Des travailleurs du CHSLD de la Colline se sentent « ridicules »

Plusieurs employés du CIUSSS ayant travaillé au Centre d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) de la Colline durant l’éclosion de COVID-19 en avril dernier ont l’impression de s’être fait avoir sur les mesures financières incitatives mises en place par le gouvernement en début de pandémie.

Selon une travailleuse, qui préfère garder l’anonymat, les conditions d’admissibilités établies par le gouvernement étaient sans aucun doute irréalistes, compte tenu de la situation difficile à laquelle ils faisaient face.

« Je parle au nom de plusieurs travailleurs, précise-t-elle au Quotidien. Notre santé mise en danger, la charge de travail augmentée, la peur, l’inconnu, l’incompréhension, voir nos résidents mourir seul, en détresses et apeurés, en plus de remplacer les familles des patients... ces montants versés étaient un minimum pour toutes nos heures travaillées d’arrache-pied en foyer d’éclosion », a-t-elle fait valoir.

Trois mesures incitatives touchaient particulièrement les employés du CHSLD de la Colline. Parmi les trois, une concernait tous les travailleurs en CHSLD, et les autres, spécifiquement les employés de la résidence de la Colline, étant donné qu’ils se trouvaient dans un secteur en éclosion. Ces mesures ont été mises en place pour encourager le personnel à pied d’œuvre depuis le début de crise, mais également pour aider les efforts de recrutement.

Selon les informations inscrites dans l’Arrêté numéro 2020-035 de la ministre de la Santé et des Services sociaux, un montant forfaitaire de 100,00 $ par semaine de travail est versé lorsqu’un travailleur de la santé est affecté dans un CHSLD. De plus, un montant de 200 $ s’ajoute pour la première période de travail de deux semaines consécutives et un montant de 400 $ pour une période de deux semaines travaillées subséquentes.

« Donc si l’employé fait deux semaines de travail consécutives, il gagne 200 $ de plus et s’il refait un autres deux semaines, il obtient 400 $ », a expliqué Caroline Lavoie, agente d’information au CIUSSS.

Pour qu’un employé y ait droit, des conditions doivent être respectées. « Pour être admissible, la semaine doit être composée des heures travaillées. On ne peut pas, par exemple, avoir d’absence qui n’est pas motivée. Dans ce cas-là, ça rendrait l’employé non admissible. On ne parle pas de vacances ou de fériés, ça s’est payable au prorata, fait-elle valoir. Mais effectivement, si la personne n’a pas fait sa semaine normale de travail et qu’elle s’absente pour des raisons qui ne sont pas des congés déjà prévus, la semaine pourrait être non admissible. »

Ce que déplore justement les travailleurs touchés, c’est que même dans le cas ou une personne s’absentait une journée pour maladie, elle perdait automatiquement le droit aux trois mesures incitatives, et ce, pour la période en cours et les suivantes. « Même si nous nous sommes tués à l’ouvrage pendant des mois... que nous avons vu des gens mourir... des collègues malades... Nous n’y avons pas droit pour quelques heures de travail manquées ! Quant à nous, c’est de l’argent qui nous est dû », insiste l’employé.

« Nous avons l’impression que le gouvernement et le CIUSSS ont fait de belles promesses à la télévision pour calmer la tempête, mais que derrière les cameras, ils nous ont imposé des conditions irréalistes », a conclut l’employé, en parlant des critères d’admissibilité.

Rappelons que, le 2 avril dernier, le nouveau coronavirus a frappé au CHSLD de la Colline de Chicoutimi-Nord, emportant 21 résidents. Il a été le principal foyer d’éclosion de la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean.