Le conseiller Gervais Laprise a profité de la période d’interventions allouée aux membres du conseil pour partager ses inquiétudes sur le sujet.
Le conseiller Gervais Laprise a profité de la période d’interventions allouée aux membres du conseil pour partager ses inquiétudes sur le sujet.

Eaux de procédé dans l’Ashuapmushuan: inquiétude à Saint-Félicien

Guillaume Pétrin
Guillaume Pétrin
Le Quotidien
Certains citoyens et élus municipaux ont profité lundi dernier de la dernière séance du conseil de la ville de Saint-Félicien pour exprimer leurs inquiétudes face à la possibilité que le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC) permette le déversement permanent dans la rivière Ashuapmushuan des eaux de procédé de l’usine de pâte kraft de Produits forestiers Résolu, située à Saint-Félicien.

Rappelons que dans un article paru le 4 mars dans Le Quotidien, on apprenait que le MELCC a déployé dans la région une équipe de quatre fonctionnaires, dont un sous-ministre, afin d’informer les trois MRC et la communauté innue de la démarche gouvernementale en vue de régler le problème de désuétude de la conduite de 15 kilomètres qui permet de rejeter les eaux de procédé de l’usine Résolu dans les eaux du lac Saint-Jean, entre les embouchures des rivières Ticouapé et Mistassini.

La conduite, qui est enfouie dans la terre, avait été mise en service à l’ouverture de l’usine, en 1977. Elle permet, après leur traitement secondaire, de déverser les eaux de procédé de la papetière dans le lac.

Le conseiller qui occupe le siège #5 Gervais Laprise a profité de la période d’interventions allouée aux membres du conseil pour partager ses inquiétudes sur le sujet.

« J’ai eu des citoyens qui m’ont interpellé sur le sujet. Ce qui était logique en 1977 devrait l’être encore en 2020. Il faudrait peut-être faire des pressions auprès du ministère de l’Environnement, même si c’est un coût estimé de 45 M $ », a-t-il indiqué.

Conscient qu’il est question ici de développement durable, le conseiller Laprise a donné en exemple la responsabilité qu’un citoyen ordinaire a envers les lois sur l’environnement.

« Quand la fosse d’un citoyen est désuète, il faut qu’il la change alors je pense qu’il faudrait questionner le ministère du moins pour justifier leurs raisons quand ils auront pris leur décision finale. Je pense que même si ça coûte 45 M $, 40 M $ ou 50 M $, si c’est encore justifié d’aller jeter cette eau-là en haut de la Ticouapé sur Mistassini pour des raisons qui étaient sûrement légitimes en 1977, il faut mettre encore de la pression, car les citoyens vont nous interpeler là-dessus. »

Répondant à son intervention, le maire Luc Gibbons se disait quand même en accord avec son conseiller et se demandait pourquoi la logique qui avait prévalu dans le temps ne serait plus bonne maintenant.

Le citoyen Laurent-Paul Chartier a questionné le conseil et a partagé ses préoccupations environnementales. Ce dernier assure aussi la présidence de Riverains Lac-Saint-Jean 2000.

« Oui, vous avez raison. Je pense que le conseil devra sortir une résolution et statuer là-dessus, d’ici la fin du mois de mars. (…) On va se positionner et on va faire une liste de considérants et on va revenir avec ça prochainement. »

Citoyens inquiets

Lors de la période de questions, le citoyen Laurent-Paul Chartier a questionné le conseil et a partagé ses préoccupations environnementales.

« On est préoccupé de cette annonce du ministère qui a un peu pris le monde par surprise. On nous dit qu’il y avait eu des rencontres avec la MRC et je me demandais si la municipalité était aussi au fait de ça », a demandé celui qui assure la présidence de Riverains Lac-Saint-Jean 2000, une association régionale qui regroupe une soixantaine d’associations et regroupements autour du lac.

Leur mission est d’assurer la protection des berges du lac Saint-Jean et son environnement en plus de représenter les intérêts des riverains membres.

La réponse du conseil s’est faite par l’entremise du directeur-général de la ville, Dany Coudé qui se disait surpris du premier article paru sur le sujet dans Le Quotidien.

« J’ai assisté à une première rencontre qui a eu lieu ici à la salle du conseil le 27 février dernier. J’ai été surpris de voir l’annonce dans Le Quotidien la semaine dernière, car ce n’est pas du tout ce que le ministère nous a dit lors de cette rencontre. Ce qu’ils nous ont dit, c’est qu’ils sont en analyse et qu’ils vont faire une campagne de publicité pour l’expliquer aux gens.

Dans les prochains mois, ils vont sortir deux sortes d’appels d’offres. Un pour savoir c’est quoi les travaux de réfection qui sont à faire sur cette conduite-là et pour ensuite aller en plans et devis. Un autre appel offre évaluera les honoraires professionnels pour refaire les analyses sur les conséquences des déversements tant dans la rivière Mistassini que dans la rivière Ashuapmushuan. Leurs données datent de 2003 et ils veulent remettre leurs données à jour. »

Le directeur-général a voulu se faire rassurant en précisant « qu’au départ, leur décision est une réfection, mais suite aux appels d’offres et aux analyses, ce n’était pas campé à 100 %, mais qu’ils travaillaient pour une réfection. »

Le directeur général de Saint-Félicien, Dany Coudé, et le maire Luc Gibbons se sont montrés préoccupés par la situation. Ils ont mentionné que le conseil fera part de sa position officielle prochainement.

Le citoyen Chartier a conclu en mentionnant « qu’au niveau de l’acceptabilité sociale, ça va être un peu difficile. Je suis content des explications que vous me donnez. Ce qui était légitime en 1977 doit sûrement être beaucoup plus exigeant cette année. (…) Un projet comme celui-là, je suis content de voir que le conseil semble être contre».

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RÉSOLU ET LA MRC DU DOMAINE-DU-ROY SUR LA MÊME LONGUEUR D'ONDE

Le porte-parole de Produits forestiers Résolu (PFR), Karl Blackburn, avait déjà affirmé, en entrevue avec Le Progrès, que la multinationale refusait l’idée de déverser dans la rivière Ashuapmushuan les eaux de procédé de son usine de pâte kraft de Saint-Félicien. 

Le préfet de la MRC du Domaine-du-Roy Yanick Baillargeon a lui aussi rappelé qu’il était du même avis que PFR. « Notre position reste la même et on appuie Résolu. La conduite devra être réparée ou refaite. Elle avait été initialement bâtie pour une durée d’environ 25 ans et grâce entre autres aux méthodes de traitement utilisées par Résolu, sa durée de vie a pu être prolongée et ça fait maintenant plus de 40 ans qu’elle est fonctionnelle. » Du côté de Résolu, le porte-parole a réaffirmé que les eaux de procédé respectaient les règles environnementales en vigueur et que ces eaux devaient passer par différentes étapes, dont celle du bassin de sédimentation, avant d’être acheminées dans la conduite d’évacuation.