! Et c'est encore meilleur avec des bleuets», a lancé un petit garçon, se délectant de la banique pour la première fois. «Moi, j'en mange depuis que j'ai des dents!», a répondu Akila, visiblement fière de partager ce plat avec ses amis.
D'ailleurs, la jeune élève originaire de Pessamit, sur la Côte-Nord, était bien heureuse de sa nouvelle école. «C'est vraiment le fun, on a plein de nouveaux amis. En plus, mon ancienne école avait juste deux étages et ici, il y en a trois. Je suis très contente», a expliqué Akila, qui était accompagnée par ses amis Paskale et Simon, également de Pessamit, une communauté innue de quelque 2400 habitants.
Pour le moment, les élèves proviennent des communautés innues et atikamekw du Québec, mais le projet pourrait faire des petits et l'école pourrait bien accueillir des élèves de l'une ou l'autre des 11 nations.
Sur l'heure du midi, William Dubé, un papa originaire de Manawan, une réserve atikamekw située dans Lanaudière, a partagé son talent musical avec les 200 élèves. Muni de son tambour chamanique, il a offert une prestation qui n'est pas passée inaperçue. Les petits, à première vue impressionnés et gênés, se sont vite mis à taper des mains, écoutant les chants traditionnels amérindiens. Après l'activité, des élèves non autochtones se sont d'ailleurs empressés de monter sur la scène, afin de discuter avec le papa musicien et d'en apprendre plus sur ce tambour fabriqué en peau de chevreuil.
«Mon petit garçon Wapan est en maternelle ici. Je trouve ce projet très intéressant, car j'aime que mon enfant côtoie d'autres cultures tout en étudiant la sienne. Le mélange est bénéfique», a indiqué William Dubé, précisant que son petit Wapan, qui signifie «lever du jour» en langue atikamekw, danse déjà dans les pow-wow.
Les traditions et les langues amérindiennes étudiées
Patricia Rainville
prainville@lequotidien.com
Le programme offert aux élèves autochtones a été pensé spécialement pour que leur apprentissage scolaire ne se fasse pas au détriment de leur histoire et de leur culture. Chaque semaine, deux heures et demie sont dédiées à l'étude de leur langue et de leurs traditions. Mais l'apprentissage du français, entre autres, reste très important pour la commission scolaire.
«Les jeunes élèves autochtones suivent les cours du programme scolaire québécois, mais ils ont accès à des cours sur la culture autochtone et, de plus, ils ont trois heures d'éducation physique par semaine, comparativement à deux pour les autres élèves. Le programme a été pensé spécialement pour eux, tout en suivant les normes scolaires québécoises. Le but, c'est que ces élèves soient bien intégrés en vieillissant et qu'ils soient en mesure de s'exprimer adéquatement en français également. Ils ont aussi des cours d'anglais», a expliqué le directeur de l'école des Quatre-Vents, Marc Girard.
Jusqu'à maintenant, les enfants étudient entre eux, dans une classe regroupant les différents niveaux. Mais, au fil du temps, ils devraient être intégrés aux classes «régulières». «Ce qui est super avec ce projet, c'est que les jeunes autochtones restent bien en contact avec leurs traditions et que les non autochtones en apprennent également sur la culture amérindienne», ajoute le directeur.
La plupart des petits rencontrés vendredi s'exprimaient dans un français impeccable pour leur âge, tandis que d'autres, notamment ceux en maternelle, ont un peu plus de difficulté. «L'an dernier, alors qu'ils étaient à Laure-Conan, certains ne parlaient pas un mot français, mais cette année, ils se sont grandement améliorés. C'est vraiment beau à voir», a indiqué la porte-parole de la Commission scolaire des Rives-du-Saguenay, Hélène Aubin.
La direction de l'école des Quatre-Vents misera beaucoup, au cours de l'année, sur le partage et l'acceptation. Jusqu'à maintenant, le directeur a déjà été témoin de belles scènes d'entraide et n'a pas eu à intervenir pour des paroles ou des gestes déplacés.
Projet de recherche
Le nouveau programme de la commission scolaire fera l'objet d'un projet de recherche à l'Université du Québec à Chicoutimi, qui se penchera sur l'accompagnement des autochtones dans l'apprentissage du français, tout en préservant et en respectant leur identité.