Les Hells Angels font comprendre aux trafiquants de drogue qu'ils ont intérêt à s'associer à eux s'ils veulent poursuivre leur commerce illicite. Certains résistent. C'est ainsi que les Rock Machine et des gangs indépendants décident de former l'Alliance.

Deux acteurs de premier plan

Deux individus de la région auront finalement joué des rôles de premier plan dans la guerre des motards qui a fait couler le sang dans les rues du Québec à coups de bâtons de dynamite et de balles de 9 mm au cours des vingt dernières années.
Le hasard a voulu que le Jonquiérois Louis "Melou" Roy, le bras droit du chef du chapitre des Nomads des Hells Angels, Maurice "Mom" Boucher, devienne la cible de l'un des tueurs à gages les plus prolifiques de l'histoire du crime organisé en la personne de Gérald Gallant.
Ce dernier, qui compte 27 meurtres sur son tableau de chasse et une multitude de tentatives de meurtre, a été arrêté en 2006 en Suisse à 56 ans alors qu'il était dans la mire des enquêteurs qui suivaient à la trace les différents acteurs de la guerre des motards.
Il a débuté sa carrière criminelle dans les rues de Chicoutimi-Nord où il a volé des voitures dès l'âge de 14 ans. En 1969, au Palais de justice de Chicoutimi, il écopait d'une première sentence de 23 mois de prison alors qu'il était âgé de 18 ans, et ce, avant de disparaître dans la nature pour se retrouver dans les grands centres du Québec pour traquer ses proies.
La guerre des motards a officiellement débuté en 1994 avec, comme prétexte, le partage des territoires pour la vente de la drogue au Québec. Officieusement, le «clan de la mort» avait déjà marqué son territoire. Louis "Melou" Roy, à la tête des Missiles du Saguenay, secondé de Richard "Crow" Émond, qui deviendra plus tard un redoutable lieutenant au sein des Hells de Trois-Rivières, a rapidement pris le contrôle du Saguenay-Lac-Saint-Jean.
Ce leadership incontestable leur a permis de fonder le chapitre des Hells Angels de Trois-Rivières et d'autoriser la création du club-école des Satans Guards du Saguenay pour remplacer les Missiles du rang Saint-Éloi. Les Hells Angels ont fait exploser la camionnette du président des El Conquatcheros de Chicoutimi, Omer Gagnon, en octobre 1984, pour signifier clairement qu'il n'y aurait pas de pardon pour la désobéissance.
En octobre 1990, les motards à la tête de mort ailée récidivent et déchiquettent deux trafiquants indépendants dans une violente explosion. Le véhicule des deux hommes était stationné devant l'école Maria-Chapdelaine.
Le 29 janvier 1993, le trafiquant indépendant Jean-Claude «la couette» Maltais se faisait cribler de plusieurs balles de pistolet 9 mm alors qu'il sortait du Faubourg Sagamie à Jonquière. Maltais refusait de se soumettre aux motards et avait envisagé de faire sauter le local des Satans Guards du rang Saint-Paul.
Quelques mois plus tard, la guerre des motards débutait dans les rues de Montréal et Québec. Les méthodes utilisées ont été les mêmes que celles déployées par les Hells Angels pour le contrôle du Saguenay-Lac-Saint-Jean entre 1984 et 1994. Le mélange de la dynamite et des pistolets 9 mm avait permis d'éradiquer l'opposition dans une région et ce sont ces méthodes que le clan de la mort a déployées à la grandeur du Québec.
Ironiquement, le premier Hells Angels «full patch» à tomber sous les balles des Rock Machine a été nul autre que Richard "Crow" Émond, le frère d'armes de Louis "Melou" Roy depuis la première heure du local du rang Saint-Éloi à Jonquière.
Le 15 septembre 1995, Émond était criblé de balles dans le stationnement d'un centre commercial du boulevard Pie-IX à Montréal. Le motard, qui a débuté sa carrière avec les couleurs des Missiles du Saguenay, portait ouvertement le sigle «Filthy Few», ce qui signifie selon les spécialistes des motards que l'individu qui arbore cet écusson a tué pour l'organisation. Il s'agissait d'une prise de taille dans cette guerre.
Les ennemis des Hells Angels sont revenus à la charge 23 mois plus tard contre le Jonquiérois Louis "Melou" Roy. Le soir du 23 août, trois personnes attendent le bras droit de Maurice "Mom" Boucher chez les Nomads sur le terrain du motel Royal de la route 170. Ils tirent cinq balles sur le motard qui échappera de peu à la mort. Curieusement, cette tentative de meurtre est réalisée à l'aide d'un vieux revolver .38 au lieu du pistolet 9 mm qui offre une plus grande force de feu.
Louis "Melou" Roy s'en sort miraculeusement et sera en sursis pour quelques années seulement puisqu'il disparaît de la circulation en juin 2000. Il n'aura finalement pas été victime de la guerre des motards puisque son corps n'a jamais été retrouvé. Généralement, dans cette guerre, les ennemis s'assurent que le crime soit bien visible.
Les policiers n'ont jamais été en mesure de compléter le dossier Roy. Ils sont toutefois convaincus qu'il a été victime d'un conflit interne au moment où il était identifié comme étant l'un des motards les plus influents du Québec. Roy a toujours réussi à échapper au filet de la justice.
Ce n'est qu'en 2006 que l'on apprend que l'auteur de cette tentative de meurtre n'est nul autre que le tueur à gages originaire de Chicoutimi-Nord, Gérald Gallant. Ce dernier confesse une série de crimes, dont 27 meurtres et des tentatives de meurtre comprenant celle de "Melou" à Jonquière.
Pour démontrer l'importance de ce rouage chez les Rock Machine, il suffit de rappeler que Gallant a reconnu avoir abattu Paul Cotroni, le fils du mafieux Frank Cotroni, pour le compte des Rock Machine un an jour pour jour après avoir blessé gravement "Melou" Roy à Jonquière.