Vincent Larouche montre les truffes qu’il a trouvées au pied d’un chêne près du jardin familial.
Vincent Larouche montre les truffes qu’il a trouvées au pied d’un chêne près du jardin familial.

Des truffes blanches trouvées au Lac

Guillaume Roy
Guillaume Roy
Initiative de journalisme local - Le Quotidien
Un jeune de 16 ans de Saint-Bruno, Vincent Larouche, pourrait avoir découvert une nouvelle espèce de truffe blanche au Lac-Saint-Jean. Des analyses moléculaires devront être faites pour valider s’il s’agit bel et bien d’une nouvelle espèce, mais la découverte démontre qu’il est possible de récolter de belles grosses truffes au Québec, et ce, même dans les régions nordiques.

C’est en allant chercher des pommes de terre dans le petit jardin familial derrière la maison que Vincent Larouche a fait une découverte impressionnante, il y a deux semaines. « En creusant pour déterrer les patates, j’ai découvert des petites truffes blanches au pied d’un chêne qui avait été planté là il y a 40 ans, par l’ancien propriétaire, dit-il, heureux de sa découverte. J’en avais déjà vu dans un documentaire et je me doutais que c’était bel et bien des truffes. »

Heureusement qu’il avait visionné ce documentaire, sans quoi les petites boules blanches, dont la plus grosse était de la taille d’une balle de golf, n’auraient pas suscité sa curiosité.

Pour vérifier si le champignon était bel et bien comestible, la mère de Vincent Larouche a fait quelques recherches sur le Web et elle a découvert l’entreprise ArborInnov, qui développe la culture de truffe au Québec depuis 2009.

Jérôme Quirion, propriétaire d’ArborInnov, a d’emblée confirmé que ce n’était pas la truffe des Appalaches, un champignon indigène au Québec, qu’il cultive depuis quelques années. « C’est très rare qu’on trouve des truffes dans un climat nordique et on ne sait pas encore de quelle espèce il s’agit », rapporte-t-il.

De couleur blanche, les truffes pourraient être une espèce connue avec un faible intérêt gastronomique, mais il est possible que ce soit une nouvelle espèce du terroir qui gagne à être connue. « Une chose est sûre : cette découverte vient prouver que l’on est capables de trouver des truffes matures dans un climat nordique », remarque le trufficulteur, soulignant que l’odeur de la truffe démontre qu’elle a atteint un stade de maturité intéressant.

Vincent Larouche aurait-il découvert une nouvelle espèce de truffe ? C’est une probabilité, mais des tests génétiques devront être réalisés par Biopterre, un centre collégial de transfert technologique basé à La Pocatière, dans le Bas-Saint-Laurent, et spécialisé dans les champignons, pour le confirmer.

Pour Vincent Larouche, la découverte lui a permis de goûter à un champignon de luxe, peut-être les premières truffes jamais trouvées dans la région. Un goût qu’il décrit comme étant… indescriptible !


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Une culture tout sauf facile au Québec

 Depuis plus d’une vingtaine d’années, des entrepreneurs tentent de cultiver la truffe au Québec, mais c’est seulement depuis quelques années que Jérôme Quirion a réussi à percer le mystère du champignon qui vaut son pesant d’or. La clé de son succès : miser sur une truffe indigène, Tuber canaliculatum, qu’il commercialise désormais sous le nom de « truffe des Appalaches », sur des arbres inoculés.

La découverte démontre que l’on peut produire de grosses truffes au Québec.

L’aventure a débuté à Saint-Denis-de-Brompton et à Sherbrooke, en 2009, lorsqu’il a planté 2000 arbres, principalement des chênes et des noisetiers, mycorhizes de truffes.

Depuis, pour développer la trufficulture, l’entrepreneur réutilise toutes les truffes qu’il récolte pour inoculer des plants truffiers, comme des espèces de chêne, de noisetier ou de pin blanc. 

« On est en train de développer la trufficulture », dit-il, ajoutant qu’il travaille avec Truffes Québec pour épauler les entrepreneurs qui souhaitent se lancer dans l’aventure. 

Mais il faut être patient pour récolter le fruit d’un tel investissement, car il faut compter environ six ans pour récolter une première truffe et près de 10 ans pour avoir une production intéressante. Mais il n’y a rien de garanti, car le rendement dépend des microorganismes dans le sol, note Jérôme Quirion. 

Selon ce dernier, les sols du Lac-Saint-Jean semblent propices à la culture des truffes, qui aiment bien les sols sablonneux et drainés. « La mer de Laflamme recouvrait jadis toute la région et on retrouve aujourd’hui beaucoup d’alluvions calcaires, ce qui est favorable aux truffes », affirme-t-il, en ajoutant que le champignon aime aussi les microclimats assez chauds.

« À maturité, on peut récolter de 20 à 100 kg par hectare, quand tout va bien », affirme-t-il.

Le prix de vente atteint près de 2000 $ le kilogramme .

Encore méconnue dans le monde de la truffe, la truffe des Appalaches, que l’on retrouve du Québec jusqu’au Mexique, gagne en notoriété. « Selon plusieurs experts du milieu, c’est la meilleure truffe qu’ils ont mangée », conclut le trufficulteur, qui espère voir la truffe québécoise prendre de l’essor au cours des prochaines décennies. 

Guillaume Roy, journaliste de l’Initiative de journalisme local