Michel Dunn (photo) dit avoir été bien servi par l'avocat Louis-Charles Fournier lors de son deuxième procès pour le meurtre prémédité de son associé Serge McNicoll.

Dunn garde un bon souvenir de Louis-Charles Fournier

Le Chicoutimien Michel Dunn conserve un très bon souvenir de son ancien avocat, Me Louis-Charles Fournier. Même s'il a perdu son deuxième procès, il sait que son procureur a tout fait pour obtenir son acquittement.
L'homme aujourd'hui âgé de 64 ans a été reconnu coupable à deux reprises du meurtre de son associé, l'avocat civiliste Serge McNicoll.
Au début de septembre 1978, au cours d'une promenade au bord du lac Saint-Jean, à Saint-Gédéon, Serge McNicoll est transpercé d'une balle. Il est accompagné de son associé, qui s'exerçait au tir au pigeon d'argile.
Une première autopsie conclut à un accident. Mais quelques semaines plus tard, après l'enterrement de Me McNicoll, une nouvelle expertise est demandée. Le corps est exhumé et les pathologistes mentionnent qu'il s'agit d'un meurtre et que la victime a été tirée à bout portant par une arme de poing. 
Encore aujourd'hui, cette cause fait partie des plus importantes dans les annales judiciaires du Saguenay-Lac-Saint-Jean. 
Meurtre prémédité
Michel Dunn est arrêté et accusé à Roberval de meurtre prémédité. Au procès, il se défend seul et est reconnu coupable de meurtre non prémédité. Il est condamné à la prison à vie sans possibilité de libération avant d'avoir purgé 13 ans de pénitencier. 
Les juges de la Cour d'appel du Québec ordonnent un nouveau procès à la suite des représentations de son nouvel avocat, Me Louis-Charles Fournier. Au final, Dunn est encore reconnu coupable, sauf que cette fois-là, la peine minimale à purger est fixée à 20 ans.
Un chic type
« Pour l'appel et le deuxième procès, j'ai fait appel à Me Louis-Charles Fournier, qui était le meilleur de la région comme avocat. Il avait toute une réputation et en plus, c'était un chic type », indique Michel Dunn, lors d'un entretien téléphonique avec Le Quotidien.
«Au procès, il n'a absolument rien eu à se reprocher. La Couronne est arrivée avec de petites nouveautés dans sa preuve. Elle était en partie différente. J'ai été reconnu coupable. Je n'ai absolument rien à dire du travail de Me Fournier», de préciser M. Dunn.
Plus de contact
L'ex-détenu dit n'avoir jamais eu de contacts avec son avocat à la suite de sa deuxième condamnation.
«Une fois au pénitencier, je me suis dit que je devais faire mon temps. Il n'est pas facile non plus de contacter les gens de l'extérieur. On se garde du temps pour la famille. Je n'ai donc pas eu l'occasion de parler avec Me Fournier par la suite», note Michel Dunn.
Ce dernier a pu recouvrer sa liberté après avoir passé 17 années derrière les barreaux. Il est sorti à l'âge de 42 ans. Il s'est installé à Montréal où il a notamment oeuvré, pendant 15 ans, auprès de l'organisme Option Vie, afin de venir en aide aux détenus.
«Aujourd'hui, j'ai retrouvé mon emploi du temps et nous travaillons avec les détenus âgés. Nous essayons de les habituer à de nouvelles habitues alimentaires, à faire de l'exercice et à les préparer à leur sortie de prison», explique l'homme de 64 ans.
«Une personnalité qui a laissé sa marque»
« L'avocat Louis-Charles Fournier était un avocat aguerri, affable, facile d'approche, mais qui ne faisait aucun compromis. Le juge, lui, a été pour moi un mentor. Il m'a pris sous son aile et m'a été de très bons conseils. »
Le juge Rosaire Larouche savait que son ancien collègue était malade et se doutait bien que les choses n'allaient pas pour le mieux. Mais il avoue que c'est toujours un choc d'apprendre la mort d'une personne qui a été un ami pour lui.
« On vient de perdre une personnalité qui a laissé sa marque dans la région », de dire le juge Larouche.
« Je me souviens bien de l'avoir connu alors que j'étais procureur de la Couronne et que lui était à la défense. Il ne venait pas souvent à Roberval. Mais on savait qu'il était l'un des procureurs les plus influents en défense de la région. Il avait à coeur les intérêts de ses clients », ajoute le magistrat à la retraite.
Par la suite, les deux hommes se sont côtoyés comme juges. Louis-Charles Fournier s'est assuré de bien guider le nouveau venu dans le bon chemin.
«À l'époque, nous n'avions pas de mentor. Mais Louis-Charles a vu à ce que mon adaptation se fasse de la bonne façon. Il avait de précieux conseils à me donner, il avait une bonne expérience en droit et était très à jour », reprend le juge Larouche.
Rigueur
Juge depuis maintenant huit ans, Michel Boudreault a connu Me Fournier à l'époque où il était avocat de la défense. Il a plaidé devant lui durant 24 ans.
« Je vais retenir sa rigueur au niveau du droit. Il avait une capacité à s'adapter aux gens et à leur expliquer le fondement de ses décisions. Il n'y avait pas d'ambiguïté avec lui. Il n'y avait pas de place pour le doute », précise le juge Boudreault.
« Il était très efficace. Il rendait ses décisions verbalement, sans texte écrit. Il ne bafouillait jamais. Il se fiait sur ses notes personnelles seulement, sa mémoire et sa maîtrise du droit et de la langue », ajoute-t-il.
Le juge coordonnateur Richard P. Daoust n'a pas connu beaucoup le juge Fournier, ayant plaidé un seul dossier civil devant lui.
« Je sais que nous avons tous été bien fiers de lui lorsqu'il a été nommé juge en chef au Québec, sans oublier qu'il a mené une carrière exceptionnelle », de conclure le juge Daoust.