Détection des menaces russes: des radars désuets dans le Grand Nord

Normand Boivin
Normand Boivin
Le Quotidien
Le député conservateur Richard Martel s’inquiète de voir le gouvernement Trudeau traîner de la patte dans les investissements militaires, alors que les remparts craquent de partout.

Après les retards pour l’acquisition des nouveaux chasseurs, qui ont provoqué l’achat désastreux de la flotte vieillotte de F-18 australiens, le député de Chicoutimi-Le Fjord, critique adjoint en matière de Défense, note que la ligne de radars du Grand Nord canadien n’est plus en mesure de détecter les nouvelles menaces venues de la Russie, menaçant la défense de l’Amérique du Nord.

Il fait ainsi référence à un reportage publié en début de semaine par Radio-Canada. Citant un expert en défense de l’université du Manitoba, la société d’État révèle que les radars installés à la fin des années 80 à la suite d’un accord Reagan-Mulroney devaient avoir une vie utile jusqu’en 2025. Or, ils seraient déjà obsolètes en raison des développements technologiques des missiles de croisières hypersoniques devenus indétectables. Pour mettre à niveau la DEW Line, selon l’expert, il faudrait investir 11 milliards $, dont 40 % doit être payé par le Canada.

« Avec l’achat à venir des nouveaux chasseurs, on voit que la négligence du gouvernement libéral commence à nous coûter cher. C’est d’autant plus grave que ces investissements sont indissociables. Les radars et les avions de chasse forment un tout pour la défense du Canada. Il faut qu’ils soient compatibles et qu’ils fonctionnent avec les Américains », déplore le député.

L’une des installations de la DEW Line. Ces radars sont les yeux des pilotes de CF-18 canadiens de Bagotville et Cold Lake lorsqu’un avion russe approche du Canada. En mortaise, la ligne DEW (zone d’alerte avancée) traverse le nord du Canada d’est en ouest de l’Alaska au Groenland pour éviter tout intrus venant de la Russie.

Selon lui, les lacunes du Canada ne s’arrêtent pas là. En effet, l’attaque au début janvier de bases américaines en Irak par des missiles iraniens a révélé l’incapacité de l’Armée de terre canadienne de se protéger contre des attaques aériennes. Toujours selon Radio-Canada, l’armée canadienne n’a plus de système de défense anti-aérienne (contre les missiles, avions ou drones hostiles) depuis 2012 et doivent compter sur leurs alliés pour se protéger.

Comité de la défense

Richard Martel et son collègue critique principal en matière de défense, James Bezan, député de Winnipeg et ancien secrétaire parlementaire du ministre de la Défense, comptent pousser le gouvernement pour que ces sujets deviennent des priorités à moyen terme pour les travaux de la Chambre.C

« À moyen terme, ça ne veut pas dire que ça va prendre du temps. C’est une question de semaine », dit le député Martel, ajoutant que les priorités à court terme sont le coronavirus et l’Accord Canada/États-Unis/Mexique.

Une fois que le comité amorcera ses travaux, Richard Martel a bon espoir de s’allier les représentants des deux autres partis de l’opposition. Le comité est formé de cinq libéraux, quatre conservateurs, un bloquiste et un néodémocrate.

Rappelons que les manufacturiers Lockheed-Martin (F-35), Boeing (Super Hornet) et SAAB (Gripen) doivent répondre à la fin du mois de mars à l’appel d’offres lancé le printemps dernier par Ottawa pour le remplacement de la flotte de CF-18 à compter de 2025.

Selon le Ottawa Citizen, Services et Approvisionnements Canada accorde 60 % des points pour les caractéristiques techniques du chasseur, 20 % pour les coûts et autant pour les retombées économiques du contrat.