Archives Le Progrès, Michel Tremblay
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École à la maison: ne pas s’improviser enseignant

Les parents doivent-ils, oui ou non, faire l’école à la maison, le temps que les élèves puissent retourner en classe ? Il faut garder un certain niveau d’activité mentale chez l’enfant, recommande Stéphane Allaire, professeur en pratiques éducatives à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), mais attention : les parents ne peuvent pas s’improviser enseignants aussi facilement.

La mise en ligne de la plateforme L’école ouverte, cette semaine, par le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur du Québec, donne un bon coup de main pour se retrouver à travers les nombreux sites Internet éducatifs disponibles, mais elle peut également susciter des questionnements. De plus, l’apparition de groupes Facebook, au cours des dernières semaines, comme Écoles fermées, parents sollicités, qui compte plus de 21 500 membres, peut causer du stress chez certains parents. Alors, qu’en est-il ?

« Il faut y aller modérément et être conscients que les parents ne peuvent pas s’improviser enseignants du jour au lendemain. Ça prend quand même un niveau de compétences spécifiques. [...] L’enseignant a un paquet d’intentions, une démarche, une planification. Il ne faut pas minimiser et réduire le travail de l’enseignant », met en garde M. Allaire, rappelant que les enseignants ont fait quatre ans d’université pour obtenir leur diplôme.

C’est pourquoi, selon lui, les parents peuvent se concentrer sur la lecture avec leur enfant, entre autres. Une lecture qui peut être orientée vers les intérêts des jeunes.

« Donnons-leur le choix et faisons-les parler. La lecture va pouvoir alimenter les discussions », ajoute M. Allaire, qui invite à prendre du recul face à la situation et à relativiser.

Le professeur de l’UQAC ne conseille rien de moins que « les bons vieux jeux de société ».

Stéphane Allaire, professeur en pratiques éducatives à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), prévient que les parents ne peuvent pas s’improviser enseignants aussi facilement.

« C’est le bon moment de les ressortir ! », dit-il, en donnant comme exemple ceux qui permettent les calculs mathématiques ou qui offrent différentes variables au niveau des lettres, comme le Scrabble.

« Ça permet d’entraîner le cerveau d’une façon ludique », explique M. Allaire, ajoutant que différents musées en ligne peuvent alimenter les connaissances en histoire et en sciences, notamment.

Et le lien entre l’enseignant et l’élève, dans tout ça ? Doit-il continuer d’exister ? En effet, il pourrait être bénéfique qu’un contact perdure afin qu’existe une relation, un lien de confiance. « Ne serait-ce qu’un petit mot qui pourrait rassurer le jeune, lui montrer que quelqu’un pense à lui. C’est une pratique qui devrait être mise en place », croit M. Allaire.

Élèves en difficulté

Les élèves qui réussissent bien à l’école pourront reprendre le temps perdu au retour en classe puisque le programme scolaire est construit selon un certain continuum. Des notions sont revues, notamment en fonction des trois cycles au primaire, alors il y a là un levier à utiliser, croit M. Allaire.

Cependant, pour les élèves en difficulté, la situation pourrait être différente, prévient-il. C’est pourquoi il espère que des ressources compensatoires seront disponibles, comme des intervenants spécialisés. M. Allaire cite en exemple les éducateurs spécialisés et les psychoéducateurs.

« J’imagine que le ministère a ça dans le collimateur, parce que ce sera en effet plus critique pour les élèves en difficulté. Il faut avoir le zoom, le focus sur eux, pour ne pas qu’ils aient davantage de retard », espère M. Allaire.

Les parents doivent s’assurer que leur enfant garde un certain niveau d’activité mentale.

Ce dernier souhaite que l’école reprenne à la fin août. Et si ce n’est pas le cas ? « Si l’école est arrêtée plusieurs mois, c’est là, le plus inquiétant. C’est pour ça que j’espère que le ministère réfléchit à un plan B. Le portail, c’est une chose. Mais si ça s’échelonne dans le temps, il faudra penser à autre chose », conclut-il.