Le poste de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) s'est faite discrètement vendredi matin, après 80 années d’opération dans la région.

Discrète fermeture de la GRC à Chicoutimi

Pas de cérémonie officielle, pas de descente du drapeau. La fermeture du poste de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) à Chicoutimi s’est faite en catimini avant même que les médias ne se pointent le bout du nez pour immortaliser le moment.

Selon les informations obtenues, les dirigeants de la police montée canadienne ont demandé aux retraités et au personnel du bureau de Chicoutimi de ne rien faire de particulier pour souligner la fin des activités de la GRC au Saguenay-Lac-Saint-Jean après plus de 80 années d’opération.

Il semble que la GRC a logé cette demande étant donné qu’elle ne mettait pas un terme aux activités à la grandeur du Québec.

Mais d’autres sources laissent voir que la sortie dans Le Quotidien de Michel Trudel, un ancien sergent maintenant à la retraite, avait froissé les autorités de la GRC, qui ont fait valoir qu’il ne devait y avoir aucune cérémonie.

Même le drapeau de la GRC, qui devait être descendu à 8 h 30, l’avait été à 8 h. La mairesse de Saguenay, Josée Néron, a tout de même tenu à se rendre sur les lieux afin de souligner ce triste événement.

« Les bureaux de la GRC étaient ici depuis 1934. Ils étaient auparavant dans le quartier Notre-Dame. À l’époque, la GRC achetait des maisons afin d’être près de la population. En 1989, ils ont fait construire cet édifice. Il y a déjà eu plus de 20 enquêteurs sur place.  »

« Au fil des années, on a vu le service diminuer d’année en année. Et là, on assiste à la fermeture complète du service. Un triste vendredi 13 pour la ville et la région », a mentionné Mme Néron. 

Même si elle comprend qu’il s’agit d’une décision administrative, la mairesse a écrit au premier ministre canadien, Justin Trudeau, afin de le sensibiliser au fait que les régions perdent encore des services de proximité. 

« C’est l’accumulation qui affaiblit les régions. C’est encore un service de proximité qui disparaît. Si on a besoin de la GRC, il faudra monter au moins jusqu’à Québec. Lorsque l’on dit que le service sera maintenu, je suis désolée, il ne sera pas maintenu », ajoute la mairesse.

L’ancien sergent de la GRC à Chicoutimi, Gilles Tremblay comprend la décision de l’organisation nationale pour la fermeture du poste de Chicoutimi.

« S’il n’y a plus d’ouvrage qui se faisait au niveau de la GRC, je ne vois pas pourquoi on garderait ouvert un détachement. Administrativement, je crois que c’est une bonne décision. Je ne sais pas s’il n’y avait plus assez de travail dans la région, car je suis à la retraite depuis 2008. Mais on lit les journaux et on ne voit pas souvent la GRC à la une du journal », de dire M. Gilles Tremblay.

«  Ça me fait un pincement au coeur malgré tout. J’ai travaillé 32 ans pour la GRC dans ma carrière un peu partout au Canada », ajoute-t-il.

La fermeture du détachement de Chicoutimi obligera cinq employés à être transférés dans un autre poste au Québec.

Au total, ce sont 16 policiers et trois employés civils qui doivent faire leurs bagages pour un autre détachement. 

Réorganisation

Les dirigeants de la GRC ont annoncé à la fin du mois de juin qu’ils mettaient un terme aux services des détachements de Chicoutimi, Saint-Jérôme, Rouyn-Noranda, Drummondville et Trois-Rivières pour des raisons de réorganisation et de restructuration des services.

« Cette restructuration ne se fait pas uniquement au Québec, mais aussi ailleurs au Canada. Nous essayons d’orienter la mobilisation de nos gens en fonction des mandats déterminés par la GRC pour le Québec », a commenté Geneviève Byrne, caporale au bureau des communications de la GRC pour le Québec.

« Les mandats touchent la lutte au terrorisme, la protection frontalière, le crime organisé et les crimes graves et économiques. Il faut bien savoir qu’en raison de la présence des policiers municipaux et de la Sûreté du Québec, nous n’offrons pas de services de proximité au Québec. Par contre, si ces corps policiers ont besoin de l’aide de la GRC, nous serons toujours là pour y répondre », ajoute Mme Byrne.

