Gilles Lapointe, directeur général du Cégep de Saint-Félicien, Guylaine Boivin, vice-présidente du conseil d’administration du Cégep, Philippe Couillard, député de Roberval, et Clifford Moar, chef du conseil de bande de Mashteuiatsh, ont procédé à l’annonce.

Donner la pleine valeur aux fourrures nordiques

Pour en finir avec le gaspillage et positionner les fourrures nordiques sur le marché mondial, un nouveau Centre collégial de transfert technologique (CCTT), Écofaune boréal, voit le jour au Cégep de Saint-Félicien.

C’est le premier ministre Philippe Couillard qui a fait l’annonce du premier CCTT à s’implanter au Cégep de Saint-Félicien, en soulignant l’importance de l’innovation et du partenariat avec les communautés autochtones dans le projet. « Pour les Premières Nations, c’est un projet qui permettra d’améliorer la qualité de vie et la reprise de contact avec les méthodes anciennes », a souligné le député de Roberval, car en plus de faire de la recherche appliquée sur le développement durable et technologique, le CCTT aura aussi le mandat de plancher sur l’acquisition de pratiques sociales novatrices. 

Pour Clifford Moar, chef des Pekuakamiulnuatsh, la trappe fait partie de l’identité culturelle des Innus, et ce partenariat est une opportunité de travailler conjointement pour développer l’avenir des Premières Nations. « On veut prendre le savoir et l’adapter pour évoluer dans le temps », a-t-il déclaré, en soulignant l’importance de la forêt comme étant un garde-manger et une pharmacie pour sa nation. 

Mais comment l’industrie de la fourrure peut-elle vraiment évoluer ? « On doit valoriser tous les produits des animaux, en poussant les recherches sur l’apprêtage, la taxidermie et l’ostéologie », estime Mario Bilodeau, propriétaire de Bilodeau Canada, un des plus gros transformateurs de fourrure au Canada. L’entrepreneur, qui a déjà développé des savons et de la laine à partir des sous-produits de la fourrure, souhaite pousser le concept encore plus loin en créant davantage de valeur grâce au CCTT, pour toute l’industrie, et ainsi créer plus de retombées dans les communautés rurales et autochtones.

Il aimerait, par exemple, mettre en valeur la viande de bois, une pratique interdite par le MAPAQ pour l’instant. De plus, il serait possible de mettre en valeur les peaux d’orignaux chassés en forêt, ajoute Bernard Naud, conseiller pédagogique au Cégep de Saint-Félicien, en faisant référence à une nouvelle technologie qui permet de séparer les couches des peaux pour en tirer la pleine valeur. Et ce n’est pas tout, car des projets sont aussi sur les planches pour trouver des débouchés pour les huiles et les graisses animales, en collaboration avec le laboratoire LASEVE, à l’UQAC.

Selon Gilles Lapointe, directeur général du Cégep de Saint-Félicien, le CCTT permettra de « mettre en œuvre une grappe industrielle intégrée, qui s’étend de la capture, en passant par la transformation à valeur ajoutée, jusqu’à la mise en marché de l’ensemble des produits dérivés. » Et pour contrer les activistes anti-fourrure, il est aussi prévu de mettre en place une certification spécifique à la fourrure écologique nordique, qui permettra de positionner les produits québécois avantageusement sur le marché mondial, ajoute ce dernier. « On oublie souvent que la fourrure est une matière renouvelable, qui est beaucoup plus écologique que les vêtements synthétiques faits à base de pétrole », ajoute Mario Bilodeau.

La combinaison des programmes d’études, du centre de recherche appliquée (CCTT) et de la participation des entreprises du milieu de la fourrure, laisse entrevoir un fort potentiel pour développer une formule « trial », estime Philippe Couillard. « La formation pourrait se faire à trois endroits, en entreprise, au cégep et dans le CCTT, pour participer à un projet de recherche pour bonifier sa formation », a-t-il dit. M. Couillard souhaite que cette formule soit mise en place le plus rapidement possible. 

Le CCTT Écofaune boréal bénéficiera d’un budget annuel de 230 000 $ pour ses trois premières années d’opération, lequel passera ensuite à 280 000 $.

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DES FORMATIONS SUR MESURE POUR LES COMMUNAUTÉS AUTOCHTONES

Au cours des derniers mois, le Cégep de Saint-Félicien a lancé deux attestations d’études collégiales qui devraient être offertes dans les communautés cries et inuites au cours des prochains mois. 

Depuis plus de 20 ans, l’institution travaille avec les communautés autochtones du Québec, souligne son directeur général, Gilles Lapointe. « Notre particularité est d’offrir des programmes délocalisés, dans les communautés », dit-il, en donnant en exemple les programmes d’éducation en garderie et d’infrastructures routières. 

Faisant suite aux recommandations du groupe de travail pour développer la filière des fourrures nordiques, créé lors du sommet économique régional, en 2015, le Cégep a lancé deux attestations d’études collégiales (AEC) qui pourront être offertes dans les communautés autochtones. Une AEC sur la valorisation de la fourrure nordique pourrait d’ailleurs être offerte à Kuujjuaq, dans le but de relancer la tannerie locale. « On projette de se doter d’un laboratoire mobile afin de se déplacer pour aller donner la formation, parce que c’est une formule gagnante », mentionne Gilles Lapointe. 

En réponse à une demande de la nation crie, le cégep a aussi développé une AEC sur mesure pour exercer la profession de gestionnaire de territoire cri, un programme qui devrait être offert au cours de la prochaine année. 

Avec l’annonce, faite en mai dernier, de l’implantation d’une Station d’enseignement et de recherche au 50e parallèle, officiellement reconnue comme un pôle régional en enseignement supérieur, Philippe Couillard croit que le cégep a une occasion extraordinaire pour innover.