La responsable des bénévoles de l’organisme Les Petits Frères, Magaly Cadrin. s’était habillée en mère Noël pour l’occasion. Un père Noël a aussi distribué des cadeaux aux aînés.

Du réconfort pour les aînés

L’octogénaire Alberta Dion a déjà habité dans une résidence pour personnes âgées, mais elle loge maintenant chez sa nièce, elle-même assez âgée, avec sa soeur. La cohabitation se passe plus ou moins bien. Celle qui a travaillé comme bouchère, seule à travers les hommes, a toujours été considérée comme le « mouton noir » dans sa famille. Elle se trouve choyée d’avoir la bénévole Gabrielle Villeneuve de l’organisme Les Petits Frères de Saguenay pour la divertir, même le jour de Noël.

On dit que les Petits Frères sont là pour les personnes âgées seules, mais l’organisme peut être là pour tous les aînés qui n’ont pas de réseau social significatif. Un bénévole est jumelé à un « Vieil Ami », et il s’engage à le visiter au moins une fois toutes les deux semaines. Des activités spéciales sont organisées, comme le traditionnel dîner de Noël le 25 décembre.

C’est là que Le Quotidien a fait la connaissance de la paire féminine, lundi midi au restaurant Le Tremblay de l’hôtel La Saguenéenne. Une trentaine de convives étaient attablées, et l’ambiance était joyeuse. Le père Noël a fait son entrée, faisant bien rire les aînés. Responsable des bénévoles pour Saguenay et Québec, Magaly Cadrin était vêtue d’une longue robe rouge de mère Noël et distribuait des sourires autour des petits groupes. « On fait sentir aux gens qu’ils ont la grande famille des Petits Frères derrière eux. »

Une soixantaine de personnes âgées sont accompagnées par l’organisme à Saguenay. Celles qui ne pouvaient pas se déplacer ont eu droit à une visite plus tôt pour partager un moment chaleureux et recevoir un petit présent. Les couturières des ateliers La Ruche à Chicoutimi ont cousu de magnifiques taies d’oreillers qui ont pu être offertes aux Vieux Amis.

Quelqu’un à qui se fier

Alberta a encore sa voiture, une Oldsmobile de l’année 2001, très bien entretenue, mais c’est Gabrielle qui l’a conduite au restaurant en ce 25 décembre. Les yeux de Mme Dion sont malades, elle doit avoir des injections chaque mois. Elle va à ses rendez-vous pour l’oeil droit depuis 10 ans, et pour l’oeil gauche depuis un an. Mme Villeneuve l’accompagne et note toutes les sorties de sa Vieille Amie dans son agenda.

« C’est ma passion les voitures. J’ai encore la mienne, mais je vais devoir m’en séparer bientôt, ça me fait beaucoup de peine. Tout est en ordre. Dès qu’il y avait une pièce à changer, mon petit-neveu s’en occupait. Il est mécanicien. »

Alberta n’a jamais eu d’enfants. Elle s’est mariée, mais ça n’a pas duré. « Ce n’était pas fait pour moi, je suis partie. J’ai toujours été différente des autres dans ma famille. Vous pouvez deviner pourquoi, glisse-t-elle à la journaliste sans jamais nommer exactement ce à quoi elle fait référence. Dans ce temps-là, on n’en parlait pas. C’était péché, on allait en enfer ! Il faut s’accepter comme on est. »

Mme Dion a vécu une cinquantaine d’années à Montréal. C’est là qu’elle avait tous ses amis, mais ils sont maintenant décédés. Ça lui fait plaisir de passer du temps avec Mme Villeneuve. L’été, elles vont cueillir des fraises, des framboises, des bleuets...

« Je ne la changerais pas pour une autre ! assure Alberta Dion. J’ai déjà été bénévole aussi, pendant 20 ans. Je m’occupais des grands malades à l’hôpital et je leur organisais des bingos. J’ai reçu la médaille de la bénévole la plus dévouée parmi 150 personnes ! »

Gabrielle Villeneuve est aussi bien impliquée. Depuis 10 ans, elle fait partie des Petits Frères. Elle a déjà été jumelée à deux autres personnes avant Alberta et Jeanine, 89 ans. « Le problème, c’est qu’on les a avec nous seulement jusqu’à leur mort. Il faut les aimer, mais pas trop, car elles finissent par disparaître. Il faut alors passer à autre chose. C’est arrivé que je m’occupe des funérailles. Il n’y avait personne d’autre. »

Les Petits Frères de Saguenay sont toujours à la recherche de bénévoles, que ce soit pour visiter les aînés ou participer aux comités d’organisation.

Alberta Dion et Gabrielle Villeneuve ont été jumelées par l’organisme, et elles sont bien contentes de passer du temps ensemble.

Dure réduction du transport adapté

Le service de transport adapté de la Société de transport de Saguenay est réduit pendant la période des Fêtes, ce qui a compliqué l’organisation des déplacements de l’organisme Les Petits Frères.

Aucun transport n’était possible le 25 décembre, et ce sera la même chose le 1er janvier.

«On a trouvé ça difficile, exprime la responsable des bénévoles, Magaly Cadrin. On ne savait pas que c’était fermé pour notre dîner, il a fallu trouver autre chose à la dernière minute. Il y a un taxi adapté qui s’est rendu disponible, mais c’est dépendant des besoins. S’il y avait eu beaucoup de demandes, il y aurait eu moins de disponibilités et ça aurait pénalisé nos aînés en fauteuil, qui sont déjà défavorisés en n’ayant plus l’usage de leurs jambes.»

Cette difficulté a aussi marqué la bénévole Francine Gagné, qui fait partie du comité organisateur des activités pour l’organisme. «Je ne trouve pas ça normal qu’il n’y ait pas de transport adapté. Ça fait une sorte de discrimination, car ceux qui ont des contraintes de déplacement supplémentaires ne peuvent pas venir à notre dîner. Il y a un taxi adapté à Chicoutimi, mais pas à Jonquière. Ça veut dire que si des personnes à mobilité réduite ont des occasions de sortir, qu’elles sont invitées par des amis, elles doivent rester chez elles.»

Mme Gagné donne de son temps depuis deux ans pour les Petits Frères. Elle envisage de faire des visites douceurs, c’est-à-dire d’aller voir des personnes aînées qui ne sont pas jumelées avec un bénévole. La cause la touche profondément.

«Parfois, on passe dans un corridor après le dîner, et on voit une personne en train de dormir dans son fauteuil roulant. Je ne sais pas le contexte, je ne connais pas les raisons, mais je me dis que ce serait sûrement plus confortable de faire une sieste dans son lit», croit-elle.

Son comité travaille pour quatre activités principales dans l’année. «Est-ce qu’il va falloir attendre jusqu’à Pâques pour la prochaine?», demande la Vieille Amie Denise Savard. Elle s’était mise toute belle pour le dîner. «Merci beaucoup, c’étai très chaleureux!»