Les eaux de procédé de l'usine de pâte kraft de Saint-Félicien pourraient se retrouver dans la rivière Ashuapmushuan.

Eaux de procédé dans l'Ashuapmushuan : PFR refuse

Produits forestiers Résolu (PFR) considère qu’il n’y aura pas l’acceptabilité sociale nécessaire pour modifier le fonctionnement du système d’évacuation des eaux de procédé de son usine de pâte kraft de Saint-Félicien. La papetière invite le gouvernement à poser les gestes pour assurer la production à ses installations du rang Saint-Eusèbe.

Au cours d’une entrevue accordée au Quotidien, mercredi, le porte-parole de l’entreprise, Karl Blackburn, a été catégorique quant à la vision de la papetière en lien avec cette problématique. Résolu offre toute sa collaboration pour trouver des solutions à la fin de vie utile de la conduite qui permet de rejeter les eaux de procédé dans le lac Saint-Jean, mais refuse l’idée de déverser dans la rivière Ashuapmushuan.

« Nous avons toujours travaillé en étroite collaboration avec le Centre d’expertise hydrique du Québec, au cours des dernières années, quand il y a eu des problèmes avec la conduite, qui appartient au gouvernement. Nous allons continuer de collaborer et depuis un certain temps, les interventions ont grandement amélioré le fonctionnement de la conduite », précise le porte-parole de Résolu.

M. Blackburn n’avait pas entre les mains la description technique de la conduite, mais a cependant indiqué qu’il s’agit d’une conduite de bonne dimension. L’installation permet d’évacuer des volumes d’eau de procédé importants. 

L’usine de Saint-Félicien a une capacité de production de 340 000 tonnes métriques de pâte kraft, ce qui nécessite l’utilisation d’une très grande quantité d’eau dans le procédé de raffinement.

« Si, en 1977, le gouvernement a décidé de procéder à la construction de la conduite pour diriger les eaux de procédé dans le lac Saint-Jean, c’est qu’il considérait qu’il n’y avait pas d’acceptabilité sociale pour les déverser dans la rivière Ashuapmushuan. S’il n’y avait pas d’acceptabilité sociale pour cette solution en 1977, on considère qu’il y a encore moins d’acceptabilité sociale pour déverser des eaux de procédé industriel dans la rivière Ashuapmushuan en 2020 », soutient le porte-parole de Résolu.

Il est évident que la papetière n’a aucunement l’intention de devenir une cible indirecte dans une éventuelle guerre avec des groupes de pression, incluant les pêcheurs. 


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Le ministère de l’Environnement lance des études

Le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC) lance des études pour trouver une solution aux problèmes des rejets industriels de l’usine de pâte kraft de la papetière Produits forestiers Résolu (PFR). Elle conserve toutefois dans ses cartons l’option de rejeter directement dans la rivière Ashuapmushuan plutôt que dans le lac Saint-Jean.

Dans son édition de mardi, Le Quotidien faisait état de la tournée d’une équipe de quatre fonctionnaires, dont un sous-ministre, dans la région, venue informer les trois MRC et la communauté innue de la démarche gouvernementale en vue de régler le problème de désuétude de la conduite de 14 kilomètres qui permet de rejeter les eaux de procédé de l’usine Résolu un peu à l’ouest de l’embouchure de la rivière Mistassini.

Dans le dernier paragraphe du communiqué, le ministère donne une bonne indication de son choix de solution, alors qu’il justifie le choix de la rivière Ashuapmushuan comme solution à ce problème. La facture pour le gouvernement risque d’atteindre plus de 40 M $.

« Précisons aussi que les effluents de la papetière respectent l’ensemble des normes du Règlement sur les fabriques de pâtes et papiers et du Règlement sur les attestations d’assainissement en milieu industriel. De plus, des études antérieures ont démontré que les rejets de PFR n’affectent pas la migration de la ouananiche dans la rivière Ashuapmushuan », indique le MELCC.

Le ministère confirme que la conduite a atteint sa durée de vie utile. Il souligne que les coûts associés à l’entretien de la conduite de 14 kilomètres ne cessent d’augmenter en raison de la vétusté de l’infrastructure.

« Parallèlement à l’évaluation des coûts de remplacement de la conduite gouvernementale, des analyses complémentaires seront réalisées pour évaluer l’impact d’un rejet permanent des effluents traités de PFR dans la rivière Ashuapmushuan. PFR devra alors rejeter de façon occasionnelle ses effluents traités dans cette rivière afin de permettre la prise de mesures et l’échantillonnage », précise le communiqué.

Le Quotidien a de nouveau contacté le cabinet du ministre de l’Environnement, Benoit Charette, en début de journée mercredi. La question soumise au cabinet visait à savoir si l’élu était d’accord avec le principe de procéder à des déversements industriels dans une rivière inscrite sur la liste des aires protégées du gouvernement du Québec à titre de réserve aquatique. Le cabinet n’a pas rendu l’appel.

D’autre part, le ministère doit attendre les conclusions des différentes études et analyses avant de déterminer si un éventuel changement de destination devra être soumis à une procédure d’évaluation environnementale publique.

Les estimations du coût de remplacement de la conduite n’ont pas été établies par le gouvernement. Le montant de 45 M $ a été soulevé lors des rencontres avec la délégation de fonctionnaires de Québec dans la région. 

L’étude lancée dans les prochaines semaines par le ministère devrait permettre d’établir le coût du projet.