Du territoire forestier amputé pour le caribou

Le gouvernement du Québec va amputer 35 000 kilomètres carrés de territoire à la récolte forestière pour réaliser son plan de rétablissement du caribou forestier.

Le Forestier en chef du Québec n’a pas encore été en mesure de dévoiler les impacts sur la possibilité forestière de cette décision qui entrera en vigueur dans quelques mois.

La conversion de ces kilomètres carrés de réduction selon les règles établies dans l’industrie pour la forêt boréale se traduit par la réduction de la possibilité forestière de 3 millions de mètres cubes par année. Dans une missive déjà signifiée à Ottawa en 2014, Québec avait chiffré les pertes d’emplois à 9000 (directs, indirects et induits) avec la disparition de plusieurs centaines de millions de dollars d’activités économiques.

Les forêts régionales constituant le tiers de la possibilité forestière globale du Québec, le Saguenay-Lac-Saint-Jean devra donc assumer le tiers des impacts négatifs.

Cette décision émanant du ministère des Forêts et rendue publique discrètement en avril dernier s’inscrit en droite ligne avec d’autres décisions prises par le gouvernement et l’appareil administratif. Le Québec va intégrer le plan de rétablissement fédéral, qui vise un seuil maximum de perturbation des habitats de 35 %.

Selon tous les documents consultés par Le Quotidien, le gouvernement du Québec se soumet aux directives fédérales sans connaître la véritable situation des hardes qui peuplent la forêt boréale. Dans ce document publié en avril, le ministère affirme mettre un plan en deux phases.

Dans un premier temps, Québec agit de façon urgente avec la création de vastes espaces pour assurer l’autosuffisance des hardes. Le terme autosuffisance utilisé par les fonctionnaires québécois découle directement du plan fédéral du caribou forestier et signifie que ces vastes espaces ne seront pas perturbés à plus de 35 %, ce qui limite très sérieusement l’exploitation forestière.

Ce n’est que lors de la mise en place d’un plan permanent que Québec mesurera les impacts socioéconomiques de ce programme. Le forestier en chef devait publier en avril dernier une mise à jour des chiffres de la possibilité forestière en intégrant les grands espaces. Les chiffres ne sont toujours pas disponibles.

Le gouvernement du Québec a même adopté une loi qui intègre les principes de la directive fédérale sur l’autosuffisance des hardes. Il s’agit de la limite nordique des forêts attribuées, qui a été adoptée par l’Assemblée nationale en 2016.

Le ministère des Ressources naturelles a refusé de remettre au Quotidien les inventaires des survols de hardes réalisés l’hiver dernier. Les fonctionnaires fédéraux, dans un rapport, établissent que la harde du réservoir Pipmuacan est passée de stable à en déclin, même si, selon le dernier inventaire réalisé dans ce secteur, la population a doublé.

De façon générale, tous les survols réalisés par le ministère depuis 2012 (à l’exception de ceux de cet hiver), confirment une augmentation des populations des hardes.