L’usine de pâtes et papiers de Produits forestiers Résolu à Saint-Félicien.
L’usine de pâtes et papiers de Produits forestiers Résolu à Saint-Félicien.

Eaux de procédé dans l’Ashuapmushuan: Jean Paradis s’y oppose

Guillaume Pétrin
Guillaume Pétrin
Le Quotidien
L’ancien président du Regroupement pour la protection de la rivière Ashuapmushuan (RPA), Jean Paradis, s’oppose catégoriquement aux déversements des eaux de procédé de l’usine de pâtes et papiers de Produits forestiers Résolu (PFR) dans l’Ashuapmushuan et demande au ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC) de « de prendre ses responsabilités ».

Rappelons qu’au début du mois de mars, le MELCC avait annoncé qu’il procéderait à des analyses techniques et environnementales complémentaires, au cours des prochains mois, afin de trouver la meilleure solution pour régler le problème de désuétude d’une conduite longue de 15 kilomètres datant de 1977.

Cette conduite est enfouie dans le sol et permet de rejeter les effluents traités de l’usine de pâtes et papiers de Produits forestiers Résolu (PFR) dans les eaux du lac Saint-Jean, entre les embouchures des rivières Ticouapé et Mistassini.

Le MELCC avait aussi annoncé que parallèlement à l’évaluation des coûts de remplacement de la conduite, des analyses complémentaires seraient réalisées pour évaluer l’impact d’un rejet permanent des effluents traités de PFR dans la rivière Ashuapmushuan et que pour y parvenir, PFR devrait alors rejeter de façon occasionnelle ses effluents traités dans la rivière afin de permettre la prise de mesures et l’échantillonnage.

Par ailleurs, l’entreprise était déjà autorisée à rejeter occasionnellement ses eaux usées traitées dans la rivière, notamment lors de travaux de réparation de la conduite ou d’études.

Des documents obtenus par Radio-Canada font état que l’usine de Saint-Félicien aurait rejeté ses eaux usées dans l’Ashuapmushuan pendant 258 jours, entre 2017 et 2020.

Pour Jean Paradis, de tels déversements sont inacceptables et doivent tout simplement cesser.

« Il est impensable que les déversements de rejets industriels dans une rivière comme l’Ashuapmushuan se poursuivent. Le fait que le MELCC ait autorisé certains déversements démontre bien que l’état de la conduite est problématique et qu’il est urgent que le ministère qui en est propriétaire prenne ses responsabilités et restaure ou remplace cette conduite », a-t-il fait savoir dans un communiqué.

Ouananiche

De plus, même si le MELCC a déjà affirmé que des études antérieures avaient démontré que les rejets de PFR n’affectaient pas la migration de la ouananiche dans l’Ashuapmushuan, Jean Paradis croit que l’enjeu est beaucoup trop important et qu’il ne doit pas être pris à la légère.

« Cette problématique dépasse largement la seule question de la ouananiche dans l’Ashuapmushuan. Il s’agit de la réputation d’une rivière qui fait l’objet d’un statut de protection pour son caractère sauvage, historique et patrimonial. La ouananiche du lac Saint-Jean est reconnue comme la dernière population naturelle d’importance qui existe encore dans le monde, de sorte que l’Ashuapmushuan représente la rivière à ouananiche la plus importante au monde. Il n’y a donc aucun risque à prendre et ce statut international serait compromis si des rejets industriels venaient ternir sa réputation. »

En 2002, le gouvernement du Québec avait mis la rivière Ashuapmushuan en réserve comme aire à protéger, ce qui signifiait l’interdiction sur ce territoire de toute activité d’exploitation minière, forestière et énergétique. Seules les activités liées à la chasse, à la pêche, au plein air, à la villégiature et à la pratique des activités ancestrales et traditionnelles des nations autochtones pouvaient être maintenues.

Acceptabilité sociale

L’ancien porte-parole du RPA avance que de tels déversements ne feront pas l’unanimité au sein de la population locale qui, selon lui, sera aussi affectée.

« En amont, il y a une réserve aquatique protégée et en aval, c’est la Ville de Saint-Félicien. Tout au long, à partir de la Chute à l’Ours, il y a aussi des propriétaires riverains des deux côtés de la rivière qui n’accepteront jamais que des rejets industriels viennent polluer le cours d’eau (...) Même l’entreprise Résolu s’oppose à déverser ses rejets industriels dans cette rivière d’exception et elle est bien consciente qu’il n’y a aucune acceptabilité sociale », selon Jean Paradis.

PFR avait déjà affirmé au Quotidien qu’elle refusait l’idée de déverser dans la rivière Ashuapmushuan de façon permanente les eaux de procédé de son usine de pâte kraft de Saint-Félicien.

Le préfet de la MRC du Domaine-du-Roy, Yanick Baillargeon, avait lui aussi tenu à rappeler qu’il était du même avis que la papetière.

Du côté de Saint-Félicien, certains citoyens et élus municipaux avaient profité d’une séance du conseil de ville pour exprimer leurs inquiétudes face à la possibilité de permettre le déversement permanent dans la rivière.

Tous se questionnaient et s’entendaient pour dire que si les raisons pour éviter de tels déversements étaient valables en 1977, elles devraient encore l’être en 2020.