Le ministre canadien de la Défense, Harjit Sajjan

Drones armés: Bagotville a des atouts

On ne sait pas encore où sera installé l'escadron de drones armés que veut acquérir la Défense nationale. Mais selon le ministre de la Défense Harjit Singh Sajjan, Bagotville a plusieurs atouts dans sa manche.
Le ministre de la Défense nationale Harjit Sajjan (à droite) a également visité le Centre d'excellence des drones d'Alma avec le maire de la ville Marc Asselin.
Invité par le député fédéral Denis Lemieux pour assister au Spectacle aérien international de Bagotville, samedi, le lieutenant-colonel à la retraite s'est dit impressionné. Ce n'était pas son premier spectacle du genre, puisque dans sa Colombie-Britannique natale, c'est là, qu'étant enfant, il a eu le goût de joindre les Forces armées canadiennes. C'est plutôt l'accueil du public qui l'a conquis.
« Ce que je vois aujourd'hui confirme l'impression que j'ai eue lors de ma première visite dans votre région (lors du caucus libéral en 2015). C'est l'appui que la population régionale donne à sa base militaire », a mentionné le ministre. Selon ce dernier, il s'agit d'un critère non négligeable quand vient le temps de prendre une décision politique.
Évidemment, l'état-major devra faire ses devoirs et faire ses recommandations au politique. Comme l'explique M. Sajjan, les deux entités travaillent en parallèle pour finir par se rejoindre lors de la prise de décision finale. Mais du côté politique, certains facteurs seront pris en compte, comme l'industrie présente, le savoir-faire technologique et l'accueil de la communauté.
« Denis m'a familiarisé avec ce que vous faites déjà bien dans la région (après le spectacle, samedi, il est allé visiter le Centre d'excellence des drones à Alma) et on constate que votre population est prête à offrir son support puisque vous disposez déjà d'une zone de vol pour les drones ; c'est très important. Ça se présente très bien pour Bagotville », a confié le ministre, au cours d'une entrevue exclusive accordée au Quotidien.
Son secrétaire parlementaire, le député de Saint-Jean Jean Rioux, a renchéri en soulignant l'acharnement avec lequel Denis Lemieux défend ce dossier sur le plan politique, mais ajoute que l'acceptabilité sociale reste un atout très important.
D'ailleurs, après la visite du CED à Alma, le ministre Sajjan rencontrait les intervenants qui ont participé à la consultation de son ministère sur la nouvelle politique de défense du Canada annoncée il y a deux semaines.
« Le ministre tenait à les remercier personnellement, car la réponse de la population du Lac a été très forte », a indiqué le député Lemieux, qui voit en son ministre un allié précieux pour Bagotville.
« Le nouveau hangar en construction (50 M $) et le déménagement de la zone d'alerte, des projets de plusieurs dizaines de millions de dollars, ç'a été décidé quand M. Sajjan est venu au caucus à Chicoutimi », renchérit Denis Lemieux.
Le successeur du CF-18
Quant au successeur du CF-18, le ministre Sajjan, d'entrée de jeu, a souligné sa décision d'acheter 88 chasseurs au lieu des 65 prévus par le précédent gouvernement. « Compte tenu de nos besoins et de nos obligations, l'achat de 65 nouveaux avions de chasse était complètement ridicule. Et pour vous, c'est une bonne nouvelle, car cela signifie plus de pilotes, plus de techniciens, plus de personnel pour Bagotville », a analysé le ministre.
Harjit Sajjan ne peut dire quel type d'avion de chasse aura le Canada. Le gouvernement maintient le cap sur l'appel d'offres ouvert qui devra être fait d'ici cinq ans. Et en attendant, on compte toujours acquérir 18 CF-18 Super Hornet pour répondre aux obligations du Canada envers ses alliés.
Là-dessus, le ministre Sajjan affirme que l'acquisition des Super Hornet ne retardera pas l'arrivée des chasseurs de la prochaine génération. Le bogue, c'est le conflit entre Boeing et Bombardier, qui a refroidi les relations du Canada avec le constructeur américain du CF-18. D'ailleurs, a fait remarquer Denis Lemieux, Boeing n'était pas présent à Bagotville en fin de semaine. L'avion qui faisait la page de dos du programme est l'Eurofighter Typhoon, commanditaire du spectacle.
En attendant que les relations se réchauffent, peut-être avec l'intervention du gouvernement américain avec lequel le Canada fait affaire directement pour acquérir les Super Hornet, il reste dans les plans pour satisfaire temporairement aux besoins du Canada.
Quant au successeur lui-même, le ministre réaffirme que l'appel d'offres sera ouvert à tous, sans discrimination envers les constructeurs. Ceux-ci devront répondre aux spécifications déterminées par le Canada. À ce sujet, le pays n'a pas encore fait son lit sur les caractéristiques que devra avoir cet avion. Devra-t-il être furtif ou pas, un avion de quatrième ou cinquième génération ?
La décision n'est pas encore prise, dit le ministre Sajjan, car il faut bien analyser le rôle qu'il devra avoir dans un système de défense qui intègre des avions de différents pays alliés, les satellites, les troupes au sol et les navires en mer. Mais si on opte pour le furtif de cinquième génération, les constructeurs devront se conformer à cette exigence et c'est pourquoi le F-35 est toujours dans les possibilités.