Une cinquantaine d’amis et de voisins ont profité d’une partie de sucre le 5 mai dernier grâce au travail collectif d’un groupe de motivés, dans la micro-érablière de la Pointe Saint-Méthode, à Saint-Félicien.

Du sirop du Nord du Lac en mai dans une cabane oubliée

Même si on ne retrouve pas d’érable à sucre dans le Nord du Lac-Saint-Jean, un groupe de motivés a déniché une parcelle d’érable rouge et une bouilloire qui dormait dans une vieille cabane oubliée. Et comme le printemps a tardé à se pointer le bout du nez, les parties de sucre se sont poursuivies jusqu’au début du mois de mai.

Par un beau dimanche ensoleillé du mois de mai, plus d’une cinquantaine de personnes ont eu la chance de déguster de la tire d’érable félicinoise sous le chaud soleil du printemps.

Mais comment est-ce possible d’exploiter une cabane à sucre alors que l’on ne retrouve aucun érable à sucre dans le Nord du Lac-Saint-Jean ? C’est en misant sur les érables rouges, explique Ludovic Béland, un ingénieur forestier qui enseigne au Cégep de Saint-Félicien. Des arbres qui préfèrent les terrains plus humides. Même si les érables rouges produisent une sève un peu moins sucrée que l’érable à sucre, ils peuvent être entaillés pour produire le fameux nectar sucré si populaire partout dans la Belle Province.

Une cinquantaine d’amis et de voisins ont profité d’une partie de sucre le 5 mai dernier à Saint-Félicien, grâce au travail collectif d’un groupe de motivés.

Au bout de la pointe Saint-Méthode, à Saint-Félicien, un certain Marcel Potvin opérait une petite cabane à sucre, entaillant justement plus d’une centaine d’érables rouges, jusqu’en 2007, sur un lot loué à Rio Tinto (comme toutes les maisons dans ce secteur). En prenant contact avec les filles de Marcel Potvin, décédé depuis, pour utiliser la bouilloire, Ludovic Béland, David Boulais, Guillaume Maziade et Gildas Haméon, des résidants de la pointe Saint-Méthode, ont voulu tenter l’expérience de relancer l’érablière de la Pointe en misant sur le travail collectif.

Mais avant de se lancer, ils devaient d’abord demander la permission aux Bons voisins du lac, le groupe de résidants qui loue la parcelle de terre où se trouvent les érables.

Préparatifs

Après le travail administratif, c’est le travail de terrain qui a commencé. Chaque dimanche, depuis février, les acériculteurs en herbe se rassemblent pour faire le ménage de la cabane, tester la bouilloire, réparer et fixer la tubulure, avant d’entailler les arbres et de poser les barils et chaudières pour récolter la sève. « Une chance que c’était un travail collectif, parce que ça demande beaucoup de temps », a constaté David Boulais, lors de la partie de sucre, dimanche dernier.

Les jeunes et moins jeunes profitent de la tire d’érable hyperlocale.

Une lourde tâche qui a tardé à porter fruit, car la récolte s’est fait attendre très longtemps, jusqu’à la mi-avril. Lors de la première semaine, qui s’est terminée en fêtant Pâques à la cabane à sucre, la récolte a été de près de 300 litres. Au total, près de 150 arbres sont entaillés, dont une cinquantaine avec chaudières, alors que des réseaux de tubulure regroupant une dizaine d’arbres accumulent la sève dans de gros barils. La récolte se fait donc à pied, en transvidant la sève dans un gros baril installé sur un traîneau. Il faut compter près de deux heures pour faire le parcours en entier.

Puis, les nuits se sont réchauffées, et à peine 60 litres ont été récoltés la semaine suivante et c’est finalement à la première semaine de mai qu’ils ont fait les meilleures récoltes, avec souvent plus de 100 litres en une journée.

Ça bouille dans la micro-érablière de la Pointe Saint-Méthode, à Saint-Félcien.

La fin de semaine venue, les acériculteurs se regroupaient à la cabane pour bouillir, une activité qui dure près de six heures. Un bon prétexte pour inviter les amis et les voisins à socialiser. Certains voisins qui participaient aux parties de sucre avec Marcel Potvin étaient particulièrement heureux de voir cette tradition ravivée, partageant au passage les journées arrosées de gin !

Créer des liens avec le milieu était d’ailleurs une des prémisses du projet, remarque Guillaume Maziade, qui s’est réjoui de voir autant de gens participer à la partie de sucre organisée dimanche dernier, le 5 mai !

Au bout du compte, les acériculteurs auront produit une vingtaine de litres de sirop… mais surtout des sourires béats dans les visages des enfants et des voisins qui sont venus déguster de la tire hyperlocale. Une opportunité unique… surtout dans le Nord du Lac.