Maxime Pitre, Louis Béchard, Frédérique Girard (native de Jonquière) et Arnaud Divialle s'envoleront au Madagascar au début juin.

Du génie saguenéen sur l'île de Madagascar

Mettre leur savoir et leur expertise québécoise au service d'une communauté dans le besoin, c'est ce qui motive l'ingénieure civile junior Frédérique Girard, native de Jonquière, et ses trois coéquipiers à partir trois mois en juin sur l'île de Madagascar, où leurs connaissances et leurs habitudes seront mises à rude épreuve.
Les villageois ont une technique spéciale pour fabriquer des briques à la main et les sécher au soleil. Ils seront engagés et payés par l'équipe d'Ingénieurs sans frontières Québec pour la construction de latrines et de salles de classe dans le village.
L'étudiant à la maîtrise en environnement à l'Université de Sherbrooke Louis Béchard, le professionnel en ingénierie Arnaud Divialle et le finissant en génie de la construction à l'École de technologie supérieure Maxime Pitre complètent le quatuor soutenu par Ingénieurs sans frontières Québec (ISFQ) pour le projet Miara Miasa. L'expression signifie d'ailleurs « coopérer » en malgache. Ils se rendront dans le village d'Ambatofotsy pour construire des latrines et une école secondaire, ainsi que pour donner des formations aux quelque 4000 villageois africains.
Les jeunes coopérants internationaux seront accueillis par les Soeurs missionnaires de l'Immaculée-Conception, une communauté religieuse québécoise qui enseigne le français et des techniques agricoles dans le pays depuis 60 ans. Ce sont elles qui ont contacté ISFQ, avec une « longue » liste de projets pouvant améliorer la vie des habitants dans leur coin.
« Il n'y a pas d'accès à l'eau courante ni à l'électricité, et l'école secondaire la plus proche est à quatre heures de marche. C'est assez précaire et nous allons sûrement vivre un gros choc culturel », avoue Frédérique Girard.
Son équipe avait aussi prévu de forer un puits alimenté à l'énergie solaire, puisque les quelques puits manuels de surface déjà accessibles dans le village offrent une eau de mauvaise qualité après un pompage très long. Cette construction est cependant reportée à une prochaine phase, puisque leur budget a été restreint. Il est maintenant de 32 000 $ et il reste encore environ 8000 $ à amasser.
« Nous avons décidé dans un premier temps de nous concentrer sur l'éducation et la salubrité. Nous allons aussi donner des ateliers pour partager nos méthodes de construction, enseigner comment entretenir les installations et sensibiliser les jeunes à l'importance de l'eau potable et de l'éducation. Le but est d'assurer la pérennité du projet une fois que nous serons partis », explique Frédérique Girard.
Deux latrines et deux salles de classe pour les élèves de 12 à 14 ans devraient être construites, avec de la main-d'oeuvre locale, pour améliorer les conditions d'hygiène et accroître le niveau d'éducation et de développement dans ce village. Celui-ci compte seulement cinq latrines et une école primaire actuellement. Madagascar fait d'ailleurs partie des 10 pays les plus pauvres dans le monde.
Il est possible de suivre l'expérience du quatuor sur la page Facebook ISFQ Projet Miara-Miasa et d'accorder son soutien financier sur la plateforme de financement Ulule au https ://fr.ulule.com/isfquebec/, une formule qui offre plusieurs avantages aux donateurs du domaine de l'ingénierie.
Les Soeurs missionnaires de l'Immaculée-Conception sont une congrégation québécoise implantée depuis 60 ans au Madagascar. Elles accueilleront les jeunes coopérants internationaux.
Pas les mêmes normes
Entre exercer la profession d'ingénieur au Québec et mettre à profit ce bagage dans un pays en voie de développement comme le Madagascar, il y a un monde de différences.
« Ici, nous avons beaucoup de contraintes et de normes, et là-bas, c'est zéro et une barre », résume l'ingénieure junior Frédérique Girard.
Par exemple, celle qui est diplômée de l'École de technologie supérieure de Montréal doit se conformer à la Loi sur les ingénieurs, être membre de l'Ordre des ingénieurs du Québec et suivre le Code de la construction dans le cadre de son travail, pour ne nommer que ces règles.
« Je suis employée par un entrepreneur en construction, ce qui signifie beaucoup d'exigences en termes de productivité. J'avais envie de donner un côté plus humain à mon travail, d'améliorer la vie de gens qui en ont vraiment besoin. Après ce projet avec Ingénieurs sans frontières, je voudrais peut-être donner une nouvelle orientation à ma carrière avec la coopération internationale », confie la jeune femme originaire de Saguenay, qui vit maintenant à Montréal.
Cette dernière accorde déjà entre 10 et 20 heures de son temps par semaine à la planification du projet, et devra ensuite rédiger plusieurs documents à son retour. « C'est une implication étendue sur un an, indique-t-elle. Pour les étudiants à l'université, c'est vraiment intéressant parce que ça peut compter comme un stage dans leurs parcours. »
Ingénieurs sans frontières Québec viendra d'ailleurs rencontrer les étudiants de l'Université du Québec à Chicoutimi dans le cadre d'une tournée d'information et de recrutement à l'automne prochain.
Bien que les coopérants internationaux ont beaucoup d'expertise à partager avec les communautés locales, Frédérique Girard s'attend à repartir avec autant, sinon plus, de leçons enrichissantes données par les Malgaches.
« Ça va être vraiment intéressant de voir comment ils se débrouillent avec les moyens du bord. Par exemple, ils ont une technique assez particulière pour fabriquer des briques à la main, séchées au soleil. Par-dessus tout, ils ont une notion du temps très différente. Je crois que ça va beaucoup nous apporter personnellement de ne pas travailler à la vitesse grand V comme au Québec, d'apprendre le lâcher-prise. »