Droits hydrauliques sur la Shipshaw: les engagements de Résolu sous la loupe

Laura Lévesque
Laura Lévesque
Le Quotidien
Est-ce que Produits forestiers Résolu (PFR) a bel et bien investi les centaines de millions $ promis dans la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean en échange de droits hydrauliques ? Et est-ce que l’entreprise pourra, malgré le contexte économique difficile, continuer d’investir en échange de l’utilisation de cette ressource ?

Les élus et les syndicats de travailleurs de la région se préparent à poser leurs questions, alors que s’ouvrent mardi, à Québec, les auditions publiques sur le projet de loi 50, concernant le nouveau bail d’allocation des forces hydrauliques de la rivière Shipshaw. Un bail de 10 ans qui entrera en vigueur en 2022 et qui oblige l’entreprise à investir 100 millions $ dans la région.

Mais avant de redonner le « contrôle de nos ressources », certains élus, dont Sylvain Gaudreault, député de Jonquière, veulent des preuves que l’entreprise a respecté ses engagements financiers. Selon la loi, celle qui encadrait l’ancien bail, l’entreprise devait investir 150 millions $ sur la même période. Mais il y avait également une entente-cadre, négocié avec le gouvernent en 2014, qui obligeait aussi PFR à investir 471 millions $ pour la centrale Jim-Gray et 400 millions $ pour les centrales Adam-Cunningham et Chute-aux-Galets.

« Il doit y avoir une meilleure reddition de compte. Dollar par dollar, est-ce qu’ils ont respecté leurs engagements ? Mon objectif est également qu’il y ait une augmentation de la contribution. On parle de 100 millions $, alors qu’avant c’était 150 millions $. On parle aussi d’attacher un plancher d’emploi à la loi. Ça prend un juste retour de nos ressources », plaide Sylvain Gaudreault, qui posera ses questions, mardi, lors des auditions.

Dans son mémoire déposé à l’Assemblée nationale, PFR assure avoir toujours respecté ses engagements financiers. « Au cours des dix dernières années, Résolu a investi des sommes de l’ordre de 672 M$ dans ses procédés et ses installations du Québec, et ce, alors que ses revenus enregistraient une chute de 38 % au cours de la même période », écrit l’entreprise.

Mais impossible de connaître les investissements exacts dans la région. « En 2018, des investissements majeurs ont été annoncés dans la région. Un plan d’investissement de 60 M$ touchant l’usine de pâte de Saint-Félicien, servant entre autres à réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) de 20 % et à améliorer la compétitivité de l’usine. Dans les installations de produits du bois de La Doré, des investissements de 13 M$ servent à moderniser les installations et faciliter les activités », peut-on lire dans le même document, dans le paragraphe dédié aux investissements dans la région.

L’entreprise insiste plutôt sur les retombées indirectes qu’elle génère sur le territoire, grâce à ses 18 installations et ses opérations forestières.

« Au-delà de nos investissements directs, l’ensemble de nos activités dans la région du Saguenay-─Lac-Saint-Jean représente des retombées économiques annuelles de plus de 600 M$ sous forme de salaires, taxes, coûts de l’énergie et autres. En bref, Résolu est un moteur économique pour le Saguenay-Lac-Saint-Jean, au même titre que le Saguenay-Lac-Saint-Jean est une région importante pour le succès de Résolu. »

Dans ce même mémoire, il est d’ailleurs possible d’apprendre que le gouvernement Couillard a reconnu l’achat de l’usine Fibrek, de Saint-Félicien, par PFR, comme un « investissement structurant » pour la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean, et a donc permis à l’entreprise de l’inclure dans ses investissements pour la région. « Nous confirmons que Produits forestiers Résolu a complété son obligation et atteint son objectif d’investissement structurant de 150 millions de dollars en valeur de 2002 », signe une sous-ministre de l’époque dans une lettre envoyée à la compagnie.

La MRC du Fjord et la municipalité de Saint-David-de-Falardeau ont également déposé un mémoire en vue des auditions. Les élus exigent notamment que les investissements visés de 100 millions $ dans le projet de loi soient réalisés pendant la période du bail, soit de 2022 à 2032, et non à partir de 2018 comme il est prévu au départ dans le projet de loi. « Comme des investissements importants auraient déjà été réalisés par PFR depuis le 1er avril 2018, les investissements structurants requis dans le projet de loi sont en réalité plus faibles que ne laissent paraître les modalités du projet de loi », pointe la MRC et la municipalité, ajoutant que les investissements requis de 100 millions $ représentant une « somme réaliste sans être contraignante pour l’entreprise », en comparaison aux centaines de millions $ prévus lors de la dernière période de bail.