Des jeunes hommes âgés dans la fin vingtaine et dans le début de la trentaine ont affirmé qu’ils consommaient du Cialis pour mieux performer au lit.

Du Cialis ou du Viagra... dans la vingtaine

Alors que le Viagra et le Cialis sont normalement associés au traitement de l’impuissance, voilà que certains jeunes hommes, pourtant en parfaite santé, utilisent ces comprimés pour augmenter leurs performances sexuelles. Un phénomène connu de plusieurs, mais qui n’est pas sans danger.

« Oui, j’en prends. Je n’ai pas vraiment de problème, mais c’est pour être encore plus performant », admet Rémi (nom fictif), un homme de 29 ans sans problème érectile connu. Il n’est pas le seul dans son milieu de travail à avoir recours à la « petite pilule miracle ». Qu’elle soit bleue ou verte, ces jeunes hommes en avalent simplement pour pimenter leur vie sexuelle.

« Certains vont le combiner à d’autres drogues ou ils vont simplement en prendre pour être plus hot au lit. La première fois que j’en ai entendu parler, c’était un gars qui faisait des stéroïdes et qui prenait du Cialis avec ça. Mais maintenant, plusieurs jeunes hommes en prennent sans consommer de stéroïdes. Juste pour le fun ou pour accompagner une autre drogue », explique un autre, âgé de la trentaine. Ces deux jeunes hommes ont accepté de répondre aux questions de la journaliste du Progrès, de façon anonyme. Parce que la consommation de ce genre de médicaments, sans ordonnance, est bien entendu illégale.

D’ailleurs, comment ces jeunes hommes se procurent-ils leur Cialis ou leur Viagra ? « Sur Internet, c’est vraiment facile », admet Rémi. « Et ce n’est vraiment pas cher. On parle d’environ 70 $ pour une cinquantaine de comprimés », ajoute son collègue de travail. Ceux qui consomment ce genre de médicaments sous ordonnance savent que les coûts sont généralement beaucoup plus élevés que ça. En pharmacie, une seule pilule de Viagra coûte environ 20 $.

Un phénomène inquiétant

Selon la sexologue Myriam Bouchard, cette mode n’est pas nouvelle. Mais elle n’en est pas moins inquiétante. « Généralement, ces jeunes hommes n’utilisent pas le Cialis ou le Viagra comme une drogue, mais plutôt en accompagnement d’une autre substance. Par exemple, si tu consommes de la cocaïne ou de la méthamphétamine, ton cerveau fonctionne à plein régime. Ton corps devient comme une machine, mais ça ne veut pas dire que toutes les parties fonctionnent aussi fort. Tu te crois super puissant, mais ça se peut que le pénis et l’érection ne suivent pas comme tu le voulais. Alors tu t’aides un peu, en prenant une pilule de plus », explique la sexologue, au fait de ce problème depuis quelques années.

« Le pire, c’est que ces hommes sont en parfaite santé. Mais utiliser ce genre de médicaments peut avoir des dommages collatéraux et des risques à long terme. Par exemple, ça peut jouer sur la confiance d’un homme qui performe mieux avec une pilule. Lorsqu’il n’en prendra pas, ce sera peut-être plus difficile pour lui en raison de son manque de confiance », ajoute Myriam Bouchard.

La sexologue explique que ce genre de médicament est aussi combiné à la consommation d’alcool ou de cannabis. « La cocaïne est un stimulant, alors que l’alcool ou le cannabis sont des dépresseurs. La consommation de dépresseurs ne fait pas toujours bon ménage avec l’érection, alors certains vont se donner un coup de pouce », note la professionnelle de la santé, qui confirme que s’en procurer n’est pas sorcier.

En effet, les deux consommateurs interrogés ont montré à la journaliste du Progrès que commander ce genre de produits via le Web est un jeu d’enfants.

« Il y a un marché pour ça. Je sais que certains hommes qui ont une prescription en vendent sur le marché noir », a ajouté la sexologue Myriam Bouchard.

Ce genre de médicaments est facilement accessible sur le Web.

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JOUER AVEC LA SANTÉ PÉNIENNE

«Consommer de la médication achetée sur Internet, disons que ce n’est vraiment pas recommandé.» Un urologue retraité de Saguenay a accepté de répondre aux questions du Progrès, concernant la consommation de Cialis et de Viagra non prescrit par un professionnel de la santé. 

D’entrée de jeu, l’urologue récemment retraité était au fait de la consommation de ce genre de médicament chez certains jeunes hommes. 

«Oui, j’en ai vu dans ma pratique. Disons que ce n’est vraiment pas la chose idéale à faire. Et, personnellement, jamais je n’achèterais des médicaments sur Internet. Ça peut être très dangereux, puisqu’on ne connaît pas les proportions dans chaque pilule», a expliqué celui qui a pratiqué l’urologie durant plusieurs décennies à Chicoutimi. 

Ce dernier a aussi été surpris d’apprendre le prix de ce genre de médicaments sur le marché noir, comparativement à celui en pharmacie. «C’est vrai que c’est pas mal gratuit. Mais il ne doit certainement pas avoir les mêmes forces et les mêmes effets», souligne-t-il.

Consommer ce genre de médicaments sans l’avis d’un professionnel peut causer des effets secondaires indésirables, surtout s’ils sont combinés à des drogues ou à l’alcool. «Vous savez, initialement, ce genre de médicament qui entraîne une hypervascularisation avait été inventé pour améliorer la fonction cardiaque. On s’est aperçu qu’il produisait aussi de bonnes érections durables. On a donc commercialisé ce produit pour traiter les problèmes érectiles. Ces médicaments améliorent donc la circulation sanguine, mais si on en prend sans avis médical, ils peuvent aussi engendrer des problèmes cardiaques. Par exemple, si la personne a des problèmes de tension artérielle et consomme des médicaments qui provoquent une hypervascularisation, ça peut entraîner des chutes de pression importantes», souligne l’urologue. 

D’autres effets secondaires moins graves peuvent être ressentis, comme des étourdissements, des nausées et des maux de tête.

Priapisme

Le priapisme est une situation pénible et dangereuse durant laquelle le pénis, après l’érection, ne retrouve pas sa flaccidité normale au bout de quatre heures, même en l’absence de toute stimulation physique ou psychologique. 

«Ce genre de situation est très rare, mais elle est aussi grave. Il faut dans ce cas procéder à une intervention. Et une dysfonction érectile peut être permanente», a ajouté le médecin. 

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DES SUBSTANCES CONTREFAITES

Au Centre de réadaptation en dépendance (CRD) du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux, la prise de Cialis ou de Viagra chez les jeunes hommes est connue, mais jugée marginale. «Les patients du CRD sont davantage traités pour des dépendances à des drogues plus connues, mais la médecin du CRD a affirmé qu’il était très dangereux de consommer des substances achetées sur Internet, puisqu’il s’agit souvent de médicaments contrefaits. Dans le cas du Cialis, ça peut entraîner des chutes de pression et même la mort», a affirmé la relationniste du CIUSSS, Joëlle Savard.

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18 000 PILULES À L'HEURE

En 2014, une importante saisie de Cialis et de Viagra contrefaits avait été menée par les enquêteurs du Module de lutte aux drogues de synthèse de Montréal. Deux contrebandiers de faux comprimés, qui auraient exploité un laboratoire clandestin pouvant produire 18 000 pilules à l’heure, avaient été épinglés. C’est l’importation d’une presse à comprimés à l’aéroport de Mirabel qui avait inquiété les agents de l’Agence des services frontaliers du Canada. La Sûreté du Québec avait été contactée.