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Devinci mise sur le « Fait au Québec »

Louis Tremblay
Louis Tremblay
Le Quotidien
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Cycles Devinci de Chicoutimi lance deux nouveaux vélos de montagne d’entrée de gamme « Faits au Québec » en plus de son vélo hivernal à gros pneus fatbike. Le moment est plutôt bien choisi puisque de plus en plus de Québécois portent une attention particulière à la provenance des produits qu’ils achètent, créant une vague inattendue d’achat local.

L’entreprise de Chicoutimi, qui fait partie des trois plus importants fabricants de vélo en Amérique du Nord, s’est engagée avant la pandémie dans une transformation du modèle d’affaires traditionnel de l’industrie, avec l’objectif de ramener au Québec la production qui est en ce moment confiée à la sous-traitance dans les pays d’Asie.

Le directeur du développement des affaires chez Devinci, David Régnier-Bourque, admet que Devinci était loin de s’attendre à ce qu’une pandémie puisse devenir un levier, comme c’est le cas en ce moment, avec un changement de comportement chez les consommateurs.

« Nous avions conservé au Saguenay la fabrication d’une petite quantité de cadres, principalement dans le très haut de gamme, car pour tout le volet recherche et développement de l’entreprise, pour cette catégorie, les marges sont plus importantes. Pour l’entrée de gamme, c’est-à-dire des vélos qui se vendent au détail à plus ou moins 1500 $, pour lesquels les marges sont plus minces, Devinci faisait comme tous les fabricants et confiait à des usines situées en Asie la production de masse des cadres », rappelle le directeur du développement des affaires.

Produire des cadres d’entrée de gamme

L’entreprise a ainsi entrepris une importante opération d’amélioration de ses coûts de production pour en arriver à produire ici au Saguenay des cadres pour ses vélos d’entrée de gamme afin d’offrir un produit de qualité au même prix que le vélo dont le cadre a été produit dans une usine en Asie. La vague d’achat local se fait sentir chez Cycles Devinci, mais le prix doit également être au rendez-vous pour faire pencher le consommateur.

Le directeur du développement des affaires chez Cycles Devinci, David Régnier-Bourque.

« On est en mesure de le vérifier. Si le vélo est 200 $ de plus que celui d’un fabricant concurrent, dans l’entrée de gamme, le consommateur va choisir le vélo le moins cher. Mais à prix égal, c’est notre vélo fabriqué au Québec qui va l’emporter », insiste David Régnier-Bourque.

Cycles Devinci fonctionne un peu comme l’industrie de l’automobile, le cadre devenant une plateforme qui est utilisée pour un certain nombre de modèles.

« Au niveau de la production, sur 28 plateformes-cadres que nous avons dans notre gamme, dix sont fabriqués dans notre usine du Saguenay, en plus de toute la production de vélos en libre-service (quatre modèles). On peut donc dire que plus de 40 % de notre production est faite au Saguenay, soit 14 plateformes-cadres sur 32. »

Pour des raisons de concurrence, Cycles Devinci ne dévoile pas le nombre total de vélos vendus dans le monde sous sa marque. Par contre, les efforts pour fabriquer au Québec sont significatifs pour cette industrie qui repose en grande partie sur une chaîne de production et d’approvisionnement développée en Asie en raison de ses coûts de main-d’œuvre.

Vague de nouveaux adeptes

Les vélos n’ont pas échappé à la vague de consommation qui a frappé les différents produits de sport individuel, laquelle a déferlé dans les boutiques de plein air en mars 2020, un peu après le début de la pandémie et l’imposition des mesures de distanciation sociale. Une crise de croissance que Devinci entend gérer avec prudence, puisque rien n’assure que les nouveaux adeptes du vélo vont tous se transformer en cyclistes de route ou de montagne et changer de vélo chaque année pour des vélos haut de gamme.

« En ce moment, toute la production est vendue. Habituellement, nous écoulons une production et nous sommes en mesure de réapprovisionner nos détaillants pendant la saison. Ça ne sera plus le cas cette année », admet David Régnier-Bourque.

Les ralentissements dans toute la chaîne d’approvisionnement vont aussi causer des maux de tête à tous les fabricants de vélos et Cycles Devinci devra gérer cette situation. Le porte-parole de l’entreprise assure que le fabricant saguenéen va respecter les livraisons des commandes, mais il risque d’y avoir des retards.

Problèmes d’approvisionnement

« La fabrication d’un vélo comprend jusqu’à 150 pièces différentes. Ces pièces proviennent de la chaîne d’approvisionnement en Asie. Elles ont également été fabriquées avec de la matière première et il y a eu des retards dans toutes les étapes de production des pièces. »

En situation normale, Cycles Devinci travaille avec des délais de 90 jours pour ses approvisionnements en provenance des usines d’Asie. En ce moment, le directeur du développement des affaires indique qu’il y a beaucoup de pression sur l’industrie du transport maritime. Cela amplifie la problématique des approvisionnements et il peut y avoir un délai de 12 mois pour la livraison des pièces.

Cycles Devinci a aussi développé tout le secteur du vélo libre-service qui est maintenant intégré aux politiques publiques des grandes villes pour diminuer l’utilisation des voitures. « On sent que des administrations ont d’autres enjeux en ce moment et il y a eu un ralentissement dans les appels d’offres pour le vélo libre-service. Mais on sait que cette situation ne durera pas et que tout reprendra après la pandémie », estime David Régnier-Bourque.

Comme c’est le cas pour de nombreuses entreprises en croissance en ce moment, Cycles Devinci fait des pieds et des mains pour recruter du personnel. David Régnier-Bourque affirme que l’entreprise a des besoins autant pour ses services administratifs que pour le travail technique en usine.