La présidente d’honneur de la Semaine de sensibilisation au problème de la douleur persistante, Josée Desgagné (à gauche), a invité Judith Gravel, Adam Bordealeau, Marie-Dominique Poirier, Yves Levasseur et Hélène Dufour à livrer un témoignage lors d’une conférence de presse tenue jeudi à l’hôpital de Jonquière.

Douleur persistante: briser les tabous

Au Saguenay-Lac-Saint-Jean, plus de 50 000 personnes, soit un peu plus de 20 pour cent de la population, vivent avec de la douleur persistante. Parmi elles, plusieurs souffrent en silence et se sentent isolées. L’Association de soutien et d’information face à la douleur veut leur tendre la main et entend profiter de la Semaine régionale de sensibilisation, du 4 au 9 novembre, pour le faire.

Comme l’explique Marie-Dominique Poirier, qui a livré un témoignage bien senti lors d’une conférence de presse tenue jeudi, à l’hôpital de Jonquière, il existe encore beaucoup de tabous entourant la douleur persistante, longtemps appelée douleur chronique.

« Il y a une différence entre la douleur aiguë et la douleur persistante. Les gens qui souffrent de douleur persistante ont mal tout le temps. C’est encore difficile de briser ces tabous », note la professeure de musique à temps partiel, qui a rappelé que les gens souffrants ne sont pas toujours pris au sérieux.

Autour de la table, jeudi, se trouvaient cinq personnes de divers groupes d’âge, toutes venues témoigner du fait que la douleur persistante, ça ne touche pas que les aînés ou les personnes en fin de vie. Il s’agit, en fait, d’une condition qui affecte toute la population.

« Certains jours, j’avais l’impression que j’étais sur une voie de garage, que la vie passait autour de moi à toute vitesse, mais que je faisais du surplace. Avec le temps, j’ai pu trouver la place qui me convient, avec mes forces et les limites que la douleur m’impose », a raconté Marie-Dominique Poirier, qui s’implique auprès de l’Association. Ce rôle l’a beaucoup aidée.

« Ça m’a pris sept ans, un suivi médical extraordinaire, l’arrivée de nouvelles technologies dans les traitements et le soutien indéfectible de ma famille et mes amis pour arriver à retrouver un équilibre de vie satisfaisant », a-t-elle poursuivi.

Le thème de la 10e édition est « Et si on pouvait rebondir ». « Rebondir, se refaire une vie, trouver un sens à la vie devient un but, une nécessité. Le soutien et la compréhension des pairs et l’implication bénévole changent des vies », a mis en relief la présidente d’honneur, Josée Desgagné. Rebondir, c’est exactement ce qu’ont fait, chacun à leur manière, Hélène Dufour, Yves Lechasseur, Adam Bordeleau et Judith Gravel.

« J’avais 11 ans quand j’ai commencé à faire de l’arthrite juvénile et les médecins m’ont fait savoir que je devrais vivre avec cette condition pendant le reste de ma vie. Malgré tout, j’ai pu étudier comme thérapeute en réadaptation physique et j’ai travaillé 18 ans à temps partiel », a raconté Hélène Dufour.

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TÉMOIGNAGES

La douleur a fait basculer la vie d’Yves Levasseur.

« Pour moi, le travail, c’était valorisant. J’étais sur mon X. Et voilà, incapable de reprendre le travail ni aucun travail. C’est vite dit. Ça ne prend qu’une phrase : “je ne travaillerai plus jamais” », a-t-il résumé. Yves Levasseur s’est trouvé une passion : la photographie. Ce passe-temps lui a donné des ailes.

Avec beaucoup d’émotion, Judith Gravel, qui a subi un grave accident à l’âge de 37 ans, a confié que la douleur persistante l’a entraînée vers une dépression profonde. 

« Aujourd’hui, ma vie n’est plus ce qu’elle était. Elle est maintenant différente. Je n’ai pas moins mal, mais j’ai apprivoisé la douleur en respectant les limites qu’elle m’impose », a confié la dame. 

Adam Bordeleau a lui aussi vécu des moments difficiles et d’intenses remises en question. L’Association et l’arrivée de son fils l’ont sauvé. 

« J’ai commencé à briser mon isolement, j’ai recommencé à bouger et je profite pleinement de mon nouveau rôle de père », a signifié celui qui vit avec une douleur « intense et continuelle » depuis six ans.

Dans le cadre de la Semaine régionale, une conférence sera présentée par la psychologue Annie Simard le 5 novembre à l’hôtel Le Montagnais de Chicoutimi et le 7 novembre au Météore de Dolbeau-Mistassini. Une soirée de lecture publique, qui se déroulera sous le thème « Raconte-moi ton histoire », est également au programme. Elle aura lieu le 8 novembre à 19 h à l’Atelier de musique de Jonquière.