Alain Dupont, directeur de la foresterie et de l’environnement, et Marie-France Aubé, la responsable du laboratoire, dans le laboratoire temporaire installé au-dessus de la crèmerie du Nord, à Dolbeau-Mistassini

Des tordeuses « boostées » au pollen

La sécheresse qui a sévi l’an dernier a induit la production de fleurs dans les sapins et les épinettes, faisant en sorte que ces arbres produiront plus de cônes et de semences cette année. Ainsi, les tordeuses des bourgeons de l’épinette auront accès à plus de pollen, un superaliment qui est disponible avant que les bourgeons ne débourrent et les experts s’attendent à voir des dommages importants dans les zones qui ne seront pas traités.

« La tordeuse va manger des fleurs et manger du pollen, ce qui représente du powerfuel pour l’insecte », explique Alain Dupont, le directeur de la foresterie et de l’environnement pour la SOPFIM, dans un laboratoire temporaire installé au-dessus de la Crèmerie du Nord à Dolbeau-Mistassini.

« Cette nourriture, qui est disponible avant que les bourgeons ne débourrent, permet à la tordeuse de se développer plus vite, de survivre davantage et de devenir plus féconde », ajoute l’expert, qui s’attend à voir des dommages importants dans toutes les zones qui n’ont pas été traitées.

Alors que plusieurs personnes croyaient que l’épidémie commençait à diminuer, le scénario demeure encore incertain. « La seule chose qui peut empêcher la floraison, c’est une défoliation répétée de la tordeuse, qui inhibe la production de fleurs », soutient Alain Dupont.

Autrement dit, pour que l’épidémie prenne fin, la tordeuse doit passer à travers sa source de nourriture. Mais encore là, tout n’est pas terminé, car une fois à maturité, la tordeuse se transforme en papillon.

« C’est un insecte qui vole et lorsque la femelle se rend compte qu’il y a trop de défoliation, elle va utiliser les vents dominants pour aller pondre ailleurs, ajoute l’expert. D’instinct, elle ne va pas déposer ses œufs où il n’y a pas de nourriture. »

Les sapins et les épinettes mènent donc une guerre d’usure contre la tordeuse.

Cette guerre ne se déroule toutefois pas en vase clos, car elle survient dans un écosystème complexe, où insectes, arbres et parasites mènent une lutte pour leur survie.

D’abord, le sapin est l’espèce la plus vulnérable, parce que le débourrement de son feuillage est synchronisé avec l’éclosion de la larve de la tordeuse, note Alain Dupont. « Quand la pousse du sapin ouvre, la tordeuse est prête à manger », dit-il. Si on l’appelle tordeuse des bourgeons de l’épinette, c’est parce qu’on a trouvé l’insecte sur ces arbres en premier. Par contre, les épinettes sont moins affectées par l’insecte, car les bourgeons de l’épinette blanche éclosent cinq jours après la larve, alors que ceux de l’épinette noire débourrent 10 à 12 jours après la tordeuse.

Chaque femelle tordeuse pond près de 200 œufs, mais étant au bas de la chaîne alimentaire, une foule de prédateurs s’attaquent à l’insecte ravageur, notamment en fin de saison. « Naturellement, près de 90 % de la population va mourir », soutient Alain Dupont, en parlant notamment d’un parasite qui pond ses œufs dans la chenille, avant de la dévorer de l’intérieur, tel un alien !

L’utilisation du Bt, un insecticide biologique, permet de devancer ce taux de mortalité avant que l’insecte ne mange trop les nouvelles pousses sur l’arbre, précise l’expert. « Dans cet insecticide, on retrouve des bactéries qui libèrent une toxine uniquement dans l’estomac alcalin des lépidoptères, explique l’expert de la SOPFIM. Les spores de la bactérie vont ensuite perforer l’estomac et l’intestin de l’insecte, qui va par la suite arrêter de manger, et mourir. »

Cet insecticide n’élimine pas toute la population, car certaines larves ne mangent pas la dose létale. Le but n’est pas d’éliminer les populations, ce qui serait d’ailleurs impossible, mais plutôt de protéger les ressources, en empêchant des arbres de mourir, ajoute ce dernier. Le Bt aide donc à affaiblir la tordeuse, qui est ensuite attaquée davantage par les parasites, réduisant sa fécondité et sa survie.