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Devant le silence radio du MFFP, des entreprises sylvicoles se retrouvent dans le néant

Louis Tremblay
Louis Tremblay
Le Quotidien
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Les relations entre le gouvernement du Québec et l’industrie de l’aménagement forestier (sylviculture, reboisement, etc.), qui compte des joueurs majeurs au Saguenay-Lac-Saint-Jean, se détériorent de jour en jour malgré la promesse du premier ministre François Legault d’améliorer le régime forestier qui date de la dernière campagne électorale.

L’Association des entreprises en travaux sylvicoles (AETSQ), la Fédération des coopératives forestières (FCFQ) et Groupements forestiers Québec ont réalisé une enquête auprès de leurs membres, ce qui représente 6000 travailleurs, afin de connaître l’état d’avancement des préparatifs en vue du début de la saison d’activité. Les entreprises ont confirmé dans ce sondage une très grande inquiétude puisque plusieurs n’ont aucune idée de ce qu’elles feront dans les prochaines semaines.

Le problème a pris une telle ampleur que le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP), Pierre Dufour, refuse catégoriquement de rencontrer les dirigeants des différentes associations pour remettre sur les rails ce secteur névralgique de la foresterie québécoise en raison de son impact direct sur la possibilité forestière. Le ministre Dufour a encore refusé de rencontrer les représentants des 160 entreprises et a proposé une rencontre avec le sous-ministre Mario Gosselin.

Dans la région, selon les confirmations obtenues par Le Quotidien, le député caquiste de Dubuc, François Tremblay, n’a pas donné suite aux demandes de rencontre des entreprises de son comté et la ministre responsable de la région Andrée Laforest a fait de même.

La planification des travaux relève du MFFP. Or, il semble y avoir un ralentissement et c’est au Saguenay-Lac-Saint-Jean que les impacts sur la prochaine saison de travail seront les plus importants. Les entreprises ont de plus constaté une diminution des appels d’offres dans certaines régions du Québec, dont la Côte-Nord, qui représente pourtant une partie très importante de la forêt publique sous aménagement.

Selon les documents transmis au Quotidien par des membres des trois associations, au lieu des améliorations attendues, tout indique que les problèmes s’amplifient pour les trois grandes demandes de l’industrie de l’aménagement forestier.

Le sondage réalisé le 1er avril auprès des membres (90 entreprises sur 160) démontre que 25 % des entreprises oeuvrant dans le reboisement n’ont eu aucun signe de vie du ministère (prescriptions et secteur d’intervention).

Pour les entreprises oeuvrant dans le débroussaillage, 33 % de celles qui réalisent des contrats de cette nature chaque année n’ont toujours pas eu de nouvelle du ministère.

La situation est encore plus grave pour la préparation de terrain alors que 55 % des entreprises spécialisées dans ces travaux n’ont reçu aucune communication du ministère.

« On s’est préparé tout l’hiver pour être un des moteurs de la relance économique des régions, mais l’inefficacité du ministère des Forêts à livrer une planification à temps réduit considérablement notre capacité d’y contribuer », a déclaré Jean-François Harvey, directeur des opérations chez Reboitech et vice-président forêt publique de l’Association des entrepreneurs en travaux sylvicoles du Québec.

Un mauvais payeur

Fait à signaler, le gouvernement du Québec n’est pas un bon payeur. Le sondage a permis aux regroupements d’entreprises d’apprendre que 55 % des membres attendaient toujours des montants pour des travaux réalisés l’an dernier.

Le MFFP s’était pourtant engagé dans le cadre de discussions avec le gouvernement à livrer pour le mois de mars tous les documents pertinents à la préparation des travaux. Cette année est encore plus problématique puisque généralement, le ministère transmet aux 160 entreprises un premier document qui identifie le territoire où elles réaliseront des travaux.

Cette première transmission permet aux entreprises de prévoir les déplacements de camp et toute la logistique nécessaire puisque ce sont dans la majorité du temps des zones très éloignées des milieux habités. L’an dernier, le ministère n’a pas transmis ce document de base.

L’industrie réclamait une plus grande prévisibilité financière, une meilleure prévisibilité opérationnelle et finalement, la prévisibilité contractuelle par des garanties annuelles, un peu comme c’est le cas pour les garanties d’approvisionnement pour l’industrie du sciage.

En ce moment, l’industrie ne connaît pas l’enveloppe précise pour les travaux sylvicoles. Le ministre Pierre Dufour a déjà annoncé 250 M$ dans un communiqué. Les entreprises ont d’autre part des informations émanant du bureau du sous-ministre que le gouvernement allouait 225 M$ pour la présente saison. Les commentaires provenant des fonctionnaires des directions régionales font état d’un budget encore moindre que l’enveloppe de 225 M$.

Les entreprises ne sont pas sans s’inquiéter pour l’avenir. Le dernier budget caquiste a confirmé des coupes au sein du ministère. Certains croient que l’appareil administratif va perdre encore des joueurs et risque donc d’avoir encore plus de retard dans la planification des travaux.

L’aménagement forestier est à la base de la santé de l’industrie forestière. Les retards et le sous-financement de ces activités ont déjà des impacts sur la possibilité forestière puisque le Forestier en chef ne peut tenir compte de l’apport des plantations qui ne font l’objet d’aucun suivi.