Daniel Gobeil est premier vice-président national du Syndicat des producteurs de lait.

Du champ à la table

Plus le temps passe et plus les Québécois s’éloignent de l’époque où la population était majoritairement établie à la campagne. Il est donc devenu essentiel pour les producteurs de démystifier la provenance des aliments, surtout quand il s’agit d’un produit aussi important dans la vie de tous les jours que le lait.

C’est un peu l’exercice auquel le Baieriverain Daniel Gobeil se pliera le 10 février, à Montréal, alors qu’il participera à la journée portes ouvertes de la prestigieuse Institut de tourisme et d’hôtellerie du Québec. L’événement attire chaque année de 4000 à 5000 visiteurs désireux d’en apprendre un peu plus sur l’art de la table.

« C’est une belle occasion de rencontrer la population. L’agriculture n’est pas toujours simple pour le commun des mortels et nous devons expliquer ce que nous faisons pour amener un produit sur la table », explique celui qui occupe le poste de premier vice-président national du Syndicat des producteurs de lait.

Lors de cet événement, les visiteurs auront droit à une série de conférences avec les producteurs agricoles, les représentants de l’industrie de la transformation, ainsi que les chefs cuisiniers qui mettent quotidiennement en valeur cette production. Ce sont différentes étapes du champ à la table qui représentent un défi à une époque ou tout est remis en question.

« Il est vraiment important de réussir à démystifier les produits laitiers, la façon dont ça se fait aujourd’hui et comment notre système fonctionne au Québec (Canada), avec les systèmes de gestion de l’offre dont il est souvent question en ce moment avec les négociations de l’ALÉNA. »

Daniel Gobeil est bien au fait de la campagne menée par l’Institut économique de Montréal (IEM), qui préconise l’abolition du système de gestion de l’offre. Une telle décision ouvrirait le marché du lait frais du Canada aux producteurs américains, alors que le cadre de production est complètement différent.

« Au Canada, nous avons un système de gestion de l’offre qui assure au producteur laitier un prix fixé en fonction de deux critères. Nous avons aussi des marchés pour le lait frais avec des règles pour les produits transformés (poudre de lait, beurre et yogourt). Les producteurs laitiers canadiens n’ont aucune aide financière des gouvernements pour tout ce qui concerne la production (bâtiments, équipements de production, animaux) », insiste l’agriculteur.

Les producteurs laitiers américains évoluent dans un autre système encadré par le Farm Bill : « Il peut y avoir une différence de prix du côté américain pour le litre de lait ou le beurre. Il faut être prudent quand ont émet cette hypothèse. Mais en même temps, on doit considérer que les agriculteurs américains reçoivent de généreuses subventions de leur gouvernement. Le consommateur a une économie à l’achat, mais doit quand même payer avec ses impôts cette économie. »

Daniel Gobeil note une certaine inquiétude chez ses collègues agriculteurs avec les négociations de l’ALÉNA. L’entente intervenue sur l’importation du fromage européen avec l’ajout du partenariat Asie-Pacifique où le gouvernement a accordé une ouverture de 3,5 % du marché canadien aux productions agricoles, les producteurs de lait voient leur vente canadienne diminuer de 250 M $.

Daniel Gobeil ne serait pas étonné si le gouvernement canadien, dans le cadre de l’ALÉNA, accordait aux producteurs américains le même accès au marché canadien. Chaque ouverture de marché se traduit automatiquement par une baisse globale des ventes de lait produit au Canada.

Ces perturbations se produisent à un moment où les prix offerts aux producteurs du côté canadien stagnent quand ils ne diminuent pas. L’augmentation de la capacité de production des fermes avec les nouveaux équipements provoque une diminution des coûts de production, donc une réduction du prix offert à la ferme. La Commission canadienne du lait tient compte du coût de production pour fixer le prix offert à la ferme.