Maintenant, le bâtiment est devenu anonyme, sans aucune indication de l’organisation de la GRC. 

Le drapeau et l’enseigne ont rapidement disparu des lieux.

Terrain

Quant à savoir ce qui adviendra du terrain et de la bâtisse de la GRC sur la rue Newton, il est encore trop tôt pour savoir ce qui s’y passera.

« Nous ne sommes pas rendus là. Mais il faut savoir que le terrain et le bâtiment appartiennent au gouvernement du Canada et non à la GRC », précise Geneviève Byrne.

En raison de la proximité de cet espace avec l’Université du Québec à Chicoutimi, serait-il possible que ça puisse intéresser la maison d’enseignement ?

« Nous ne sommes pas là du tout. Il pourrait y avoir une opportunité à proximité, c’est vrai, mais il faut voir si nous avons des besoins. Actuellement, ce n’est pas le cas. Mais nous ne sommes pas fermés », précise Marie-Karlynn Laflamme, des relations publiques de l’UQAC.

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DES RÉPONSES EXIGÉES

Le député de Chicoutimi-Le Fjord, Richard Martel et son collègue Pierre Paul-Hus demandent à rencontrer le ministre Ralph Goodale afin de faire le point sur la fermeture des cinq détachements des bureaux de la Gendarmerie royale du Canada (GRC), dont le poste de Chicoutimi.

Membre du cabinet fantôme du Parti conservateur du Canada (PCC) et responsable de la Sécurité publique et de la Protection civile, Pierre Paul-Hus, en a fait l’annonce, vendredi matin.

« Nous exigeons des réponses à la suite de cette décision de fermer cinq postes de la GRC au Québec », lance le député de Charlesbourg-Haute-Saint-Charles.

M. Paul-Hus s’interroge sérieusement sur la décision des autorités de la Gendarmerie royale du Canada de fermer les bureaux de Chicoutimi, Saint-Jérôme, Drummondville, Trois-Rivières et Rouyn-Noranda.

« Les Canadiens sont en droit de savoir ce que font les libéraux pour assurer la sécurité de notre frontière, de nos communautés et de nos régions. C’est pourquoi, avec mon collègue Richard Martel, le député de Chicoutimi-Le Fjord, qui représente l’une des communautés qui va perdre son détachement, j’ai demandé à rencontrer le ministre de la Sécurité publique et de la Protection civile, Ralph Goodale, afin de discuter de ces fermetures et du travail de la GRC dans les régions du Québec », indique Pierre Paul-Hus, dans un communiqué de presse.

Le député de Charlesbourg-Haute-Saint-Charles estime que ces fermetures sont aussi attribuables au passage de nombreux migrants illégaux à la frontière sud du Canada.

« Depuis quelques mois, des milliers de migrants illégaux traversent la frontière sud du Canada à des endroits autres que des points d’entrée, créant une énorme pression sur les ressources de la GRC, en particulier au Québec. » 

« La responsabilité de cette crise revient entièrement à Justin Trudeau et aux libéraux. Il était irresponsable et imprudent d’écrire #BienvenueAuCanada sur Twitter à ceux qui veulent entrer au Canada de manière illégale. Pis encore, des communautés perdent maintenant leur détachement de la GRC, alors que les ressources sont réaffectées pour gérer cette crise », ajoute le député Pierre Paul-Hus.

Ce dernier se pose aussi d’autres questions sur les intentions du gouvernement de Justin Trudeau, notamment sur son objectif de lutte au terrorisme et au crime organisé.

« La GRC a aussi l’intention de redéployer des ressources pour la lutte contre le terrorisme et le crime organisé. Pourtant, dans le projet de loi C-75, les libéraux proposent d’assouplir les peines, ou même d’imposer seulement des amendes, pour des crimes graves liés au terrorisme et d’autres infractions dans lesquelles le crime organisé est impliqué. »

« Ces mesures et la fermeture de ces détachements sont inquiétantes pour les gens vivant dans les régions visées », poursuit le député Paul-Hus.

Lors de l’annonce, Richard Martel avait indiqué qu’il était difficile de s’immiscer dans une décision gouvernementale, mais espérait que les dossiers en cours connaissent leur conclusion.