Le propriétaire de la Ferme des Érables de Saint-Nazaire, Stéphane Côté, évalue ses besoins en foin à environ 100 000$.

Du foin pour deux semaines

Le propriétaire de la Ferme des Érables de Saint-Nazaire, Stéphane Côté, se retrouve devant un problème qui pourrait avoir de graves conséquences sur son entreprise ainsi que son cheptel. Il prévoit se retrouver à court de nourriture dans ses champs pour ses vaches d’ici deux semaines et anticipe une perte de 100 000 $, s’il devait acheter le foin manquant.

Stéphane Côté, qui travaille à la ferme en compagnie de son père et de son fils, a peu de solutions. La vente d’une partie du troupeau fait partie des options analysées. Toutefois, cela n’est pas envisageable à court terme. « Je ne peux pas vendre de bêtes avant le mois d’octobre. Les veaux sont encore trop jeunes pour être séparés de leur mère. Je dois attendre la période de sevrage avant toute possible vente », explique celui qui opère une ferme de bovins de boucherie de 150 vaches et presque autant de veaux.

La Ferme des Érables s’attend à manquer de foin dans environ deux semaines.

Habituellement, les bêtes de la Ferme des Érables se nourrissent exclusivement du foin disponible dans les champs, de juin à octobre. Cet été, la situation sera bien différente alors que Stéphane Côté s’attend à se retrouver à court de foin d’ici deux semaines. Ainsi, le producteur sera dans l’obligation de nourrir les bêtes dès le mois d’août, plutôt qu’en octobre. Le portrait est tout aussi peu reluisant pour le fourrage engrangé. M. Côté explique qu’il doit encaisser un manque de 350 balles de foin, ce qui représente de 40 à 50 % de sa production. Ainsi, les réserves d’octobre à juin ne seront pas suffisantes.

Déjà, la surenchère des balles de foin se fait sentir. « Le prix a triplé et même plus, passant d’un prix de vente d’environ 25 $ à environ 80 $. Du foin pourrait être acheté dans l’Ouest canadien ou aux États-Unis. Toutefois, un coût de transport élevé est anticipé par les producteurs de la région. »

Stéphane Côté est d’avis qu’un portrait plus juste de l’aide financière provenant de la Financière agricole du Québec et du gouvernement du Québec permettra aux agriculteurs de prendre des décisions plus éclairées.

D’ici là, le propriétaire de la Ferme des Érables de Saint-Nazaire a amorcé un calcul des pertes financières. En date d’aujourd’hui, l’achat de foin représenterait une somme d’environ 100 000 $ amputée du chiffre d’affaires.

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UNE SÉCHERESSE QUI A DE LOURDS IMPACTS

L’« urgence foin » est décrétée au Lac-Saint-Jean alors que la sécheresse des dernières semaines fait craindre le pire aux producteurs laitiers et animaliers. Le président de la Fédération régionale de l’Union des producteurs agricoles (UPA), Mario Théberge, réclame une aide d’urgence en plus d’une rencontre avec le premier ministre du Québec, Philippe Couillard. 

Sans une aide spéciale immédiate provenant du gouvernement, les décisions de plusieurs producteurs pourraient être irréversibles. 

« Les signaux sont très, très critiques. Des producteurs devront liquider leur cheptel. Dans certains cas, il manque la moitié du foin nécessaire », confie Mario Théberge. 

La morosité est présente dans les champs, et ce, depuis plusieurs semaines. « Les producteurs sont à ‘‘boutte’’. Ils ne savent pas quoi faire. Dans trois semaines, il n’y aura plus de foin, et les granges seront vides. À l’UPA, on peut les aider, mais on n’imprime pas d’argent », explique celui qui est en contact avec plusieurs membres. Certains lui auraient même confié ne pas dormir depuis trois semaines, étant trop préoccupés par la situation. 

Alors que la grêle s’est abattue sur le Lac-Saint-Jean au même moment à l’été 2017, les conditions actuelles sont aussi exceptionnelles. 

M. Théberge, qui est dans le domaine depuis 40 ans, assure n’avoir jamais rien vu de tel. 

Possibles solutions

Le Saguenay–Lac-Saint-Jean n’est pas la seule région du Québec qui est incommodée. Des situations semblables seraient vécues en Montérégie, en Maurice et au Bas-Saint-Laurent. Ainsi, le foin convoité par les producteurs d’ici sera rare et se retrouvera plus loin. L’UPA envisage un regroupement pour de l’achat de foin en dehors de la région. Le danger, avec une telle pratique, est de tomber dans la surenchère, ce que souhaite éviter l’UPA. 

Outre l’aide financière, Mario Théberge réclame une rencontre avec le premier ministre, qui se retrouve justement à être le député de sa circonscription. « On veut un signal clair que l’agriculture, c’est encore important aux yeux du gouvernement, ajoute celui qui a vu la rencontre avec Philippe Couillard, prévue la semaine dernière, être annulée sans toutefois obtenir une autre date. On espère une écoute attentive et rapide. »

Les producteurs du Lac-Saint-Jean sont les plus touchés, alors que cette portion de la région a reçu moins d’eau que le Saguenay. Selon la directrice générale de la Fédération régionale de l’UPA, Lise Tremblay, ce sont près de 300 producteurs laitiers qui sont touchés. La situation est également problématique pour les producteurs bovins qui se retrouvent devant peu de solutions. La deuxième coupe, qui est habituellement engrangée, se retrouve à être donnée aux animaux. « C’est vraiment alarmant », conclut-elle. 

De son côté, la Financière agricole du Québec assure suivre de très près l’état des cultures à l’échelle de la province.

Selon les informations fournies, 735 avis de dommages relatifs à la sécheresse ont été enregistrés depuis le début de l’année, comparativement à une moyenne de 127 au courant des cinq dernières années. 

Les données de la première fauche de foin sont en cours d’analyse. La Financière agricole serait ainsi en mesure de verser une avance dans les cas nécessaires dès le mois d’août. « Nous sommes préoccupés par la situation qui affecte les producteurs agricoles du Québec. Comme à l’habitude, le personnel de la Financière agricole s’est mis en action rapidement pour répondre à la demande et appuyer notre clientèle dans leurs réclamations. Nous réagirons avec diligence et avec toute la flexibilité que nous permettent nos programmes afin d’intervenir adéquatement », déclare Ernest Desrosiers, président-directeur général de la Financière agricole du Québec. De son côté, Mario Théberge reste prudent quant à cette mesure. « Quand on a des réclamations avec la Financière agricole, on n’a jamais les mêmes calculs. »