Bassirou Yameogo, originaire du Burkina Faso, et qui demeure à Jonquière, a perdu sa femme et son fils de 13 ans dans l'écrasement du vol AH5017 d'Air Algérie. Il tente maintenant d'obtenir une aide financière de la compagnie pour assurer sa subsistance.

Deux Québécois d'origine burkinabée réclament une aide financière

Bassirou Yameogo et Mamadou Zoungrana, deux Québécois d'origine burkinabée qui ont perdu femmes et enfants dans l'écrasement du vol AH5017 d'Air Algérie, le 24 juillet 2014, réclament une aide financière de la compagnie. Ils croulent sous les dettes et peinent à assurer leur subsistance et celle des membres de leur famille qu'ils ont laissés derrière eux en Afrique.
Bassirou Yameogo, qui demeure à Jonquière, a perdu sa femme Kadidia Kouanda et son fils de 13 ans Aboubacar dans l'écrasement. Mamadou Zoungrana, établi à Gatineau, pleure pour sa part sa femme Salimata et ses fils de 6 et 13 ans, Ben Arsène Junior et Ahmed Brice Dady.
Les deux amis se connaissaient avant la tragédie et se sont accompagnés dans leur processus d'immigration au Canada. Tous deux se sont installés au pays pour préparer l'arrivée de leur famille. Un 41/2 meublé et trois vélos attendaient la petite famille de Bassirou Yameogo, arrivé au Québec en mars 2012.
Les deux hommes lancent aujourd'hui un cri du coeur et demandent l'intervention des autorités provinciales et fédérales pour que le dossier des proches des victimes progresse plus rapidement et cesse de s'étirer.
Les proches des victimes ont obtenu une première aide d'urgence, versée en février 2015, qui s'est cependant avérée insuffisante pour les deux hommes. Bassirou Yameogo et Mamadou Zougrana demandent maintenant à la compagnie une nouvelle aide financière pour subvenir à leurs besoins, en attendant un règlement espéré dans les démarches judiciaires intentées en vue d'obtenir une indemnisation. Les familles entament chacune leurs propres démarches judiciaires, après qu'une demande d'autorisation de recours collectif, déposée en juin 2015, n'ait pu trouver d'issue, ont expliqué les deux hommes.
Leurs requêtes d'aide financière, deux depuis cet automne, sont demeurées lettre morte auprès de l'entreprise. « Ce sont des gens qui ne veulent pas nous écouter. » Il réfère au rapport accablant des autorités françaises sur les circonstances de l'accident.
Après s'être démené pour tenter de poursuivre ses activités après le drame, M. Yameogo a dû cesser de travailler en décembre 2015. Le professeur de formation avait déniché un emploi à l'usine Clermont de Produits forestiers Résolu, à Charlevoix, après avoir suivi une formation en mécanique de machines fixes au Centre de formation professionnelle de Jonquière.
Un incident qui s'est produit en raison de problèmes de concentration l'a forcé au repos. Malgré le soutien d'amis et de la famille Dufour, sa famille d'accueil, M. Yameogo a cumulé les dettes et a dû se résoudre à devenir prestataire de l'aide sociale en février dernier. Il peine à payer ses médicaments pour ses troubles de l'attention, sa dépression et les thérapies suivies, près de trois ans après la tragédie.
Bassirou Yameogo est en outre incapable de soutenir financièrement sa famille, au Burkina Faso, qui attend des fonds en vue de soins médicaux. Il a aussi dû mettre sur la glace les activités de la Fondation Bouba et Kadi, qu'il avait lancée en mémoire de sa femme et de son fils, pour venir en aide aux veuves et aux orphelins de sa terre natale.
Mamadou Zougrana, pour sa part, tente tant bien que mal de travailler quelques jours par semaine. Il occupe un emploi à temps partiel comme technologue en radiodiagnostic, sa formation d'origine, ce qui ne lui permet cependant pas d'assumer tous ses frais de santé, et d'aider ses proches demeurés au Burkina Faso. « Après deux ans d'attente, nous vivons toujours dans la douleur et l'impasse », a déploré M. Zougrana, avec la même assurance que son ami.
Une guerre d'usure
M. Yameogo estime qu'Air Algérie pratique une guerre d'usure avec les proches des victimes, en espérant qu'elles cessent elles-mêmes les démarches judiciaires, par épuisement, ou par manque de fonds. « Je vais faire du reste de ma vie ce combat. Je ne peux pas perdre plus que ce que j'ai déjà perdu, a-t-il laissé tomber. Tant que ce dossier ne sera pas réglé, je ne pourrai pas faire un deuil normal. »
L'écrasement du vol AH5017: 116 morts, 12 Canadiens
La tragédie du 24 juillet 2014 a fait 116 morts, dont 12 Canadiens, soit des citoyens et des résidents permanents qui habitaient au Québec ou qui s'apprêtaient à y vivre.
L'avion MD83 qui effectuait la liaison d'Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso, à la capitale algérienne Alger, s'est écrasé au Mali après avoir traversé une cellule orageuse. Le vol AH5017 avait disparu des radars moins d'une heure après son décollage.
Des erreurs de pilotage et le manque de formation de l'équipage ont causé l'écrasement, a révélé le Bureau d'enquêtes et d'analyses pour la sécurité de l'aviation civile de la France, dans son rapport final dévoilé en avril 2016. Le système antigivre des moteurs n'avait pas été activé et a provoqué le décrochage de l'avion.
«L'équipage était épuisé, les gens ne volaient que six mois par année, avaient fait du simulateur, mais pas avec cet appareil, et l'une des membres de l'équipage s'occupait d'enfants le reste de l'année (puéricultrice)», a déploré le Jonquiérois d'origine burkinabée Bassirou Yameogo, qui a perdu sa femme et son fils dans la tragédie.
L'écrasement a aussi fait des victimes de la France, du Burkina Faso, de l'Algérie et du Liban, entre autres.